
Par Abel OZIH
La fièvre typhoïde est une maladie infectieuse qui représente un danger constant dans l’environnement. Souvent contractée par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, elle évolue en trois phases distinctes, chacune marquée par des symptômes spécifiques. Quels sont ses modes de transmission, ses manifestations et les mesures essentielles pour s’en prémunir ?
Une maladie endémique au Togo
Selon une étude de l’Institute for Health Metrics and Evaluation, publiée dans le Global Burden of Disease (2021), le Togo a enregistré au moins 8 647 cas de typhoïde (soit 103 cas pour 100 000 habitants) et 123 décès imputables à cette maladie.
« La typhoïde est une maladie infectieuse qui continue de sévir au Togo. Les cas sont fréquents dans les centres de santé et souvent confondus avec le paludisme. Elle peut aussi provoquer des épidémies localisées », a expliqué Dr Jean Claude Bakpatina, médecin généraliste à la clinique Floréal de Lomé.
Il y a quelques mois, les services techniques du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique ont signalé plusieurs cas de fièvre typhoïde dans le canton de Nadoba (commune Kéran 3), après que plusieurs membres d’une même concession ont été hospitalisés pour des symptômes tels que des maux de tête, de ventre, des vomissements et une perte d’appétit.
La cause de la maladie et les manifestations

Pour Dr Bakpatina, l’insalubrité demeure la principale cause de la typhoïde : « Cette maladie, aussi appelée salmonellose, est due à la bactérie Salmonella Typhi. La contamination se fait souvent par une mauvaise hygiène alimentaire ou par l’eau souillée. Les fruits et légumes mal lavés sont une source fréquente d’infection ». Il distingue deux modes de transmission : directe, par contact entre personnes via les mains sales, et indirecte, par ingestion d’eau ou d’aliments contaminés.
La fièvre typhoïde se manifeste en trois phases distinctes : l’incubation, l’invasion et l’état. Pour les spécialistes, la période d’incubation, qui convient à l’ingestion du germe, est généralement silencieuse et dure de 7 à 15 jours. La phase d’invasion qui suit, également appelée 1ᵉʳ septénaire, dure 7 jours et se caractérise par des symptômes initiaux tels qu’un malaise général, des troubles digestifs, des maux de tête, une insomnie, des vertiges, un saignement de nez occasionnel. La dernière étape (phase d’état), qualifiée de 2ᵉ septénaire, dure aussi 7 jours et présente des symptômes plus graves comme une fièvre élevée autour de 40°C.
Des complications au diagnostic
Une typhoïde mal soignée peut entraîner des complications graves. « Le principal danger est la perforation de l’intestin grêle, qui provoque une inflammation du péritoine, souvent mortelle », avertit Dr Bakpatina.
Invité dans une émission sur SOS Docteur TV en 2021, Dr Fulbert Kambiré, médecin généraliste a affirmé que des complications de la typhoïde surviennent lorsque de grandes quantités de bactéries s’introduisent dans la circulation sanguine, provoquant une bactériémie.
Le diagnostic repose sur un examen clinique et des analyses de sang ou de selles. « Le médecin suspecte la fièvre typhoïde à partir des symptômes, des habitudes d’hygiène du patient et de ses déplacements récents », précise Dr Kambiré.
L’hygiène et la vaccination, des outils de prévention
La prévention repose avant tout sur une bonne hygiène de vie. « Il faut veiller à consommer des aliments propres, laver soigneusement les fruits, bien cuire les repas et éviter l’eau non potable », recommande Dr Bakpatina. Selon lui, la maladie se soigne complètement grâce à un traitement antibiotique approprié.
Au Togo, le vaccin contre la typhoïde n’est pas encore intégré au Programme élargi de vaccination (PEV). Il est toutefois fortement recommandé pour certaines catégories de personnes, notamment les voyageurs séjournant longtemps en zone rurale et les professionnels de la restauration ou de l’alimentation.
Un appel à la vigilance
« Les spécialistes et acteurs de santé doivent renforcer la sensibilisation sur l’importance de l’hygiène alimentaire », insiste Dr Kambiré. Quant aux traitements traditionnels, Dr Bakpatina reste prudent : « Ceux qui souhaitent y recourir doivent d’abord se faire consulter à l’hôpital. Certains produits naturels peuvent être utilisés en complément, mais leurs effets secondaires ne sont pas toujours connus ».






