Les Comités de développement à la base (CDB), dénommés Comité villageois de développement (CVD) dans les villages et Comité de développement de quartier (CDQ) en ville, sont des structures sous la tutelle du ministère du Développement à la base. Dix ans après le décret N0 2012-005 du 29 février les créant, le fonctionnement de ces comités semble être mal connu des populations. Pour éclairer la lanterne des lecteurs, Dr. Brandao Hyacinthe Alao, sociologue et directeur des opérations à l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB), a accordé une interview à l’agence pour aborder le fonctionnement et les difficultés des CDQ/CVD.
ATOP : Quelle appréciation faites-vous du fonctionnement des CDQ/CVD ?
Dr. Brandao Hyacinthe ALAO : Il faut reconnaitre que le travail sur le terrain est fastidieux parce que les CDQ/CVD sont composés de volontaires surtout dans le milieu urbain et il faut s’occuper des activités du quartier en même temps trouver du temps pour s’occuper des activités d’une manière bénévole. Malgré le bénévolat, les gens sont motivés et très engagés. On peut dire que les membres des CDQ/CVD apportent beaucoup dans le développement des villages et quartiers, en témoigne les dernières élections municipales. Dans le grand Lomé comme à l’intérieur, on n’a eu 30% des conseillers municipaux élus qui viennent des CDQ/CVD, c’est un témoignage vivant de l’effort que ces derniers mènent dans les communautés et les populations sont sensibles à la contribution des volontaires à leur bien-être. Le 2ème élément, c’est l’apport que ces CDQ/CVD apportent aux côtés des communes. Ils sont un bras opérationnel pour les communes en termes de mobilisation des ressources et des communautés. Le développement des territoires dans la plupart du temps passe par les CDQ/CVD, une organisation qui peut aider un maire qui a plusieurs quartiers à réaliser ses ambitions.
Sur les 10 dernières années, combien de CDQ/CVD sont enregistrés officiellement au plan national ?
Les sept premières années ont été timide mais les trois dernières années, les choses sont allées vite dans l’enregistrement de ces comités parce que nous avons changé de technique d’approche. Nous avons mis en place un processus de pools de formateurs qui sont des volontaires d’engagement au développement identifiés par les maires. Ces volontaires d’engagement au développement du territoire qui sont des ressources endogènes sont en amont formés comme des formateurs sous la supervision de l’ANADEB, des communes et de la préfecture. Ces volontaires formés sur les diagnostics organisationnels d’un CDQ/CVD avec des outils appropriés organisent ensuite la structuration et l’organisation des quartiers. Dans chaque commune, on a des pools d’experts qui sont des volontaires engagés donc il suffit juste de leur donner le déplacement et ils iront dans les villages pour les formations, les diagnostics et aider à faire l’installation des bureaux. Cette stratégie a permis aujourd’hui d’être au tour de 800 CVD mis en place avec 700 plans d’actions villageois crées et près de 600 CDQ mis en place avec près de 700 plans d’actions de quartiers élaborés. Voilà l’avantage de ce processus qui est très innovant et qui permet le transfert de compétences à la base. Dans nos communautés, on n’a beaucoup de ressources notamment des retraités à la maison qui étaient des chefs de service, des animateurs et autres. Aujourd’hui, on a beaucoup besoin de ces retraités pour qu’ils puissent nous aider dans le processus de structuration et d’organisation des CDQ/CVD. Certains témoignent qu’ils étaient ennuyés et ce processus montre qu’on n’a pas besoin d’être membre d’un bureau de CDQ/CVD pour faire partie du pool chargés de l’accompagnement, la structuration, l’organisation, et la mise en place de ces comités.
Existe-il un fonds de soutien aux activités des CDQ/CVD ?
Cette question est globale. L’énergie est à mettre à l’interne pour voir comment nous pouvons valoriser à l’intérieur de nos territoires, de nos villages, de nos communes les ressources disponibles. Avec l’expérience des volontaires d’engagement au développement du territoire, c’est une valorisation des ressources à l’intérieur de nos communes. Aujourd’hui, si vous avez cinq personnes qui sont prêts à donner leur temps dans une commune pour accompagner la structuration et le fonctionnement d’un comité, c’est une valorisation des ressources, sinon il fallait aller chercher un expert d’ailleurs. Il y a également des ressources endogènes pour financer les priorités des quartiers et des villages, voire des communes. Nous avons mis en place, une stratégie de mobilisation de ressources qui permet à un quartier d’identifier toutes les structures qui existent dans le quartier et tous les cadres qui y résident et les approcher avec des projets concrets. Cette démarche dépend de la crédibilité des CDQ/CVD mis en place. Quand le CDQ est crédible et gère les ressources de façon transparente, il y a une confiance mais ce n’est pas évident. C’est une occasion d’interpeller nos CDQ/CVD à faire l’effort de transparence dans la gestion des fonds mobilisés à l’intérieur des quartiers, aussi bien auprès des structures dans les quartiers et des ménages qui cotisent. Si vous ne rendez pas compte, sachez que vous creusez la mort de votre mobilisation des ressources. La mobilisation des ressources pour les quartiers et les villages est une question complexe mais des efforts sont faits. Ce n’est pas encore ça mais nous pensons qu’en continuant par travailler ensemble, en faisant un peu plus d’effort dans la transparence autour de la gestion des fonds mobilisés, je pense qu’un jour, on pourra réussir à mobiliser suffisamment de ressources pour répondre aux priorités des quartiers et des villages.
L’absence de financement explique-t-il cette appropriation des ouvrages publiques notamment les latrines publiques et les borne fontaines par les CVD/CDQ ?
Les gens s’approprient ces ouvrages communautaires, quand vous regardez au fond, ils ne gèrent pas au bénéfice de la communauté. Lorsque vous fermez les yeux, ils gèrent pour eux-mêmes. Il faut arriver au respect du bien communautaire, ce qui ne m’appartient pas, et appartient à la communauté, on doit rendre compte de sa gestion à la communauté. Ce qui rapporte l’argent, on est plus enclin à s’attacher à cela, c’est pourquoi les questions de tricycle, de latrine, de borne fontaine, vous allez comprendre que cela rapporte de l’argent. La bonne gouvernance suppose que lorsque vous gérez une chose publique, il faut rendre compte et cultiver une transparence. Dans les quartiers où il y a des tricycles et autres, soit le CVD et la chefferie se sont bien entendus et ils se sucrent, et quand on veut convoquer les populations pour des actions communautaires, personne ne sort, ou bien c’est des crises entre le CVD et la chefferie parce que quelqu’un réclame qu’on lui fasse un salaire au tour de ça alors que la mobilisation de ressources devrait servir à la réalisation de microprojets au bénéfice de la communauté. L’avènement des mairies constituent une solution pour régler définitivement ces situations, parce que tous les biens à l’intérieur des quartiers et des villages appartiennent aux communes.
Quelle est la difficulté majeure des CDQ/CVD dans leurs activités ?
L’avènement des communes a été un choc, ce qui a retardé par moment l’activité des CDQ/CVD. Avant l’ANADEB traitait directement avec les CDQ/CVD. Lorsque la mairie est arrivée, ces structures ont pensé qu’ils pouvaient traiter directement avec l’ANADEB et ont connu des couacs par endroit qui n’a été très bien apprécié par toutes les parties. Aujourd’hui, nous avons repris la stratégie.
La première difficulté est la question de mobilisation de ressources. Il faut reconnaitre que les comités villageois de développement et les comités de développement de quartier attendent beaucoup de l’ANADEB. Hier, dans les années 2016-2017, il n’était pas nombreux ceux qui étaient ordonnés et structurés, c’était plus aisé. Aujourd’hui, c’est beaucoup de comités mis en place, ce n’est pas possible, même le matériel pour l’assainissement, ce n’est pas évident, il faut que les comités travaillent à mobiliser les ressources endogènes.
Une autre difficulté est relative à l’acceptation du principe démocratique. Il y a des membres du bureau de ces comités qui sont en fin de mandat et ne veulent jamais organiser des assemblées générales alors que les textes sont clairs sur deux mandats.
Le manque de culture de réédition des comptes est un autre problème. Nous sommes en train de travailler pour faire en sorte que les acteurs puissent vraiment accepter cultiver l’esprit de rendre compte une fois qu’on gère les ressources publiques.
Ces comités sont-ils indispensables ?
Du fait que bons nombres de membres de ces comités sont devenus des conseillers, des élus, ils ont gagné la confiance de la population, une note de satisfaction. Pour des questions de salubrité et d’assainissement dans les communes, les CDQ/CVD sont au-devant. Si les quartiers et les villages ne sont pas organisés, le maire ne peut pas gouverner la commune, il faut construire une force cohérente autour de ces structures pour créer l’harmonie.
Quelles sont les attentes de l’ANADEB vis-à-vis des CDQ/CVD ?
Je félicite ces comités pour leur engagement parce que ce sont des volontaires communautaires. Je remercie également les volontaires engagés qui acceptent accompagner la formation, la supervision des CDQ/CVD sans oublier les communes qui de plus en plus accompagne dans l’encadrement et la mobilisation.
Je voudrais également témoigner ma reconnaissance aux initiateurs de ces programmes que sont le gouvernement et les ministres en charge de ces activités. Ces comités sont des acteurs incontournables pour le développement de nos territoires. Il faut vraiment continuer par travailler pour soutenir le renforcement de capacités de planification de ces communautés pour faire en sorte qu’à partir des priorités des quartiers et des villages, les plans de développement des communes puissent refléter réellement les besoins des populations à la base. Si les CDQ/CVD ne peuvent pas maitriser les priorités des quartiers et des villages, pour aller à travers un lobbying et des négociations à influencer la planification de la commune, nous risquons de décréter des actions dans les plans de développement qui ne seront pas harmonieux avec les besoins réels des communautés. Le défi, c’est également la capacité d’influence. Quelle est la capacité d’influence des CDQ/CVD dans les plans de développement des communes ? Nos attentes se situent au niveau de la question de mobilisation des ressources, la capacité d’influence des CDQ/CVD pour pouvoir impacter la planification communale pour qu’elle reflète les priorités des quartiers et des villages, et la capacité à vraiment participer à la mobilisation des ressources de façon à aider les communes à relever les défis dans les quartiers et les villages.
Propos recueillis par AMEKOUVO S. Akouétey






