
Par Boulissatom Honoré
L’édition 2024 des rites initiatiques Evala en pays Kabyè bat son plein avec des finales disputées déjà dans certains cantons de la Kozah. Dans l’arène, l’on retrouve deux classes de lutteurs présentées par chaque clan. Les initiés ‶Evala″ et les non-initiés ‶Ahoza″. Ces derniers font toujours sensation lors des empoignades, bien qu’ils ne soient pas encore initiés.
Qui est un ohoziè ?
Un ohoziè (Ahoza au pluriel) est un adolescent de 17 ou 18 ans qui s’apprête à être initié ou Evalou de l’année suivante d’une édition de lutte et ce pendant trois années consécutives. « Il a des règles à respecter durant cette période. Généralement, quand l’adolescent n’est pas encore initié, il est ‶ohoziè″ et n’est pas autorisé à manger de la viande du chien, ni à aller au lieu sacré ‶Ahoyé″ où sont conviés uniquement que les Evala pour des cérémonies » explique M. Nabédé Tchala Kpatcha, chef quartier de Yadè-Katchidè. Il a précisé qu’il lui est interdit la prise de parole dans les assemblées de familles ou de la cité. Le non-initié (ohoziè) joue en quelque sorte le rôle de subordonné des Evala et en cas de besoin, c’est lui que les Evala peuvent envoyer à tout moment et partout d’après le chef Nabédé.
Des non-initiés (Ahoza) émerveillent par le public
Dans les arènes de lutte, les ahoza précèdent les evala. Ils luttent et sont soumis aux mêmes règles de jeu comme leurs aînés (evala). Suite à l’invitation du chef-arbitre, ils sortent souvent en groupe de quatre ou plus de part et d’autre pour s’affronter. Dans l’arène, ils font preuve de démonstration de force, technique, d’endurance, d’agilité et ruse comme s’ils sont déjà initiés. Sur le terrain de Tchitchao, les ahoza de la coalition Kugbeling se sont opposés à leurs homologues de la coalition Bou Fatou. A la fin des empoignades d’un groupe de ahosa, ils se reposent pour laisser la place à d’autres, avant de retourner une seconde fois pour s’affronter, mais, cette fois-ci en se changeant d’adversaire. Ainsi de suite, jusqu’à la fin pour dégager le clan vainqueur. Ainsi, à la fin, les ahosa de la coalition Kugbeling, plus forts ont dominé la coalition Bou Fatou par 12 victoires contre 10. La technique et l’endurance développées par les jeunes lutteurs des deux coalitions, a suscité l’admiration des spectateurs. Certains ont estimé qu’ils sont des matures éveillés.
M. Folly, un spectateur venu de Lomé sur invitation de ses amis originaires de la Kara, est émerveillé par les jeunes lutteurs. Il estime qu’ils sont déjà matures : « ils ont presque les mêmes reflexes que les evala. J’apprécie leur courage et leur audace, ce qui prouve que le jeune Kabyè attache véritablement un prix à sa culture et œuvre pour sa protection et sa pérennisation ». La prouesse des jeunes lutteurs n’a pas laissé indifférente dame Clémence, Kabyè venue avec ses amies soutenir son jeune frère. Munies de branchages et de castagnettes, elles chantent et crient. Clémence couverte de poudre blanche, n’a pas fait de différence entre les ahoza et les evala. Elle a eu du plaisir en voyant les jeunes pratiqués la lutte Evala dans l’arène. « C’est spéciale cette tradition, voir ces adolescents sortir devant ce grand public pour s’affronter, cela prouve déjà qu’ils ont un esprit éveillé. Je peux dire que les luttes Evala participent au développement des enfants de la Kozah », a-t-elle relevé.
La formation à la lutte traditionnelle Evala en pays Kabyè, commence dès le bas âge pour mieux préparer les jeunes non-initiés (Ahoza), sur les plans physique et psychologique afin de mieux affronter leurs adversaires et les adversités de la vie. C’est la raison pour laquelle les non-initiés sont associés aussi à la lutte dans les arènes, a souligné M. Paka Kadjina, ancien initié (Eglou). M. Paka a précisé que tout comme les Evala, les Ahoza suivent une classification selon leur âge et leur capacité physique : « C’est une chaîne ; par exemple, les Ahoza de cette année seront des Evala de 1ère année l’an prochain. Ainsi de suite, c’est comme ça qu’ils vont se succéder pendant trois années consécutives de lutte ». Essoham, un non initié qui a lutté au premier rang des Ahoza, lors de la finale de Tchitchao, s’est dit être prêt à être initié l’année prochaine : « j’ai commencé à lutter depuis mon enfance. Aujourd’hui je n’ai pas peur d’affronter mon adversaire dans l’arène. L’année prochaine je serai Evalou et je l’assumerai avec vigueur ». La relève est ainsi assurée et la tradition pérennisée.






