
A Kpalimé comme dans les autres localités du pays, des luttes sont menées pour l’accession du Togo à l’indépendance. Certaines de ces luttes ont occasionné des effusions de sang et d’autres sont pacifiques. Dans la préfecture de Kloto ou le grand Kloto, elle a été sans effusion de sang par endroits.
M. Christian Folly-Kossi, un témoin de l’histoire, âgé de plus de 70 ans nous fait quelques témoignages.

L’indépendance a permis aux Togolais de reconquérir leur identité et leur liberté. Elle a mis fin aux brimades, aux bastonnades et au mépris du colonisateur. La question qui reste posée est celle de savoir comment la lutte pour l’accession du Togo à la souveraineté internationale a-t-elle été menée dans la préfecture de Kloto ?
La préfecture de Kloto était un bastion de la lutte pour l’indépendance. Les débats à l’époque étaient contradictoires car il y avait des partisans du cheminement progressif avec les Blancs avant de recouvrer la liberté et ceux de l’indépendance immédiate, c’est ceux de la rupture du cordon ombilical avec la métropole. Les deux écoles de pensée étaient symbolisées par deux partis politiques, respectivement le Comité de l’unité togolais (CUT) dirigé par Sylvanus Olympio et le Parti Togolais du Progrès (PTP), présidé par Nicolas Grunitzky, relève Christian Folly-Kossi.
Face à la volonté d’indépendance des Africains, la France avait proposé une communauté franco-africaine qui serait un empire français qui engloberait toutes les colonies et la France métropolitaine dans un ensemble qui formerait un seul pays sans en préciser la nature. Cette idée avait été rejetée par les partisans de l’indépendance immédiate, c’est-à-dire ceux du CUT.
Le Grand Kloto en général étaient partisans de Ablodé c’est – à – dire l’indépendance immédiate. Le chef Apetor II était le président du CUT pour le grand Kloto. Cette lutte pour Ablodé a fait son chemin dans toute la région comme une trainée de poudre.
Cette lutte pour ablodé était couplée en même temps d’une autre lutte, celle de la réunification des morceaux du territoire séparé. (Un Togo français et un Togo britannique issue du partage du Togo allemand). Les Ewé étaient donc mobilisé pour la lutte parce que toutes les familles étaient divisées, une partie des parents sont dans le Togo britannique et une autre partie dans le Togo français. L’engagement des Ewé dans cette lutte traduisait leur volonté de réunification des familles. C’est ainsi que lorsqu’on parle de ‘’Ablodé’’, il y avait cette dualité de combat. « Nous voulions l’indépendance du Togo et la réunification avec le territoire perdu » a signifié M. Folly-Kossi. Cette lutte était animée par Togbui Apétor II et Papa Djomboulou.
Christian Folly-Kossi rappelle que la lutte armée n’existait vraiment pas, sauf quelques menaces. « Le peuple Ewe n’étant pas un peuple guerrier ». C’était plutôt une mobilisation des peuples éwé pour envoyer des émissaires à l’ONU pour expliquer le cas togolais et Olympio le faisait avec beaucoup de plaisir. Il revenait chaque fois très heureux pour rendre compte au peuple qui poussait des cris de joie et il répondait ‘’n’gbo na mi sia’’ ce qui veut dire littéralement je suis de retour pour vous. Et c’est avec cette assurance que le bon combat était fait.
Le jour de l’indépendance c’était la joie immense. A Zomayi, il y avait une petite forêt sacrée à l’intérieur de laquelle les militants du CUT se réunissaient, protégés par la forêt sacrée et par la suite ils ont appelé cette forêt, Ablodé kpamé c’était donc l’antre de la lutte pour l’indépendance. « C’était chaud, les gens débordaient de bonheur » s’est rappelé M. Folly-Kossi. Le président Olympio, très vite après la déclaration de l’indépendance, est venu ici avec sa voiture décapotable. Il lançait des pièces de monnaies neuves aux enfants qui se précipitaient pour les ramasser. « Ils étaient heureux » a précisé Folly Kossi. « Le symbole des pièces de monnaies jetées aux enfants, était qu’avec l’indépendance la richesse va pleuvoir et c’est ce à quoi nous croyions. Si aujourd’hui ces vœux ne sont pas réalisés, l’histoire est là pour excuser tout le monde puisque les morts ne sont pas tenus pour responsables de ce qui n’est pas arrivé. Mais l’espoir était là qu’avec l’indépendance, non seulement la liberté serait recouvrée, mais aussi la fortune pour la population moyenne. Voilà avec quel enthousiasme nous avons abordé l’indépendance ici et que nous étions convaincus que l’avenir nous appartient » a conclu le témoin de l’histoire.
M. Ségla Clémentinus, âgé de 90 ans raconte de son côté que pour l’indépendance, les grands lutteurs étaient le chef Apétor II, M. Attiogbé, M. Henri Amégan de Kpélé Elé, parmi les jeunes, il y avait Danyi Kokou. A la question de savoir comment la lutte se menait-elle ? M Ségla répond que c’est chez le chef Apétor II que les réunions se faisaient, précisant que dans le temps, les réunions étaient clandestines, il ne fallait pas se montrer. Il a aussi confirmé que la lutte pour l’accession du Togo à l’indépendance dans le grand Kloto n’était pas violente. Propos recueillis par Honoré Attikpo






