
Par TASSEBA M’Bolaba
Le savon est un produit utilisé pour le dégraissage et le lavage. Il est souvent connu sous sa forme solide (pain). Depuis un certain temps la fabrication artisanale du savon liquide est devenue une monnaie courante du fait qu’une grande partie de la population surtout les femmes s’est mise dans l’apprentissage de ce savon et à terme met sur le marché des produits efficace et à moindre coût. La fabrication artisanale du savon liquide procure des revenus à ceux et à celles qui s’y investissent et permet à une grande partie de la population de s’en procurer à moindre coût.
C’est dans cette optique que vingt femmes vulnérables, qui au départ n’avaient pas d’activité consistante pouvant leur procurer de revenu pour satisfaire à leurs besoins ont formé le groupement « la victoire » à Agou Gadzefé et ont fait de la fabrication artisanale du savon liquide leurs activités de prédilection. Avec le concours d’une sœur religieuse catholique, Monique Akoto, native de la localité, ces femmes ont été formées.
La sœur Monique a envoyé d’abord deux femmes du groupe pour apprendre la fabrication du savon liquide dans un Centre de fabrication de pains de savons et savon liquide (CFPSSL) de Kpalimé pour deux semaines de formation. A leur retour, la sœur Monique a scindé le groupe en deux et a mis à la tête de chaque groupe une initiée pour dupliquer leurs connaissances afin de permettre aux autres de maitriser aussi la fabrication de savon liquide pour pouvoir travailler ensemble. Pour avoir une idée sur l’activité qui leur procure des revenus il s’avère nécessaire de revenir sur la fabrication et la vente du savon liquide.
Fabrication artisanale du savon liquide
Afouwa et Awlessi, les deux dames initiées en fabrication du savon liquide font savoir que les éléments essentiels qui entrent dans cette préparation sont : l’extapol ou tengax (sous forme de pâte), élément de base du savon, le sel en poudre, l’acide domanique ou extralave, le conservateur appelé benzoate de soude, les parfums de plusieurs variétés (essence de citronnelle, citron d’or, lavande, les parfums milles fleurs), le colorent et l’eau.
Pour la combinaison des matières, les deux premières initiées racontent qu’il faut premièrement verser dans une bassine 1 kg de pâte extrapol et malaxer un peu, avant d’ajouter 1 kg de sel et malaxer jusqu’à l’obtention d’un bon mélange. On y ajoute de l’acide domanique et on malaxe et en quatrième position, on met le conservateur et on mélange le tout de manière à obtenir un produit homogène. A ce stade, on ajoute d’une façon continue de l’eau en petite quantité en malaxant toujours et arrêter d’ajouter de l’eau quand on obtient la consistance voulue.
Afouwa et Awlessi révèlent que la quantité d’eau pour 1kg de matière de base (extrapol ou tengax) varie entre 15 et 20 litres selon la consistance que l’on veut obtenir, soit très concentré ou moyennement concentré. On y met légèrement le colorant de son choix et on mélange. Si on désire la couleur blanche on n’ajoute aucun colorant et le produit préparé reste tout blanc précisent-elles. Après cette étape on ajoute enfin un parfum de son choix. Quelle que soit la couleur du colorant, le savon ne tâche jamais le linge après lessive, même le linge blanc si la préparation est bien faite en respectant les mesures. Le poids de la matière de base doit être le même que celui du sel.
Les femmes de ce groupement affirment qu’elles prennent des dispositions pour avoir un savon liquide d’une qualité exceptionnelle, très apprécié par les clients. Concernant la quantité d’eau qui varie entre 15 à 20 litres pour 1 kg de pâte extrapol, elles n’ajoutent que 16 litres d’eau pour avoir un savon bien concentré qui mousse très bien. Elles colorent légèrement le liquide avec des couleurs très attrayantes pour le plaisir des clients. Quant au parfum elles choisissent celui de meilleure qualité, c’est-à-dire qui n’est pas piquant et repoussant mais celui qui est doux et agréable à sentir.
Après préparation, elles laissent le savon, qui se présentait sous forme de mousse, se condenser. A la fin, elles le répartissent dans des bouteilles en plastique pour la vente.
La vente
Contrairement à la préparation du savon qui nécessite la participation de toutes les 20 femmes, la vente n’implique pas les deux premières initiées Afoua et Awlessi. La sœur Monique a préféré qu’elles s’occupent de la garde du savon, sa distribution et la tenue de la comptabilité du groupement. Awlessi et Afouwa enregistrent tous les mouvements du groupement dans un cahier et rendent compte à la sœur Monique à chaque fin du mois. Après l’achat des ingrédients et la reconstitution du fonds de caisse et le remplacement du matériel de fabrication usé, le reste de l’argent est réparti entre les membres.
Pour permettre aux femmes d’écouler rapidement le stock, la sœur Monique leur a demandé de s’entendre pour choisir chacune une zone de vente. Certaines ont choisi vendre dans les quartiers de leur résidence, d’autres ont préféré des lieux publics bien précis pour éviter de se retrouver plusieurs dans les mêmes lieux. Il s’agit de la vente ambulante.
Le savon liquide de ce groupement étant d’une bonne qualité : bien concentré, bien mousseux, enlevant facilement les taches et laissant un parfum agréable au linge après la lessive fait que les clients le préfèrent à celui des autres commerçants. Les femmes de ce groupement le vendent très facilement au point qu’elles augmentent régulièrement le volume du savon liquide et par conséquent leur bénéfice augmente améliorant leur condition de vie. Plusieurs témoignages des clients prouvent que leur savon liquide est de bonne qualité. Le mécanicien Koudjo, client de Kossiwa, l’une des 18 vendeuses raconte que ce savon lui donne une parfaite satisfaction lorsqu’il fait lessive. A l’en croire, ce savon enlève plus rapidement toutes les taches d’huile et sa tenue revient propre après lessive. Les élèves aussi témoignent que ce savon nettoie proprement les saletés de leur kaki sans trop d’effort. La qualité de ce savon est telle que par la suite des clientes passent la commande en gros pour le revendre en détail dans les villages environnants. Ces demandes importantes amènent les femmes du groupement à en fabriquer davantage. Le litre de savon liquide de ce groupement coute 500 F CFA.
Le commerce de savon liquide initié par la sœur Monique en faveur de ces femmes nécessiteuses leur a permis de s’épanouir sur le plan financier. Elle a enfin décidé de les laisser gérer elles-mêmes cette activité tout en attirant leur attention sur l’impérieuse nécessité d’inclure dans le groupement d’autres nécessiteuses en difficulté financière afin qu’elles aussi s’épanouissent. Sœur Monique les a conseillées de scinder les groupes lorsque le nombre devient très grand pour une bonne surveillance des activités. Les femmes de ce groupement font appel aux autres femmes de conditions difficiles à s’associer au groupement pour travailler et mener une vie digne. Celles-ci acceptent avec bon cœur car le groupement est admiré par ceux qui n’ont pas d’activité. Le groupement compte présentement en janvier 2024 pratiquement 45 femmes alors qu’en janvier 2023 elles étaient 20.
Avec les économies réalisées, certaines envisagent investir dans d’autres activités génératrices de revenu.
Le sérieux que les femmes du groupement maintiennent dans le travail en acceptant associer celles qui sont démunies a permis à la plupart des femmes de cette localité d’être à l’abri de la pauvreté et contribuer au développement de leur localité.






