
Kara, 20 juil. (ATOP) – Rite célébrant l’initiation du jeune garçon de 18 ans « Evalou », les luttes traditionnelles « Evala » représentent la manifestation culturelle la plus populaire en pays Kabyè. Faisant partie de son patrimoine culturel immatériel, elles comportent deux dimensions (socio-sportive et socio-éducative). La dimension socio-éducative a été abordée dans une discussion avec l’encadreur de lutte, l’administrateur civil Tcharalakou Mazina.
Les luttes traditionnelles : au-delà du combat

Lutter suppose le déploiement d’un effort physique engageant toutes les capacités motrices et techniques du corps humain. Dans ce sens, elle est définie par M. Tcharalakou comme « un combat opposant deux personnes corps-à-corps et soumises à un règlement ». Mais si l’entraînement et les techniques de combat visent essentiellement les performances physiques, les luttes traditionnelles Evala comprennent aussi et surtout une large variété de pratiques rituelles sous-tendues par des valeurs culturelles profondément ancrées dans la conscience collective des Kabyè.
Les fondements socioéducatifs
Domaine vaste et complexe, l’éducation peut être définie comme étant une mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain. « L’éducation est une action qu’une communauté exerce sur ses membres pour leur faire découvrir les valeurs de références à adopter, les comportements et les attitudes à acquérir afin de les amener à intégrer les structures sociales et le cadre culturel proposé par le groupe », a fait savoir l’orateur. Pour lui, elle est alors le moyen qui consolide la conduite de l’homme, la construction de son avenir sur des bases solides comme les connaissances culturelles, intellectuelles et professionnelles. Et parmi les instruments d’éducation utilisés en milieu traditionnel Kabyè, les activités socio-éducatives, dont les luttes, occupent une place centrale et renvoient à une multitude de pratiques sociales qui comprennent à la fois les rites initiatiques et les animations culturelles. « Elles participent toutes à l’éducation collective des jeunes Kabyè et à la construction de leur personnalité dans la mesure où elles offrent à la communauté un cadre socio-culturel pour transmettre son passé, vivre le présent et envisager le futur », a-t-il renchéri.
Des faits sociaux
En pays Kabyè, les luttes traditionnelles sont des faits sociaux. « Elles allient chants, danses, tam-tams, castagnettes, flûtes, harmonicas, cors et exercices corporels, rappelant et vivifiant la profondeur des principes qui fondent le lien social », a expliqué l’interlocuteur. A l’entendre, le corps en mouvement, les valeurs culturelles, ainsi que les symboles transmis sont un idéal de vie qui se transmet de génération en génération. Les luttes traditionnelles ont la particularité d’intéresser la communauté dans son intégralité, sans distinction d’âge ni de sexe. « Du fait qu’elles véhiculent des usages, normes et valeurs traditionnelles du groupe concerné, les luttes sont à la fois le moment et le lieu privilégiés de rencontres entre hommes et femmes de tous les âges : les uns pour pratiquer, les autres pour chanter et créer le spectacle ou encore pour apprendre l’art des luttes », a commenté M. Tcharalakou. Il s’agit donc, d’après l’administrateur civil, d’une forme d’éducation traditionnelle, collective et dynamique où la communauté « initie sa jeune génération aux valeurs et techniques qui caractérisent la vie de sa civilisation ». Par conséquent, on peut, selon M. Tcharalakou, affirmer que les techniques corporelles auxquelles viennent se mêler les instruments d’animation et chants « provocateurs » ou guerriers des femmes produisent des effets qui concourent à la transmission des valeurs socio-éducatives aux jeunes Kabyè.
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