
Par Michel KPEMISSI
Les luttes traditionnelles en pays Kabyè se déroulent, obligatoirement, en présence du prêtre traditionnel appelé « Tchodjo » dont l’une des missions est d’écarter les dangers des arènes. Etre mystérieux, sa succession, généralement héréditaire, suit un processus rigoureux pour la désignation de son remplaçant. Qui est habilité à prendre la place du prêtre traditionnel à sa mort ? Comment celui-ci est-il intronisé ?
Protecteur des « Evala »
Tchodjo joue un rôle capital dans la tradition pour l’initiation des « Evala », des « Kondona » et des « Akpéma ». Maîtrisant parfaitement tous les rites initiatiques et doté d’un certain pouvoir mystique, le prêtre traditionnel fait ces cérémonies de jour comme de nuit et sa présence sur les terrains de lutte protège, spirituellement, les « Evala ». « Assis ou debout, il couvre tout le monde du début jusqu’à la fin des luttes, veillant à ce que tout se déroule bien et que les « Evala » sortent sains et saufs des empoignades », dévoile, Bouloufèi Kébalo, l’escorte de l’un d’entre eux du canton de Bohou.
Selon la croyance, des manifestations naturelles surviennent à son décès. « On remarque habituellement que le vent souffle plus fort et est parfois accompagné de pluies, ce signe indique aux chefs traditionnels que Tchodjo a cassé sa pipe », a-t-il signifié. M. Bouloufèi affirme que ce sont les Kondona (les Evala ayant terminé les trois années de lutte et accompli la deuxième étape d’initiation « Waah ») qui accompagnent le défunt prêtre à sa dernière demeure.
Un successeur familial légitimé

Selon le chef des Tchodjos du village de Lama-Kolidè, dans le canton de Lama, Didokié Alou, la succession commence après les funérailles du défunt prêtre et porte sur le fils légitime dans sa famille (préparé à l’avance) parmi sa progéniture. Il précise que, généralement, c’est le fils que Tchodjo, de son vivant, autorisait à l’accompagner dans tous les lieux de cérémonies, histoire de lui montrer le travail. L’orateur explique qu’à défaut de celui-ci, les recherches sont menées dans sa famille pour trouver son successeur. « On ne se précipite pas dans le choix, on se donne du temps pour chercher et fouiller avant de voir celui qui est en mesure de jouer valablement ce rôle », ajoute-il. Toutefois, le prêtre Didokiè révèle qu’il peut, aussi, arriver que ces recherches ne donnent aucun résultat. Il a dit que dans ce cas rarissime, le président des chefs traditionnels procède alors à la désignation d’un nouveau Tchodjo après consultation des oracles. Une fois, sa décision prise, dit-il, le chef convoque une réunion pour en informer les membres de la famille du défunt prêtre. « Tchodjo est décédé, et il n’a pas désigné son successeur. C’est pourquoi, après consultation des oracles, j’ai chargé telle personne pour continuer sa mission en parlant aux ancêtres », leur dira-t-il.
L’intronisation du nouveau Tchodjo
Le jour de l’intronisation, le nouveau Tchodjo est conduit dans le lieu sacré. Là, dira le prêtre Didokié, on procède à des rituels pour le confier aux ancêtres après avoir versé l’eau par terre en disant « Tchodjo est mort, voilà, aujourd’hui c’est son fils, son neveu ou autre, que nous avons choisi pour lui succéder ». L’intervenant a ajouté qu’à la suite de ces cérémonies, les attributs de l’ancien prêtre comprenant, son chapeau, son bâton, son sac et sa calebasse sont remis au nouveau Tchodjo. Il explique que c’est une forme de passation de service qui permet à celui-ci de démarrer sa tâche, celle de protéger et régler, spirituellement, les problèmes du village.






