
Par koundjima baguisoga tougouma
Dans le quartier Agbonou Campement, à Atakpamé, un modèle familial bouscule discrètement, mais sûrement, les traditions bien ancrées. Chez les Boda, l’égalité et l’équité de genre ne sont pas des concepts théoriques débattus dans les séminaires, mais une réalité quotidienne vécue sous le même toit. Ce ménage pionnier démontre qu’une redéfinition des rôles au sein du foyer constitue un véritable moteur de la réussite sociale et scolaire des enfants.
Partage des tâches domestiques, un facteur d’épanouissement familial
A l’heure où les discussions sur la déconstruction des stéréotypes de genre se multiplient, le chef de ménage, Boda Thomas, ingénieur agronome, a choisi de prêcher par l’exemple. Pour ce père de famille, la masculinité positive s’exprime par un soutien indéfectible à l’autonomisation des membres de son foyer.
« Investir dans l’avenir de ma fille et partager les charges avec mon épouse ne me diminue en rien. Au contraire, cela consolide les fondations de notre foyer », confie-t-il avec assurance. Il indique qu’au début, le voisinage l’insultait et l’humiliait. Certains allaient jusqu’à dire que sa femme l’avait « gbassé » (ensorcelé), estimant qu’il était inadmissible qu’un véritable homme fasse les travaux de femme.

« Mais ces moqueries ne me disaient absolument rien, parce que c’est de cette manière que j’ai été éduqué », révèle M. Boda. « Mon père, paix à son âme, faisait tout à la maison. Il avait interdit à mes sœurs et à ma mère de lui faire la lessive. Il nous disait qu’il éprouvait du plaisir à accomplir ces petits travaux et que cela prolongeait même la durée de vie », témoigne-t-il. Il m’a fait savoir que beaucoup de ses amis ont, à leur tour, commencé à aider leurs épouses dans les tâches domestiques. Ces amis témoignent aujourd’hui de l’harmonie et de la paix qui règnent dans leurs foyers. « J’exhorte les hommes à laisser de côté leur ego et à aider leurs femmes dans les tâches domestiques pour l’épanouissement de leurs foyers », conclut-il.
Dans cette concession, la routine matinale brise les clichés. Pendant que M. Boda prépare le petit-déjeuner et supervise l’organisation de la cuisine, son épouse, Mme Boda Claudine, cadre de l’administration, peut peaufiner ses dossiers professionnels en toute sérénité. Cette synergie a profondément transformé leur vie de couple. « Ce partage de la charge domestique m’a permis de progresser dans ma carrière sans culpabilité, tout en sachant que mon foyer est un espace de collaboration », témoigne-t-elle. Elle affirme que cette organisation contribue au bon fonctionnement du ménage. « Au début, les enfants étaient réticents, surtout le garçon lorsqu’il fallait faire la vaisselle. Mais son père l’a progressivement amené à accomplir cette tâche avec aisance. Quant à la fille, elle effectue également des travaux généralement considérés comme réservés aux hommes, notamment les travaux champêtres », explique Mme Boda.
Des parents qui éduquent par l’exemple pour former des citoyens responsables
Les effets de cette éducation se reflètent dans le comportement des enfants. Dans cette famille, les tâches ménagères ne sont attribuées ni selon le sexe ni selon les stéréotypes. Chacun contribue au fonctionnement du foyer et développe ainsi le sens des responsabilités. Le jeune garçon de la famille participe naturellement aux tâches ménagères. Dès son plus jeune âge, il apprend le respect de l’autre ainsi que l’autonomie domestique. « Faire la vaisselle ou balayer n’enlève rien à ma dignité. Cela me prépare à être un homme responsable », confie Boda Jean, fier de marcher dans les pas de son père.

Cette organisation libère également un temps précieux pour sa sœur, Boda Yvette, élève en classe de troisième. Déchargée du poids des tâches domestiques disproportionnées qui freinent souvent la scolarité des filles, elle excelle dans ses études et ambitionne d’embrasser une carrière scientifique. « Mon père me répète souvent que ma place est là où mes compétences me porteront, que ce soit dans un laboratoire ou à la tête d’une entreprise », se réjouit-elle, les yeux tournés vers l’avenir. Elle rend grâce à Dieu de lui avoir donné un père exemplaire. « Au début, je trouvais mon père trop dur avec moi. Mais, au fil du temps, j’ai compris qu’il le faisait pour mon bien. Je vous assure que je vais au champ et que je cultive comme un homme. C’est fantastique. Parfois, les passants sont étonnés de me voir travailler aussi bien », laisse-t-elle entendre.
Le succès de ce modèle familial commence à faire tache d’huile dans son entourage à Atakpamé. La famille Boda rappelle que les tâches domestiques, les responsabilités familiales et les ambitions professionnelles ne devraient être limitées ni par le sexe ni par les stéréotypes. En démontrant que l’équité sous le même toit favorise la paix sociale, la réussite économique et l’épanouissement des enfants, ce ménage dessine les contours d’une société où le genre ne constitue plus une barrière, mais une force, une complémentarité.






