
Par BISLAO Tchessou Pyabalo
L’arachide est une légumineuse annuelle dont le fruit mûrit en terre. Ses graines servent surtout de matière première pour l’extraction des huiles utilisées dans la cuisine, ainsi que pour produire le beurre d’arachide. Les coques et le tourteau servent aussi d’aliments pour le bétail. Les variétés d’arachide cultivées au Togo donnent de faibles rendements car elles sont peu productives selon l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA). En plus, les producteurs ne maîtrisent pas l’itinéraire technique de production. Pour la campagne agricole 2020-2021, les acteurs ont produit 43.407 tonnes. Le défi actuel qui s’impose aussi bien aux producteurs qu’aux techniciens agricoles est d’optimiser la production de l’arachide au Togo ?
Le chef d’Agence de l’Institut de Conseil et d’Appui Technique (ICAT) de Sotouboua, Tassou Makénani relève que pour bien réussir la culture d’arachide, il est important de bien maîtriser les périodes de semis et bien suivre l’itinéraire technique.
Périodes indicatives de semis selon les régions du Togo
Selon le calendrier de production de l’ITRA dévoilé par M. Tassou les producteurs des Savanes peuvent faire les semis de mi-juin à mi-juillet. Pour ceux de la région de la Kara et Centrale, il est suggéré de le faire pendant le mois de juillet. Dans les régions des Plateaux et Maritime, les semis sont conseillés à partir des mois de mars à avril. Se basant sur la fiche technique de l’ITRA, il a affirmé que la quantité de semences nécessaire est de 50-60 Kg graines à l’hectare. Pour lui, il faut toujours utiliser les semences améliorées renouvelables après deux campagnes agricoles. A l’écouter, il est important de semer l’arachide dans les poquets de profondeur de 3 à 4 cm en mettant 1 à 2 graines par poquet. Il a ajouté que le re-semis se fait juste après la levée mais pas plus de dix jours après le semis.
D’après l’ingénieur agronome, le Togo s’est inscrit dans la dynamique de valorisation de la filière arachide. Il a souligné que pour l’augmentation des rendements le pays a introduit de nouvelles variétés plus productives. M.Tassou a indiqué que c’est en tout 13 variétés en provenance d’International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics (ICRISAT) du Mali, quatre (4) lignées de l’Institut Sénégalais de Recherche Agricole (ISRA), qui ont été introduites et testées au Togo avec succès. Il précise que les variétés « ICIAR19BT » et « ICGV01276 » sont particulièrement adaptées aux zones de production au Togo.
Traitement et conservation des semences et choix du semis
M.Tekou Léandre, Ingénieur agronome à l’ONG « Terre Nourricière », se fondant sur la recherche agronomique préconise le traitement des semences avec un produit binaire (fongicide- insecticide) contre les ennemis des plantules vivant dans le sol. Il insiste également sur le bon choix des dates des semis de sorte que la maturité coïncide avec les arrêts des pluies pour permettre un meilleur séchage.
D’après lui, les semences conservées en gousse doivent être décortiquées de préférence à la main au plus tôt, dix jours avant le semis. Il prévient qu’un décorticage trop précoce entraînerait une diminution de la faculté germinative. M. Tekou conseille le semis à plat, précisant qu’il est plus avantageux pour le semis en billon car la densité sur le semis en billon est toujours inférieure à la norme recommandée (150.000 à 200.000 plants/ha).
Pour obtenir les bons rendements, il invite les producteurs à toujours suivre les pratiques culturales en respectant les recommandations de l’ITRA. Au nombre de ces recommandations, il a mentionné l’utilisation systématique des semences certifiées qui garantissent déjà 45% du rendement. M. Tekou incite également les producteurs à recourir aux conseillers agricoles ou à un service technique du ministère de l’agriculture. Il a fait savoir que les producteurs de semences certifiées, multiplicateurs reconnus par la Direction des semences et plants, sont indiqués pour fournir des semences de qualité.
Le choix de la parcelle
Le chef d’agence de l’ICAT souligne que le choix de la parcelle est une étape aussi importante selon la recherche. A l’entendre, l’arachide doit être cultivée sur un sol léger (meuble et perméable) et riche en matières organiques. Il recommande aux paysans d’éviter les sols hydromorphes (sol hydromorphe est composé dans son horizon d’une couche moins perméable qui limite l’écoulement vertical de l’eau et d’adopter comme précédents culturaux le sorgho, le mil, le maïs ou le coton. Il demande d’éviter les précédents culturaux comme le voandzou, le soja, le niébé, le pois d’angole pour éviter de maintenir sur la parcelle les parasites nuisibles, car étant des légumineuses comme l’arachide. L’ingénieur agronome déconseille la culture de l’arachide sur le même sol pendant plus de deux années consécutives afin de réduire la pression parasitaire au niveau du sol. Pour le cas de production de semences, il proscrit le mélange de deux variétés sur la même parcelle.
Se basant sur la recherche agronomique, il a affirmé que l’engrais chimique approprié pour la fertilisation de la culture d’arachide est l’engrais simple appelé Super phosphate simple. Cet engrais doit être apporté au moment du labour à la dose de 60 – 70Kg/ha. A défaut de l’engrais simple, il est conseillé d’utiliser de l’engrais NPK151515 à la dose de 100 kg/ha. A ses dires, on peut ne pas apporter les engrais chimiques si la parcelle est riche en matière organique.
A en croire l’ingénieur agronome, le premier sarclage doit être fait entre le 10è et le 15è jour après les semis. Il souligne la nécessité de faire un léger buttage trois semaines après le premier sarclage et désherbage au besoin pour accompagner la maturation et faciliter la récolte. M. Tassou déconseille catégoriquement le sarclage avec la houe après la floraison, au risque de briser les gynophores, c’est-à-dire les racines sous forme de piquant qui s’enfouissent dans le sol.
La récolte

D’après le chef d’agence la récolte intervient à la maturité, et un champ d’arachide arrivé à maturité est caractérisé par un jaunissement des feuilles. Il recommande à cette étape aux producteurs d’arracher un pied, casser la coque et voir l’intérieur de celle-ci. M. Tassou précise que si la face interne de la coque présente un aspect brun ou noir, cela indique que le champ est prêt à être récolter. Pour l’ingénieur agronome, il est très important de vérifier que les 2/3 des gousses d’un même pied présente le même aspect brun ou noir avant de récolter. Il ajoute que la récolte se fait alors en arrachant les pieds et en enlevant les gousses. Pour lui, la meilleure façon de récolter l’arachide est d’arracher les pieds, enlever les gousses le même jour puis sécher. Il déconseille l’utilisation des outils qui peuvent blesser les gousses au moment de la récolte car celles-ci constituent une porte d’entrée des microorganismes (aflatoxine) qui peuvent attaquer les graines.
L’ingénieur agronome recommande de sécher les gousses sur une aire de séchage bien propre ou sur bâche. Il fait savoir que la fin du séchage est marquée par le bruit qu’on entend en secouant une quantité d’arachide puisée dans une poignée de main. Il affirme que le taux d’humidité recommandé après séchage est de 14%. Il conseille également de vanner après séchage pour enlever les coques vides, les coques légères et les matières inertes, éliminer du lot toutes les gousses mal remplies et ratatinées, blessées ou pourries avant le stockage.
Les nouvelles variétés font la joie des producteurs

Les nouvelles variétés d’arachides introduites par le Togo pour booster la filière arachide font le bonheur des producteurs. M. Pali Tchabi Essoham, un agriculteur du canton de Sotouboua témoigne. « Avec les anciennes variétés d’arachides je gagnais 3 à 4 sacs à l’hectare sur billons et 5 sacs à l’hectare pour une culture à plat et j’avoue que je ne maîtrisais pas l’itinéraire technique. Un conseiller agricole m’a recommandé une nouvelle variété à cycle court. Avec elle, je gagne 8 à 10 sacs à l’hectare sur les billons et 15 à 18 sacs à l’hectare lorsque je pratique le labour à plat. Cette nouvelle variété m’a donc permis avec le respect de l’itinéraire technique sur lequel j’ai été formé d’augmenter mes rendements et je suis maintenant très heureux ».
Avis partagé par Mme Jacqueline Adjoua, une productrice du canton de Séssaro, qui a failli délaisser la culture d’arachide à cause de la faiblesse des rendements des anciennes variétés. « Sans vous mentir moi j’ai failli abandonner la culture d’arachide par désespoir parce que mes récoltes étaient toujours mitigées. Je fais le semis à plat et avec l’ancienne variété je récoltais à peine 6 sacs à l’hectare. Mais grâce à mon conseiller agricole qui m’a incité à essayer les nouvelles variétés et qui m’a outillé sur l’itinéraire technique j’ai triplé mes rendements. Je fais maintenant en moyenne 18 sacs à l’hectare et la vente me permet de m’occuper de moi-même, de mon foyer et de mes enfants. Franchement je suis comblée ».
M. Panla Agouda, producteur dans le canton de Sotouboua, a renchéri « avec les nouvelles variétés et l’application des techniques qui me sont donner par mon conseiller agricole je moissonne 15 à 20 sacs d’arachides à l’hectare largement au-dessus des 8 sacs que je récoltais à l’hectare ».
Comme eux, beaucoup d’autres producteurs que nous avons rencontré ne cachent pas leur joie. Ils remercient le gouvernement pour l’introduction de ces nouvelles variétés d’arachides et pour les formations sur l’itinéraire technique qui ont contribué à accroître largement leurs rendements et par ricochet leurs revenus.
Le Togo s’est inscrit dans la dynamique de valorisation de la filière arachide en introduisant de nouvelles variétés pour booster les rendements. L’adoption de ces nouvelles variétés par les producteurs couplée avec les formations données par les conseillers agricoles dans chaque canton du pays sur l’itinéraire technique ont contribué à l’augmentation des rendements. Ce qui a non seulement redonné de l’espoir aux anciens producteurs qui avaient abandonné la culture pour faiblesse des rendements des anciennes variétés mais aussi attiré de nouveaux agriculteurs dans la filière désormais rentable. Toujours dans le processus de modernisation du secteur, 20 unités de transformation sont installées et fonctionnelles, produisant en moyenne 15 tonnes d’huile et 35.000 galettes par mois. Avec toutes ces initiatives du gouvernement, l’on peut dire sans se tromper que la filière arachide a de beaux jours devant elle.






