
Par TASSEBA Jeanne
Le compost est un engrais formé par le mélange fermenté de débris organiques avec des matières minérales. La fabrication de ce fertilisant et son utilisation présentent beaucoup d’avantages, notamment en termes de création d’activités génératrices de revenus (AGR) et de préservation de l’environnement. En dépit des contraintes liées à l’usage de ce fertilisant dans les champs, des groupements de femmes s’intéressent de plus en plus à ce secteur qui leur permet désormais de s’auto-employer et vivre de leurs labeurs. C’est le cas du groupement « Amen » basé à Lomé. Ses responsables nous font découvrir le processus de fabrication et les avantages de l’utilisation du compost.
Processus de fabrication du compost
Mme Akpabou Adjovi est leader du groupement « Amen » et formatrice en la fabrication du compost. C’est elle qui supervise tout le processus qui commence par la recherche de la matière végétale dans les champs de plantation, et les usines d’égrenage, de décorticage et de transformation de produits agricoles. Le processus se poursuit avec la collecte des déjections des animaux domestiques que les membres du groupement obtiennent auprès des éleveurs. « Nous mélangeons la matière végétale avec les déchets d’animaux. A cet ensemble, nous ajoutons de la bonne terre propice aux cultures. Celle-ci est l’équivalence du double du poids du premier mélange, donnant une combinaison définitive constituée de matière végétale, de déjections d’animaux et de sable », a expliqué Mme Akpabou. Ce dernier mélange humidifié est ensuite entassé sur une bâche pour être arrosé minutieusement tous les jours, a-t-elle fait savoir. A l’en croire, cette action va durer trois mois afin que le compost soit bien fermenté. Au bout de cette période, le compost atteint un bon niveau de maturation et est prêt à être utilisé pour les cultures. A ce stade, confie-t-elle, une autre bâche est prévue pour protéger le compost en cas de pluie. Un tas de compost mûr fait environ 10 tonnes, affirme Mme Akpabou.
La leader du groupement a fait savoir qu’on peut épandre ce compost mûr sur les sillons et semer des céréales, des légumes ou planter des tubercules. On peut l’enfouir également sous des plantes déjà poussées. Pour le bon développement de certains jeunes arbres comme le manguier, l’avocatier, le cocotier et autres, on peut remplir des cartons ou sachets en plastique de compost et y enfouir les noyaux de ces plantes pour les faire germer. D’autres plants peuvent être aussi plantés dans ces sachets de compost en attendant une certaine croissance avant de les repiquer à un autre endroit définitif pour leur développement. Cette méthode permet aux plants de bien se développer, précise Mme Akpabou.
Les avantages de l’utilisation du compost
Mme Akapbou relève que le compost retient l’eau et maintient l’humidité plus longtemps sous les cultures que les parcelles traitées avec l’engrais chimique qui présentent un aspect plus sec. Elle précise que, le sol enrichi au compost reste fertile pendant au moins deux ans avant de se dégrader alors que l’engrais chimique nécessite qu’on l’utilise davantage à chaque culture laissant un sol pauvre après la récolte. Un autre avantage relevé par la leader du groupement est que l’utilisation du composte préserve l’environnement.
La fabrication du compost nourrit ceux qui l’exercent
A la maturation du compost, les membres du groupement procèdent à sa vente. Elles approvisionnent les femmes et jeunes filles de l’entourage qui entretiennent des jardins de légumes, de laitues et de fleurs. La vente se fait par pesée, à 150 F CFA le kilogramme. La tonnes de compost réalisé est vendu à 150.000FCFA


De février 2022 à avril 2023, le groupement a vendu du compost pour une valeur de 6.000.000FCFA. Tous les membres du groupement participent aux activités de la vente comme à celles de la fabrication. A la fin de la vente d’un tas, les membres du groupement se partagent le revenu en prévoyant une somme pour la caisse pour certaines éventualités telles que l’assistance aux membres en cas de maladie et l’achat de matériel de travail à savoir les machettes, les bâches, les bassines et les arrosoirs.
La trésorière du groupement, Mme Sénouvo Améyo précise que, vu la demande sans cesse croissante du compost, dès qu’elles commencent à vendre un tas, elles entament immédiatement la fabrication d’un autre. Les femmes organisent le travail de sorte qu’il n’y ait pas de rupture de stock. Mme Sénouvo et ses consœurs se réjouissent de cette activité qui leur permet d’avoir de quoi satisfaire leurs besoins personnels et de s’occuper de leurs familles.
Mme Sénouvo souligne que le groupement envisage s’organiser davantage pour intégrer un bon nombre de nécessiteuses qui souhaiteraient travailler dans ce domaine pour s’épanouir. Après leur formation, elles seront réparties dans des localités bien définies afin qu’elles puissent travailler, gagner de l’argent, s’occuper d’elles-mêmes et de leur famille, a-t-elle conclu.
Des témoignages
Les clients affirment qu’ils ont de meilleurs rendements avec l’utilisation du compost que l’engrais chimique. Ils affirment qu’avec le compost, les légumes et laitues présentent des feuilles plus tendres, et les fleurs, des couleurs plus attrayantes. « Le compost fait pousser parfois des champignons comestibles sur des parcelles, ce que l’engrais chimique ne permet pas, car il rend par la suite le sol sec et par conséquent les cultures se déshydratent et sèchent plus vite en cas de diminution de pluies », a indiqué dame Essivi, jardinière et cliente du groupement. Elle relève que tous ces constats montrent la nécessité de l’utilisation du compost pour les cultures.
Avis partagé par dame Eveline qui venait juste de s’approvisionner. « Ça fait plus de trois ans que je viens acheter du compost chez Amen. Et pour cause, mes cultures maraîchères réussissent bien et mes clients apprécient mes légumes. C’est comme les gens savent que j’utilisent l’engrais naturel, ils me font confiance, ma clientèle ne cesse de s’agrandir », confie-telle, joyeuse.
Les difficultés rencontrées dans le travail du compostage
La préparation et la vente du compost permettent aux membres du groupement « Amen » d’être financièrement autonome. Cependant, le travail est très contraignant à plusieurs niveaux. Mme Fatouma Egnon, membre de « Amen », porte-parole du groupement déclare ceci « Pour parvenir à avoir un tas de compost, il faut chercher une grande quantité de matière végétale nécessaire, ce qui est vraiment difficile à réaliser. D’un autre côté, la collecte des déchets d’animaux est aussi pénible parce que l’élevage ne se fait pas à grande échelle chez les éleveurs et par conséquent les déchets sont en quantité insuffisante d’où la nécessité d’effectuer de grandes distances à la recherche de ces substances. A toutes ces difficultés s’ajoute le temps de la maturation du compost qui est au moins de deux mois à attendre. ».
Concernant l’épandage du compost dans les champs, dame Fatouma déclare « Quand il s’agit de champs de petites tailles tels que les jardins de légume, de fleurs, de laitues et autres, l’épandage de compost ne pose pas de problème, on peut l’enfouir sous les plans ou bien l’épandre sur des sillons parce que la quantité du compost peut suffire. A la maturation du compost quand nous nous adressons aux gens qui pratiquent l’agriculture pour l’achat, les exploitants de grands domaines ne sont pas du tout intéressés, ils donnent les raisons qui les empêchent d’opter pour le compost comme fertilisant ». Mme Sognovi Kpekou, propriétaire d’une palmerais de dix hectares explique sa réticence à l’utilisation du compost « Moi je ne peux pas acheter du compost pour enrichir mon champ de cette grande superficie. D’abord ce fertilisant coûte cher par rapport à l’engrais chimique, je dépenserais d’énormes sommes qui me causeront des dettes s’il faut que j’utilise obligatoirement le compost. En plus l’utilisation du compost dans la palmerais est très difficile. Pour ne pas le gaspiller, on est obligé de creuser sous les palmiers et l’y enfouir et ensuite refermer le trou afin qu’il soit totalement absorbé par l’arbre sans le laisser emporter par les eaux de pluie, ce traitement est pénible et prend du temps. Quant à l’engrais chimique, il suffit de l’épandre à la volée tout autour du palmier et on passe à un autre arbre, et en un temps record le tour est joué. Toutes ces difficultés expliquent le pourquoi les exploitants des grands domaines comme moi préfèrent l’utilisation de l’engrais chimique au compost ».
Certes, le compost, ce fertilisant naturel, présente beaucoup d’avantages en matière de création d’activités génératrices de revenus et de préservation de l’environnement mais des contraintes existent, notamment en termes de son utilisation à grande échelle dans les champs. Les recherches agricoles doivent donc se poursuivre pour faciliter son épandage sur les grandes d’exploitations agricoles afin de répondre aux besoins des grands producteurs.
Le groupement Amen est créé en 2022 par des femmes désœuvrées sur l’initiative de Mme Akpabou. Il compte à ce jour neuf membres toutes dévouées à cette activité.






