
Par Diane Minlekib
La crise cardiaque, aussi appelée infarctus du myocarde, est l’une des principales causes de mortalité dans le monde. Au Togo, une étude menée en 2006 au CHU Campus a montré que 3 % des patients admis en cardiologie souffraient d’infarctus du myocarde. Aujourd’hui, ce chiffre a grimpé à 8 %, témoignant d’une augmentation significative en 20 ans.
Dans un entretien avec le correspondant de l’Agence togolaise de presse (ATOP) le vendredi 4 juillet, les Pr Jean-Marie Damorou, Professeur titulaire de cardiologie, responsable du Programme national de lutte contre les maladies cardiovasculaires, et Réne Baragou, chef Service de cardiologie au CHU Sylvanus Olympio de Lomé, expliquent que de nombreuses crises cardiaques peuvent être évitées grâce à une meilleure compréhension des mécanismes de la maladie et à des actions de prévention simples mais efficaces.
Qu’est-ce qu’une crise cardiaque ?
Pour ces deux médecins, « le sang est le carburant essentiel, alimentant d’abord le cœur avant de nourrir le reste de l’organisme. Dans les conditions normales, le cœur reçoit le sang nécessaire pour fonctionner correctement. Cependant, des problèmes surviennent lorsque le sang ne circule pas bien. Cela peut entraîner deux situations : une crise majeure, connue sous le nom d’infarctus du myocarde, ou une crise mineure, l’angine de poitrine ».
L’infarctus désigne « l’obstruction d’une ou de plusieurs artères coronaires, qui sont les artères nourricières du cœur. Celui-ci n’est donc plus approvisionné en sang et en oxygène. Cette obstruction résulte, dans la grande majorité des cas, de la rupture d’une plaque d’athérome, correspondant au développement de graisses, c’est-à-dire de lipides, sur la paroi des artères », souligne Pr. Baragou.
L’infarctus se produit lorsque les artères qui alimentent le muscle cardiaque se bouchent, souvent à cause du mauvais cholestérol, entraînant un blocage de la circulation sanguine. « Si le flux sanguin est complètement interrompu, une partie du muscle cardiaque peut mourir, ce qui est appelé athérosclérose. En revanche, l’angine de poitrine se manifeste lorsque le cœur ne reçoit pas suffisamment de sang lors d’un effort, provoquant une douleur », fait savoir Pr Damorou.
Ainsi, l’infarctus et l’angine sont deux formes de crises cardiaques, représentant des niveaux différents de gravité en fonction de l’apport sanguin au cœur. Pour le commun des mortels, ces deux situations sont appelées les crises cardiaques.
Les causes
La tension artérielle est étroitement liée à l’athérosclérose, qui peut entraîner des crises cardiaques ou des problèmes de tension. « Par ailleurs, l’hypertension artérielle est également un facteur de risque pour l’athérosclérose. Un autre facteur préoccupant est la sédentarité, c’est-à-dire le manque d’activités physiques ; ne pas bouger peut raccourcir la vie », évoque le professeur titulaire de cardiologie.
Les causes des crises cardiaques peuvent être regroupées en deux catégories : les facteurs de risque de l’athérosclérose et l’athérosclérose elle-même. Cette dernière résulte du dépôt de mauvais cholestérol dans les parois des artères coronaires qui alimentent le cœur.
Pr Damorou montre que « lorsque ces vaisseaux sont obstrués, le muscle cardiaque ne reçoit plus suffisamment de sang. Si une grande partie du muscle est touchée, cela peut être fatal, tandis qu’une atteinte limitée entraîne un dysfonctionnement cardiaque ».
Koffi, un patient ayant survécu à une crise cardiaque, raconte son expérience : « J’ai ressenti une douleur intense dans la poitrine alors que je jouais avec mes petits-enfants. Au début, j’ai pensé que c’était juste de la fatigue, mais la douleur ne partait pas. J’ai été conduit d’urgence à l’hôpital où ils m’ont dit que j’avais eu un infarctus. Grâce à un traitement rapide, j’ai survécu, mais cela m’a ouvert les yeux sur l’importance de la prévention. Je fais maintenant attention à mon alimentation et j’essaie de marcher tous les jours ».
Origines et facteurs de risque de l’athérosclérose
Les facteurs de risque de l’athérosclérose se divisent en deux catégories : non modifiables et modifiables. Le responsable du Programme national de lutte contre les maladies cardiovasculaires affirme que : « parmi les facteurs non modifiables, l’âge joue un rôle prépondérant, car les parois des artères se durcissent avec le temps, favorisant la formation de plaques d’athérosclérose. Le genre est également un facteur : les hommes sont plus touchés que les femmes, surtout avant 60 ans, tandis que la femme, c’est souvent après la ménopause. L’hérédité peut aussi être déterminante, certaines familles ayant une prédisposition aux maladies cardiaques ».
En revanche, les facteurs modifiables peuvent être influencés par les choix de vie. « Le tabagisme est un contributeur majeur à l’athérosclérose, tout comme le diabète, l’hypertension artérielle et la sédentarité. Ne pas être actif quotidiennement peut raccourcir la vie et augmenter le risque de crises cardiaques. Le mauvais cholestérol est un autre élément clé, car il s’accumule dans les artères et aggrave l’athérosclérose. L’obésité est également un facteur de risque important », indique Pr Damorou.
En résumé, 95 % des crises cardiaques sont liées à l’athérosclérose, martèle Pr Damorou. D’autres causes, comme des anomalies congénitales ou des problèmes de circulation sanguine, peuvent également être à l’origine de crises cardiaques.
Les symptômes
Les symptômes d’une crise cardiaque se manifestent souvent par une douleur intense, insupportable, qui pousse le patient à crier et à s’agiter, ayant l’impression de mourir. Cette douleur peut être le signe d’une crise majeure, comme un infarctus du myocarde, qui nécessite une intervention rapide. « En plus de la douleur, le patient peut perdre connaissance ou ressentir une grande fatigue et une faiblesse, souvent dues à une mauvaise circulation sanguine, indiquant que le cœur ne fonctionne plus efficacement. Cela peut conduire à un état de choc, où la tension artérielle chute ; on parle d’état de choc », ajoute Pr Jean-Marie Damorou.
Le signe précurseur fréquent est l’angine de poitrine, qui se manifeste par des douleurs thoraciques lors d’efforts physiques. Ces douleurs, bien que parfois considérées comme bénignes, ne doivent pas être ignorées, car elles peuvent annoncer une crise cardiaque imminente. Il est essentiel de consulter un médecin dès l’apparition de ces symptômes.
Quand les signes sont négligés, la crise cardiaque survient sans avertissement, provoquant des décès subits. Cela est particulièrement vrai pour les diabétiques, qui peuvent ne pas ressentir la douleur en raison de troubles nerveux. C’est ce que renchérit Pr René Baragou, en ses termes : « dans la majorité des cas d’infarctus, la présence de symptômes plus ou moins typiques permet donc de mettre la puce à l’oreille. Mais il y a des crises cardiaques qui passent inaperçues en raison de l’absence de signes d’alerte : c’est ce que l’on appelle l’infarctus silencieux ou l’infarctus asymptomatique ».
Traitement proposé au Togo
Le professeur titulaire de cardiologie montre qu’il existe deux types de traitements : le traitement médical et le traitement par cathéter. « Le cathéter est une sonde que l’on insère dans les artères pour atteindre les zones obstruées par l’athérosclérose. Contrairement à une opération chirurgicale, ce n’est pas une intervention invasive. Cette technique consiste à introduire des petits tubes à travers les artères jusqu’au cœur, permettant de visualiser et de traiter les obstructions », dit-il.
Comment prévenir une crise cardiaque ?
Les deux cardiologues sont unanimes pour dire qu’« il y a la prévention primaire qui repose sur la lutte contre les facteurs de risque. La prévention secondaire, elle, s’applique aux personnes déjà atteintes d’athérosclérose. Cela implique l’administration de médicaments pour éviter que l’athérosclérose ne se transforme en crise cardiaque. Les autres causes doivent être traitées au cas par cas.
Mme Aïcha, dont le mari est mort d’une crise cardiaque, partage sa douleur : « mon mari n’avait jamais pris ses douleurs au sérieux. Il disait que c’était juste du stress. Nous avons appris après sa mort que des signes avant-coureurs étaient présents, mais il ne les a pas écoutés. Cela m’attriste de penser que nous aurions pu agir à temps. Maintenant, je parle de la santé cardiaque à tous mes proches. Il est essentiel de connaître les symptômes et de consulter un médecin ».
Conseils pour une bonne santé cardiaque
« Les crises cardiaques ne sont pas une fatalité, il faut prévenir. Pour maintenir une bonne santé cardiaque, il est important d’adopter une alimentation saine et de bien gérer son stress », rassure Pr Damorou. Selon l’OMS, il est recommandé de consommer cinq portions de fruits et légumes par jour. Il est également conseillé de dormir au moins 6 heures par nuit et, surtout, d’éviter les drogues.






