AMEKOUVO S. Akouétey
Le monde entier célèbre chaque 8 septembre, la Journée internationale de l’alphabétisation (JIA). Cette année, cet évènement qui est à sa 56e édition est placé sous le thème « Transformer les espaces d’apprentissage d’alphabétisation ». Avec la crise sanitaire liée à la Covid-19 dont les impacts ont déstabilisé tous les secteurs notamment le système éducatif en général, de nouveaux défis s’imposent à l’alphabétisation.
« Dans le secteur du non formel, la pandémie a mis en lumière la fragilité des infrastructures, des méthodes et stratégies d’enseignement, bref de l’ensemble des ressources matérielles et immatérielles mis en place pour assurer l’enseignement/apprentissage aux jeunes et adultes », a estimé le directeur général de l’Alphabétisation et de l’Education non formelle au ministère de l’Action sociale, Abété Baoumodoum.
Intervenant au cours d’un atelier, les 5 et 6 septembre à Atakpamé, sur les nouveaux défis engendrés par la pandémie du coronavirus dans le système éducatif non formel au Togo, M. Baoumodoum a relevé que le thème de cette année, vient à point nommé pour interpeller la communauté sur les moyens dont dispose le secteur pour vaincre les nouveaux défis. Pour lui, « Ce thème s’inscrit parfaitement dans les efforts de riposte à la crise pandémique qui conduit à faire appel à des solutions innovantes pour assurer un enseignement/apprentissage plus résilient, dans le but d’assurer la continuité de l’éducation ».
L’éducation non formelle, une chance
Selon les données de l’UNESCO au lendemain de la pandémie de la COVID-19, près de 24 millions d’apprenants pourraient ne jamais retourner à l’éducation formelle, dont 11 millions devraient être des filles et des jeunes femmes. Leur seule chance étant l’éducation non formelle, la transformation des espaces de travail « devient un impératif pour la réalisation de l’Objectif de développement durable 4 (ODD4) et de sa cible 4.6 qui entend veiller à ce que tous les jeunes et une proportion considérable d’adultes, hommes et femmes, sachent lire, écrire et compter, d’ici à 2030 », précise le directeur général de l’Alphabétisation et de l’éducation non formelle.
« Le défi lié à l’alphabétisation est d’arriver à donner les bases à ces femmes et jeunes pour qu’ils arrivent à lire et écrire afin de mener aisément leurs activités génératrices de revenus, une mission vraiment difficile », a confié M. Victor Wogomebu, coordonnateur du Complexe privé laïc « le Leader d’Ablogamé », intervenant également dans l’alphabétisation.
« L’école, c’est une bonne chose. Comme on n’a pas eu la chance de finir, nous avons repris avec l’école des adultes. On va pour apprendre à lire et à écrire, ce qui nous aidera dans nos commerces et aussi à suivre nos petits-enfants et petits-fils », a relaté Mme Prudence Kpade, l’une des apprenantes sur le projet « Vegbe Nousosron », un centre de l’association Don Bosco dans la commune Golfe 1.
Pour M. Agbelessessi Thomas, enseignant au « CPL le Leader », « le défi est de faire remonter à la surface nos mamans qui n’ont pas la chance dès leur bas-âge de connaitre l’écriture, il s’agira de les faire sortir de l’obscurité, de les amener à la lumière de l’écriture pour qu’ils se sentent à l’aise dans la société ». L’alphabétisation, selon M. Agbelessessi, présente assez d’avantage pour les bénéficiaires : « A la maison, les formés ne pourront plus confondre les actes de naissance ou les certificats de nationalité de leurs enfants à des papiers de toilette. Au marché ou ailleurs, ils peuvent lire et comprendre et ceux qui sont avancés dans l’alphabétisation peuvent mieux s’en sortir dans les conversations ».
Innover avec des pédagogies éducatives modernes
Selon l’UNESCO, aujourd’hui, au moins 773 millions de jeunes et d’adultes ne possèdent pas les compétences de base en matière d’alphabétisation. Dans un monde où les espaces d’apprentissage constituent un élément essentiel à l’accès des apprenants, dans tous les secteurs et toutes les contrées, rester en marge de la transformation/innovation dans un domaine aussi important que transversal qu’est l’alphabétisation, ne fera qu’entraver les efforts de développement. Pour arriver à cette transformation, reconnait M. Baoumodoum, « il nous revient dès lors d’imaginer des pédagogies et des méthodologies éducatives modernes et efficaces pouvant être utilisées dans les programmes d’alphabétisation des jeunes et des adultes pour faire face à la pandémie ; puis de mobiliser des soutiens techniques et financiers adéquats pour la promotion des programmes d’alphabétisation intégrant la transformation des espaces d’apprentissage ».
Le Togo à pied d’œuvre
Au Togo, selon l’enquête à indicateurs multiples (MICS) de 2010, le pays compte 977.000 personnes analphabètes, jeunes et adultes de 15 à 44 ans et les deux tiers (68,6%) sont des femmes. Le gouvernement s’est fixé comme objectif de réduire le taux d’analphabétisme des jeunes et adultes de 15-45 ans de 43,3% en 2010 à 16% en 2025 d’après le Plan sectoriel de l’éducation et stratégie nationale d’alphabétisation et d’éducation non formelle sur la période 2014-2025. Pour atteindre ce cap, plusieurs programmes sont mis en œuvre pour réduire le taux d’analphabétisme, entre autres, le projet d’appui à l’alphabétisation fonctionnelle des femmes, le Programme de renforcement de capacités pour l’amélioration de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle (Cap EFA), le volet alphabétisation du Projet éducation et renforcement institutionnel (PERI).
Depuis 1967, la Journée internationale de l’alphabétisation (JIA) est célébrée chaque année dans le monde entier pour rappeler au public, l’importance de l’alphabétisation en tant que question de dignité et de droits de l’homme, et pour faire progresser l’agenda de l’alphabétisation vers une société plus alphabétisée et durable. Malgré les progrès accomplis, les défis de l’alphabétisation persistent.






