
Par Michel KPEMISSI
Pour faciliter l’accès des financements aux femmes ayant une Activité génératrice de revenus (AGR) ou désirant l’exercer, le gouvernement a mis en place en 2014, le Fonds national de la finance inclusive (FNFI). Ce programme, facile d’accès, a amélioré les conditions de vie des femmes grâce à ces différents produits. Avec « N’kodédé », « Evolution ou progrès », récompensant la fidélité dans la gestion des précédents crédits, les bénéficiaires déploient, développent et réussissent leurs activités commerciales, à travers des prêts allant d’un à plusieurs millions de F CFA. L’Agence togolaise de presse (ATOP) est allée à la rencontre de quatre d’entre elles dans la région Centrale.
Situation financière peu enviable au départ
Ces femmes vaillantes décrivent, toutes, une situation financière peu enviable au départ.

Mme Assih Tchilalo, mère de famille de 42 ans, à Sotouboua, témoigne : « Avant, mon commerce de vente des produits céréaliers, n’était pas développé ce qui fait que ma situation financière était peu enviable, je n’avais pas suffisamment de ressources financières pour couvrir mes charges et celles de ma famille ».
Même son de cloche chez Mme Takouda Koutoukalo. Agée de 64 ans, cette grand-mère, raconte : « Au départ, je faisais un petit commerce de céréales dans les marchés, avec des revenus dérisoires. Difficilement, j’arrivais avec ma famille à joindre les deux bouts. Pour vivre, c’était la croix et la bannière ».
Mme Amah Tchodiè, âgée de 59 ans a une histoire similaire. Basée à Adjengré, dans la commune Sotouboua 2, Elle déclare : « Au début, je revendais les ustensiles de cuisine au marché mais j’avais juste un petit stock et les bénéfices tirés de la vente ne me permettaient pas de répondre comme il faut aux diverses sollicitations familiales »
Le même récit est partagé par Mme Toukoulou Foulératou, la soixantaine passée, revendeuse de tubercules d’ignames à Yaloumbè, dans la préfecture de Blitta. A l’en croire, au démarrage, elles peinaient à stocker 25 tubercules d’ignames. Et les revenus tirés de ce petit commerce ne suffisaient pas à faire face aux diverses charges de son foyer.
L’heureuse découverte du FNFI par ces femmes résilientes
Le souci de faire grandir leurs activités pour augmenter leurs revenus à amener ces femmes à découvrir, heureusement, le FNFI au travers des sensibilisations.
« J’ai connu le FNFI à travers une maman en 2015 qui m’a parlé de ce programme financier du gouvernement en faveur des femmes. J’ai vu cette maman évoluer progressivement de la vente de tissus pour devenir une grande commerçante en quincaillerie et cela m’a motivée à m’adhérer », a confié Mme Assih.
Mme Takouda a déclaré avoir appris avec d’autres femmes l’existence du FNFI via des causeries de leurs camarades du marché sur ce programme qui offre des crédits à faibles taux d’intérêts aux femmes avec des assurances. Elle a ajouté que c’est en voyant la différence entre leurs étalages et les leurs, qu’elles ont formé un groupe de cinq membres pour remplir les formalités d’adhésion pour accéder aux crédits sans les garanties qu’exigent habituellement les institutions de microfinances.
« J’ai découvert le FNFI à base d’une sensibilisation au marché alors que je réfléchissais constamment sur les voies et moyens pour faire prospérer mon petit commerce de revente d’ustensile de cuisine. En voyant l’impact positif dans la vie des femmes bénéficiaires, je suis allée me renseigner auprès de celles-ci sur leur secret et elles m’ont confié que c’est grâce à ce fonds qu’elles ont réussi et je me suis inscrite », a laissé entendre Mme Tchodiè.
De son côté, Mme Toukoulou avoue s’être rapprochée du FNFI après avoir été invitée par une de ses amies à une réunion des femmes bénéficiaires. « On m’avait donné toutes les informations et j’ai vu que ce programme était très bon et qu’il pouvait vraiment m’aider à franchir un cap supplémentaire dans mon petit commerce. J’ai alors adhéré »
Qui va lentement va sûrement
Une fois membres du FNFI, Mmes Assih, Takouda, Tchodiè et Toukoulou, à l’instar de toutes les autres adhérentes, ont démarré, d’abords, avec un crédit de 30.000FCFA représentant le produit Accès des pauvres aux services financiers (APSEF). Elles ont, ensuite, progressivement, augmenté les montants de leurs crédits en accédant aux autres produits, entre autres, l’AGRISEF (Accès des agriculteurs aux services financiers) et le Produit d’accompagnement financier (PAF). Ces différents appuis financiers ont contribué à booster leurs activités, augmentant davantage les revenus de ces femmes audacieuses pour les rendre de plus en plus autonomes économiquement.
N’kodédé, pour les bons payeurs
En remboursant fidèlement leurs précédents crédits, ces braves femmes ont franchi un palier supplémentaire pour accéder au produit N’kodédé leur permettant de bénéficier de prêts plus importants. Grâce à ce produit rêvé de toutes, Mmes Assih, Takouda, Tchodiè et Toukoulou ont respectivement bénéficié en 2025, des prêts de 6 millions F CFA, 3 millions de FCFA, 10. millions FCFA et 1.500.000FCFA qu’elles ont, toutes, fini de rembourser. Ces appuis leurs ont permis d’investir dans leurs commerces pour s’équiper et accroître significativement leurs stocks.
Investissements productifs
Mme Assih a investi le financement reçu dans son entreprise « Innova Africa ». « J’ai constitué un grand stock de produits céréaliers et aujourd’hui les femmes viennent pour acheter non seulement en détail mais aussi en gros. La directrice d’Innova Africa a expliqué qu’avec cet appui, elle a pu s’équiper en achetant un congélateur qui lui permet de stocker les poissons des élèves de l’IFAD Aquaculture pour la revente.
Comme elle, Mme Takouda, Tchodiè et Toukoulou ont aussi considérablement augmenté leurs stocks de céréales, d’ustensiles de cuisines et de tubercules d’ignames leur permettant ainsi de mieux satisfaire les demandes de leurs clients et d’accroître leurs revenus. Mme Takouda a, en plus, acheté un mixeur d’ignames (foufou mix) et fait installer un moulin à sauce, ce qui lui rapporte des ressources additionnelles.
Des clientes apprécient ces femmes déterminées et leurs produits de qualité
« Nous nous sommes à l’hôtel « Mon Clair », à côté de Mme Assih et quand on a des réceptions, c’est dans son entreprise que nous achetons le riz, l’eau, les poissons tilapias, les poulets et les pintades qu’elle vend », a laissé entendre un client avec qui nous avons échangé sur place. Et une autre de renchérir que : « depuis que j’ai su qu’on vend des céréales chez Mme Assih, c’est ici que je viens acheter mon haricot, riz et tout le reste pour aller préparer mon « Ayimolou » pour la vente.

Une cliente de Mme Tchodiè, rencontrée au marché, après avoir fait ses achats témoigne : « Je suis venu chez Mme Tchodiè. Je l’ai vue au début, maintenant elle a évolué et elle vend les produits de qualité et c’est pourquoi chaque fois que j’ai besoin de quelque chose de bon je viens vers elle ».
Même opinion chez une dame venue s’approvisionner en céréales auprès de Mme Takouda. Elle déclare « Auparavant, j’achetais mes produits céréaliers dans des fermes auprès des paysans. Cela me coûtait en temps, en argent et en énergie. Depuis plus d’un an, j’ai découvert Mme Takouda revendeuse du maïs de bonne qualité. Quand je prends son maïs, mes clients apprécient. Cela me permet de vite liquider ».
A Yalounbè, les avis des clientes ne sont pas différents. « Mme Toukoulou me reçoit bien, elle vend différentes sortes de tubercules de qualité et, depuis, je ne manque pas de la visiter pour mes besoins », a fait savoir l’une d’entre elles.
La présidente des femmes bénéficiaires de FNFI à Sotouboua, Mme Atcholé Chantal ne tarit pas d’éloges envers ses membres. Elle confie « Je connais très bien Mmes Assih, Takouda et Tchodiè, elles sont des bénéficiaires que j’accompagne, elles remboursent bien leur crédit et elles sont des modèles dans la préfecture ». Même sentiment de satisfaction chez sa collègue de Yaloumbè, Mme Kérim Déniya qui estime que Mme Toukoulou, comme beaucoup d’autres dans sa zone, sont des femmes exemplaires et qu’elle est très fière d’elles.
Entrepreneures, autonomes et épanouies avec le FNFI
Avec l’accompagnement du FNFI, notamment à travers le produit N’kodédé, ces femmes qui peinaient au départ à joindre les deux bouts, sont, devenues, au fil du temps, à en croire leurs témoignages, des femmes entrepreneures, autonomes, financièrement stables et pleinement épanouies. Elles se réjouissent de contribuer, aux côtés de leurs époux, aux charges familiales ainsi qu’à la réduction du chômage en employant d’autres personnes favorisant ainsi à leur épanouissement.
« Le développement de mes activités me procure beaucoup de revenus. Je n’attends plus l’homme pour les besoins primaires et pour les urgences, j’arrive à s’occuper de ma famille, de mes enfants, de leur santé, de leur scolarité, de moi-même et mon mari est fier de moi », s’est réjouie Mme Assih. Comme elle, Mmes Takouda, Tchodiè et Toukoulou ont abondé dans le même sens, soulignant une nette amélioration de leurs conditions de vie et une contribution accrue dans les charges de leurs foyers.
Evolution malgré les défis
Malgré leur réussite, en tant que femmes entrepreneurs, Mme Assih, Takouka, Tchodiè et Toukoulou avouent qu’elles n’ont plus assez de temps pour être présentes à la maison et prendre soin de leurs familles. Au niveau du marché, elles font face à la concurrence des autres commerçantes, à des méventes saisonnières et parfois aux vols de marchandises. De même, elles reconnaissent, quelques fois, certains retards de remboursement. Cependant, elles assurent que ces défis ne les empêchent pas d’évoluer. Pour les relever, ces femmes tenaces disent se servir beaucoup de leurs téléphones portables androïdes, de la téléphonie mobile, pour gérer leur quotidien et leur maison. Elles ont également embauché des travailleuses domestiques pour s’occuper de certaines tâches.
FNFI, un programme qui transforme et élève les femmes
« Grâce aux produits du FNFI, en l’occurrence N’kodédé, j’ai gravi progressivement les échelons pour m’imposer dans la société comme actrice de développement. Aujourd’hui, je suis très à l’aise, très heureuse et très comblée. Ce programme m’a redonné du sourire. N’kodédé m’a transformée, j’arrive à atteindre mes objectifs. Je m’apprête à soumettre un financement de 12 millions de FCFA », a déclaré Mme Assih, très confiante.
Mme Tchodiè se dit reconnaissante envers le FNFI qui l’a sauvée après deux mois d’hospitalisation. « FNFI est tout pour moi, c’est mon père et ma mère. N’kodédé a donné un nouveau souffle à mes activités alors que j’avais tout dépensé à l’hôpital. Par la grâce de Dieu, j’ai remboursé correctement. J’ai pu aussi voyager en Turquie avec ce programme. Je compte demander prochainement 20 millions pour faire prospérer davantage mes affaires »
« Avec le FNFI, j’ai des sources de revenus pérennes surtout avec N’kodédé. Chaque mois, j’ai un budget pour ma famille », soutient, Mme Takouda, sourire aux lèvres. L’un des grands mérites du FNFI est qu’il nous permet d’avoir une certaine autonomie, de participer activement à la gestion de nos familles, à la scolarisation de nos enfants et à leur prise en charge sanitaire, ajoute-t-elle, précisant qu’elle s’active à solliciter un nouveau crédit de 6 millions de FCFA.
« Avant je n’étais rien, mais, aujourd’hui, avec le FNFI, je suis devenue une femme entrepreneure, très considérée, autonome, épanouie et respectée, une leader très sollicitée pour les conseils grâce au produit N’Kodédé », a renchéri Mme Toukoulou, très ravie. Elle dit préparer un dossier de financement de 3 millions de FCFA ».
Ces femmes entreprenantes reconnaissent au FNFI une institution financière au service de l’autonomisation économique des femmes, car il offre des produits financiers adaptés à leurs besoins et réalités socioéconomiques et qui leur permettent de développer leurs activités génératrices de revenus et de les faire grandir.
FNFI, un programme facile d’accès
Ces femmes combatives estiment que les démarches sont assez faciles pour accéder aux produits du FNFI. « Il suffit juste avoir la carte nationale d’identité, la carte du centre de formalité des entreprises (CFE), l’attestation de bon payeur et ouvrir un compte pour accéder à N’kodédé ». Elles exhortent toutes leurs consœurs qui hésitent encore, à adhérer rapidement au FNFI et profiter de ses avantages.






