
Par GNAKOUAFRE-KOUMA Modeste
Le devoir des journalistes et des médias est de recueillir, traiter et de diffuser des informations exactes et véridiques. La crédibilité des journalistes dépend de leur objectivité, de leur impartialité et de leur équité. Dès lors, qu’est-ce que la crédibilité journalistique ? Comment un journaliste peut-il être crédible ? Quels sont les éléments qui mette à mal l’objectivité ? Enfin quelle doit être la réaction du journaliste face à la désinformation ? Voilà autant de questions que doit se poser un journaliste épris d’objectivité et de crédibilité journalistique.
L’objectivité, fondement de la crédibilité journalistique
La crédibilité journalistique, renvoie tout simplement au rôle premier du journaliste, c’est-à-dire que cette crédibilité se rapporte tout simplement à son rôle de journaliste, notamment dans la collecte, dans la vérification, le traitement et la diffusion de l’information. Pierrot Attiogbé, directeur de ‶Pyramide fm″ estime que la crédibilité du journaliste réside dans sa démarche autour de la collecte, du traitement et de la diffusion des informations. Cette démarche doit réserver une grande place à la rigueur et à l’intégrité.
Cette approche est partagée par Dr Gnane Napo, Maitre de conférences de sociologie et de communication à l’Université de Lomé. Dr Gnane souligne que la crédibilité journalistique se rapporte « au sérieux que le journaliste met dans tout le processus en appliquant les règles d’éthique et de déontologie de son métier, en rapportant les faits d’intérêt pour le public, en traitant par exemple l’information de façon équilibrée, en respectant, tout simplement les différentes règles dans le traitement de l’information journalistique, en protégeant sa source ». Le respect de cette démarche renvoie simplement à l’objectivité. Elle est une caractéristique clé du travail journalistique. Elle demande que le journaliste possède des qualités comme l’impartialité et la neutralité dans la couverture des évènements, le reportage des faits ou dans l’expression de ses opinions.
M.Mana Palanga, journaliste sportif et directeur de cours d’administration de la Solidarité olympique du Comité international olympique (CIO), rencontré à une formation des journalistes sportifs au Centre de formation et de recyclage de la communication (CFRC), souligne que dans la pratique, « l’objectivité signifie que le journaliste s’efforce de présenter les faits de manière équilibrée et juste, sans prendre parti pour l’une ou l’autre des parties impliquées ». Il a précisé que cela implique que les médias doivent s’assurer que toutes les parties concernées ont la possibilité de s’exprimer, que les sources d’information sont vérifiées et que les informations présentées sont exactes et vérifiables.
Bref, la crédibilité journalistique est indissociable de l’objectivité, une valeur importante pour le journalisme. L’objectivité n’est pas absolue et peut-être difficile à atteindre dans certains cas. Néanmoins, M. Palanga exhorte les journalistes à travailler à l’atteindre afin de garantir au public des informations digne de foi, fiables et équilibrées.
Des attitudes et comportements qui mettent à mal la crédibilité journalistique
L’objectivité est une valeur cardinale du journalisme. Cependant des comportements peuvent compromettre la crédibilité journalistique. Ces éléments relèvent tout simplement des écarts que le journaliste viendrait à avoir vis-à-vis tout simplement des règles de base de son métier. Par exemple, diffuser des informations hâtives sans les vérifier peut remettre en cause la crédibilité d’un journaliste ou d’un média, prendre clairement partie, dans le traitement d’un dossier, d’un fait. Interrogé, Komlan Ekpé, directeur de publication du journal ‶L’Equipe Sportive et de Lequipe228.tg″ mentionne comme attitudes : le goût du sensationnel, l’absence de vérification des informations et de la fiabilité des sources, puis la confusion entre les médias et les réseaux sociaux. La liste est longue. Mana Palanga la complète la liste avec les sources d’information peu fiable et ajoute surtout pour les journalistes sportifs, quatre autres éléments. Il s’agit des préjugés et stéréotypes, des conflits d’intérêts, des biais de confirmation et les émotions et les sentiments.
Les préjugés et les stéréotypes peuvent amener le journaliste à favoriser ou à discriminer certains groupes de personnes en fonction de leur sexe, leur orientation sexuelle, leur race ou d’autres caractéristiques compromettant ainsi son objectivité selon M. Palanga. Les conflits d’intérêts se produisent lorsqu’une personne ou une organisation a un intérêt personnel ou financier dans une question donnée qui pourrait modifier son jugement ou son action. Les biais de confirmation se produisent quand le journaliste recherche des informations qui confirment ses croyances existantes et ignore ou minimise les informations qui les contredisent. Cela peut l’empêcher d’obtenir une image complète et précise d’une question donnée.
D’autres attitudes sont aussi des dangers pour l’objectivité. Dr Gnane donne comme exemple, « La compromission du journaliste, ou tout simplement se mettre en lien avec des lobbies économiques ou politiques, de sorte à défendre exclusivement leur intérêt au détriment de l’intérêt d’une communauté de citoyens. Une attitude irrespectueuse des droits humains constitue également un certain manque d’attitude et de pratique pouvant mettre à mal la crédibilité d’un journaliste ou tout simplement d’un média ».
Crédibilité journalistique, désinformation et réseaux sociaux
Les réseaux sociaux ou le numérique de façon générale constituent des sources d’informations aujourd’hui aux journalistes. Ils sont également des outils de traitement, de diffusion de l’information. Leur utilisation par le journaliste doit être professionnelle. Ils sont des atouts mais en même temps des dangers. « Les réseaux sociaux restent pour le journaliste un défi permanent. Ils sont des adjuvants mais ils peuvent devenir très rapidement de redoutables ennemis qui détruisent la crédibilité du journaliste », soutient Komlam Ekpé. Aujourd’hui, des flots d’informations inondent le monde grâce aux réseaux sociaux. Ce qui conduit parfois à la désinformation et aux fake news. Ceci devrait amener les journalistes et les médias à être simplement prudents et professionnels afin de garder leur crédibilité.
Le journaliste qui veut se rendre crédible doit pouvoir se démarquer du processus de la diffusion des informations. M. Attiogbé soutient que « le journaliste, au contraire de l’utilisateur ordinaire des réseaux sociaux, doit faire de la vérification, de la multiplication de ses sources …. pour confirmer ou infirmer une information donnée sur les réseaux sociaux ». Pour se faire, le journaliste doit aujourd’hui, disposer d’une capacité, des outils et des moyens pouvant lui permettre de distinguer le vrai du faux et même les dénoncer. En somme, le rôle du journaliste dans cet environnement numérique qui est parfois fait de fausses informations, est d’après Dr Gnane : « travailler dans une certaine mesure à mettre à nue ces fausses informations qui circulent. Certains grands médias par exemple, consacre des émissions, des pages, des rubriques à ce travail qui consiste à affiner, à vérifier, à croiser et à parfois dénoncer ces fausses informations ».
Comment évaluer la crédibilité d’un média ?
A l’heure où n’importe qui peut publier et être relayé des milliers de fois, il est plus important que jamais de savoir distinguer un média crédible. Plusieurs indices peuvent témoigner de la crédibilité d’un média. Hugo Prévost de l’Agence science-presse indique trois principaux critères que sont : « une distinction claire entre les faits et les opinions, une distinction entre son contenu journalistique et le contenu payé par des publicitaires, les nouvelles rapportées par le média sont-elles d’intérêt public ? ». A part ces éléments, un journaliste ou un média crédible précise et identifie clairement ses sources d’informations.






