
L’eau est un élément essentiel à la vie. Sans elle, l’hygiène, la santé, le développement économique et sociale ainsi que les activités de la vie quotidienne sont hypothétiques. Au Togo, le gouvernement ne ménage aucun effort pour mettre à la disposition des populations, l’eau potable de bonnes qualités. Malgré les stratégies déployées pour mobiliser plus de ressources financières en faveur des projets d’accès universel à l’eau potable, certaines localités du territoire sont en manquent de cette denrée vitale. La ville de Kougnohou, chef-lieu de la commune de Akébou 1 est une illustration. Cette situation est de plus en plus récurrente dans les ménages et les centres de santé.
Difficultés de ravitaillement en eaux de rivières
« Nous dépensons énormément de sous par mois pour se ravitailler en eau de rivière surtout en saison sèche », a indiqué le directeur de l’école « Komla Avékoè » affecté dans la préfecture il y a 4 ans déjà. Selon lui, ses dépenses par semaine pour le ravitaillement en eaux de rivières, avoisines 3000 FCFA pour les besoins de sa famille. C’est la même routine que partage tous les fonctionnaires mutés dans cette ville. Le directeur affirme que depuis son arrivée à Kougnohou, il est devenu un abonné du Centre hospitalier préfectoral, du fait que ses enfants souffrent régulièrement de maladies hydriques. « Une adduction d’eau potable soulagerait énormément aussi bien les fonctionnaires affectés dans la préfecture que les populations locales », a-t-il plaidé.
Contrairement à la commune Akébou 2 qui dispose d’une mini-addiction d’eau, la ville de Kougnohou ne dispose pas encore d’adduction d’eau potable. L’eau utilisée par la population, notamment les ménages, commerçants, restaurants, le personnel des services déconcentrés de l’Etat et des structures de santé de la préfecture provient des rivières.
« Avec l’arrivée de la pandémie à coronavirus, le besoin en eau potable dans les centres de santé de la préfecture a augmenté. C’est la croix et la bannière », s’est exclamé le directeur préfectoral de la santé, Dr. Abli Essosolam. Pour lui, « le problème d’eau potable à Kougnohou est très criard. Ce manque d’eau potable expose le personnel à un risque élevé d’infection et de contamination, surtout en ces temps de la pandémie liée au coronavirus. Il est difficile pour le personnel de respecter le protocole d’hygiène sanitaire : lavage des mains après chaque soin au patient, la douche en fin de service ou lors des accouchements par les sages-femmes, des consultations et des traitements aux patients accidentés », regrette Dr Abli. Ce manque d’eau au Centre hospitalier préfectoral de Kougnohou impacte sur l’entretien du centre. « Le personnel d’entretien, pour mettre les locaux propres, est obligé de se rendre à la rivière la plus proche (environ 500 m), pour chercher l’eau. Après l’accouchement, les accompagnants doivent également se rendre à la rivière pour chercher l’eau devant aider à laver le linge », poursuit Dr Abli.
La ville de Kougnohou est bâtie dans une région montagneuse. Pour se ravitailler en eau de rivière, les populations de la localité sont obligées d’aller dans la vallée pour en chercher. Très souvent c’est à des kilomètres sur des sentiers accidentés. En saison pluvieuse tout le monde utilise l’eau de pluie. Mais en saison sèche, petits, grands et les femmes vont dans la rivière pour se ravitailler. Chacun se précipite dans la rivière pour avoir l’eau claire. Outre ce cliché, les livreurs d’eau s’en mêlent et l’eau devient boueuse. Parfois des bagarres et des injures éclatent dans la rivière et ceux qui ne peuvent pas supporter cette situation sont obligés de faire recours aux livreurs d’eaux. « Si l’Etat pouvait nous trouver une solution, nos dépenses liées à l’eau vont diminuer. Je dépense 12.000 FCFA en moyenne par mois pour un ménage de 6 personnes, c’est trop. En plus, nous n’allons plus dépenser assez d’argent pour les soins liés aux maladies hydriques de nos enfants », un cri de cœur de l’enseignant Antoine. Le manque d’eau potable dans la ville et surtout dans les centres de santé, influe négativement sur le rendement du personnel soignant ainsi que les dépenses liées à la consommation en eau des populations.
Le métier de livreur d’eau en vogue
Cette situation de manque d’eau potable a fait naître le métier de livreur d’eau de rivières. Ces derniers ont une clientèle variée, notamment les maçons, les restaurateurs, les ménages, les fonctionnaires et même des autorités locales. La demande étant forte, le prix du bidon de 25 litres est de 100 francs CFA.

A Kougnohou, les besoins en eaux des ménages ont fait que certains jeunes conducteurs de taxi-motos se sont convertis en livreurs d’eaux. Parmi ces jeunes, on peut citer Yawo dit Kpodjro, 1m 75 environ de taille, d’une corpulence athlétique, marié et père de 4 enfants. Il a fait fortune en livrant de l’eau de rivière. Selon ses dires, il a démarré son activité avec une moto Sanya d’occasion et 4 bidons de 25 litres. Deux ans après, il a acheté un tricycle d’occasion qu’il a réparé. Avec ce tricycle, il pouvait livrer 35 bidons en un voyage. A l’heure actuelle, il livre l’eau de rivière à sa clientèle avec une camionnette de 90 bidons équipé d’une motopompe. « Je l’avoue. Cette activité me permet de vivre décemment. En période de sécheresse, il m’arrive de faire un chiffre d’affaire de plus de trois cents mille francs par mois », a témoigné M. Kpodjro. Le jeune Papa d’une trentaine d’années est devenu livreur d’eau après son retour de l’aventure. Ayant vu la vie de ses frères qui sont restés au bercail changé radicalement, il a aussi décidé de livrer l’eau comme eux. « Dès le début, le travail de livreur ne me plaisait pas, mais à force de faire comme mes amis, j’ai fini par prendre goût. Maintenant je ne me plaints plus et je n’ai plus besoin de faire l’aventure », a-t-il indiqué.
« Être un livreur d’eaux à Kougnohou n’est pas chose facile, déjà à 4 heures du matin, il faut aller à la rivière pour espérer trouver l’eau claire. Faire ce travail en période d’harmattan, avec le vent frais et sec cela n’est pas aisé. Avec ce relief accidenté, il nous arrive souvent de chuter avec des bidons sur nos motos. Nonobstant ces difficultés, on s’en sort bien après le travail. Il m’arrive de gagner 90.000 francs CFA par moi. Car je n’ai pas assez de clients et ma moto ne peut que transporter au plus 5 bidons par voyage. Les collègues qui ont des tricycles font plus de chiffres d’affaires que nous » a confié le jeune Kouami.
Les autorités du pays consciente de la situation
Le préfet de l’Akébou, Yovo Koffi-Kuma a relevé que cette situation préoccupe les autorités du pays. « Depuis que je suis à la tête de cette préfecture, au moins cinq délégations du ministère en charge de l’Eau et trois équipes de techniciens de la Togolaise des eaux (TDE) se sont succédées de 2016 jusqu’à ce jour dans la localité pour des études de prospection et de recherche des nappes », a dit le préfet. A la suite du passage des différentes équipes de la TDE et du ministère, poursuit-il, nous avons été rassurés de la faisabilité et de l’implantation d’ouvrages dans un proche avenir. « En 2020, avec la survenue de la pandémie à coronavirus, beaucoup de projets ont été suspendus et mis en berne », a-t-il fait savoir.
La ville de Kougnohou se trouve sur un plateau d’environ 600 m d’altitude, la captation d’une nappe d’eau à cette hauteur, par forage est problématique, d’après le préfet. Une deuxième option relative à la construction de barrage pour fournir l’eau potable à la ville de Kougnohou est possible, a relevé le représentant du pouvoir central. « Il y a espoir, des projets sont en cours, pour une adduction d’eau potable de qualité et en quantité suffisante pour la ville », a rassuré le préfet.
Le Togo ambitionne à l’horizon 2025, la couverture universelle en eau potable alors que le taux de desserte actuel est de 68% dans les milieux ruraux et de 58% dans les zones urbaines, selon les chiffres officiels.






