
Lomé, 20 mai (ATOP) – Un panel consacré au financement de la transformation industrielle de l’Afrique a mis en évidence, le mercredi 20 mai à Lomé, l’urgence de mobiliser davantage de ressources financières publiques et privées pour soutenir et accélérer l’industrialisation du continent et permettre à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) de produire pleinement ses effets.
Les panélistes ont souligné que l’industrialisation demeure une condition essentielle pour renforcer la compétitivité des économies africaines, diversifier les exportations et générer des emplois à grande échelle. Ils ont mis en relief les difficultés persistantes d’accès aux ressources financières, en particulier pour les entreprises engagées dans la transformation locale des matières premières et la création de valeur ajoutée. Les experts ont plaidé pour la mise en place d’outils financiers innovants, capables de réduire les risques, de faciliter l’accès au crédit et de soutenir les investissements dans les infrastructures, l’énergie, la logistique et les équipements industriels.
Ouvrant les travaux, Saloua Karkri Belkeziz, vice-présidente de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), a souligné que la transformation industrielle de l’Afrique repose sur un financement coordonné des écosystèmes productifs, incluant l’énergie, la logistique, l’emballage et les infrastructures. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de garantie, de mobiliser les banques, les gouvernements et les marchés de capitaux, ainsi que d’exploiter les technologies numériques pour réduire les risques et améliorer l’accès des petites et moyennes (PME) au financement. Prenant l’exemple du Maroc, Saloua Belkeziz a mis en avant les performances du secteur automobile, dont les exportations industrielles ont dépassé 450 milliards de dirhams en 2024, avec un taux d’intégration locale de 69 %. « L’Afrique ne se développera pas par les intentions, mais par des investissements productifs capables de transformer nos ressources en industries compétitives », a-t-elle martelé.
Le responsable régional UEMOA de la Banque d’entreprise et d’investissement d’Ecobank, Oumar Sangaré, a fait savoir que le financement de la transformation industrielle en Afrique nécessite une plus grande mobilisation de capitaux propres pour rendre les projets bancables et attirer d’autres sources de financement. Il a expliqué que l’apport en fonds propres a été déterminant dans la réalisation de certains projets industriels, avant de plaider pour une meilleure coordination entre les banques commerciales, les marchés de capitaux, les institutions de développement et les fonds de pension. L’Afrique dispose d’un important potentiel, avec près de 1.000 milliards de dollars d’actifs détenus par les fonds de pension, qui pourraient être orientés vers les infrastructures, notamment l’électrification du continent, a-t-il évoqué.
L’ancienne ministre du Commerce, de l’Artisanat et de la Consommation locale, Rose Kayi Mivedor-Sambiani, a signalé que le financement de l’industrialisation africaine reste difficile en raison du manque de ressources longues, du coût élevé du crédit et de la faible préparation des projets. Elle a estimé que la stabilité macroéconomique, un environnement des affaires favorable et des mécanismes de réduction des risques sont indispensables pour attirer les investisseurs. Mme Mivédor-Sambiani a recommandé de mobiliser l’épargne locale, les fonds de pension, les assurances et la diaspora vers les projets industriels de la ZLECAf.
L’ancien directeur général de Zenith Bank et membre du conseil d’administration du Fonds d’ajustement de la ZLECAf, Ebenezer Onyeagwu, a expliqué que le financement de l’industrialisation africaine repose sur des partenariats public-privé (PPP) associant les Etats et le secteur privé. « Le financement de l’industrialisation doit reposer sur des partenariats public-privé robustes qui partagent les risques et créent des écosystèmes capables de rassurer les investisseurs et les banques », a-t-il relevé. Selon M. Onyeagwu, les États apportent le foncier, la sécurité juridique et des guichets uniques, tandis qu’Arise mobilise des fonds propres et des financements auprès d’institutions telles qu’Africa Finance Corporation, Banque africaine de développement et Afreximbank.
L’entrepreneure et fondatrice de Bernika Health, Dana Mopulunga, a fait savoir que « le capital-investissement doit réduire les risques des PME africaines afin que les banques et les marchés financiers puissent ensuite financer leur croissance à plus grande échelle ». Elle a observé que le principal obstacle au financement de l’industrialisation en Afrique ne réside pas dans le manque de capitaux, mais dans l’insuffisance de financements intermédiaires de 1 à 10 millions de dollars destinés aux PME.
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