
Par Michel KPEMISSI
La région Centrale est délimitée au nord par la région de la Kara, au sud par la région des Plateaux, à l’ouest par le Ghana et à l’est par le Bénin. Couvrant environ 13500 km2, cette région avec comme chef-lieu Sokodé, est caractérisée par une vaste zone agricole et des réserves naturelles. Elle est composée de cinq préfectures à savoir : Tchaoudjo, Tchamba, Sotouboua, Blitta et Mô comportant en tout quinze communes. La région compte au total 795.529 habitants en majorité Tem, Kabyè et Losso, selon le 5è Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5). La population est en majorité rurale et jeune.
L’agriculture
La région est une zone agricole clé, avec une production dépassant le million de tonnes (1.025.132 tonnes en 2022), caractérisée par des cultures vivrières (maïs, riz, sorgho, haricot) des légumineuses (soja, niébé), des tubercules (igname, manioc). Le coton, l’anacarde, le sésame, le café-cacao, cultivé spécialement dans la zone ouest de la préfecture de Blitta (Adélé) restent des cultures de rente majeures. La Centrale constitue la principale zone de production d’anacardes. Les cultures de l’anacarde (noix de cajou) et celles de café-cacao offrent des revenus durables et des fortes potentialités.


La région possède de vastes espaces exploitables, offrant un potentiel pour ces cultures et une faible pression démographique, propices à l’extension agricole. Elle bénéficie des initiatives de modernisation avec le développement de dix-neuf (19) Zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP) pour structurer la production. Elle dispose également de potentiel pour le maraîchage (tomate, piment) et l’agroforesterie, ainsi que plus de terres par habitant comparativement à d’autres régions compte tenu de la faible pression démographique. Des sols ferrugineux et ferralitiques, la région est arrosée par la Volta et le Mono et leurs affluents.
La zone jouit d’un climat de type soudano-guinéen, avec une pluviométrie allant de 1000 mm à 1500 mm. La région a, dans le cadre du dernier Forum national du paysan togolais, reçu du matériel visant à renforcer la mécanisation agricole. Elle bénéficie également des initiatives comme le Programme de résilience du système alimentaire en Afrique de l’Ouest (FRSP). Cette aire dispose de plusieurs infrastructures de stockage de produits agricoles dont celles de l’Agence nationale de sécurité alimentaire (ANSAT). Ces installations permettant de stocker les céréales, le soja, et la noix de cajou sont cruciales pour réduire les pertes post-récolte.
L’élevage

La Centrale dispose d’atouts pour le développement de l’élevage, soutenu par des ressources naturelles favorables et des initiatives gouvernementales visant à renforcer la sécurité alimentaire. La zone se distingue par des opportunités dans l’embouche, la production de petits ruminants et l’installation de ranchs modernes. Elle est ciblée par des projets tels que, le Projet d’appui à l’embouche des ruminants domestiques et la commercialisation du bétail (PERCO), qui forme des jeunes et des femmes à la gestion d’atelier d’embouche. En matière d’élevage des petits ruminants (ovins/caprins), des initiatives soutiennent la mise en place de Bergeries traditionnelles améliorées (BTA) et de Poulaillers traditionnels améliorés (PTA) pour augmenter la productivité. L’apiculture et la pêche continentale sont favorables dans cette zone.
La région abrite le ranch de l’Adélé, un programme d’installation de jeunes agro-pasteurs visant à moderniser la production, sans oublier la Ferme semencière de Sotouboua. Dans le domaine de la production avicole, elle bénéficie de programmes de distribution de noyaux reproducteurs (volailles/pintades) pour améliorer les performances animales. Parmi ces atouts, figurent aussi des conditions agroécologiques favorisant une disponibilité en ressources fourragères, favorables à l’élevage, notamment pastoral et semi-divaguant. La région bénéficie, en outre, d’atouts structurels et d’appuis avec les renforcements des capacités des éleveurs en gestion coopérative et techniques d’élevage.
Ces potentialités s’inscrivent dans une dynamique nationale où la production animale est en croissance, avec un objectif de renforcer la résilience des ménages ruraux.
Le secteur touristique
La région regorge de fortes potentialités écotouristique et culturelles, notamment le Parc national Fazao Malfakassa, le plus grand du Togo avec 192000 ha de faune/flore, abritant des éléphants, buffles, antilopes, entre autres, et des paysages forestiers. Ce site en plus de celui de la Plaine de Mô et des terres de l’Adélé, offrent des paysages naturels et culturels propices à l’écotourisme. Il faut citer également la faille d’Alédjo, un impressionnant passage rocheux offrant des vues panoramiques, idéal pour les randonnées. La cascade de Souroukou, dans le Mô, est aussi une merveille de la nature à découvrir en saison pluvieuse. La forêt d’Aboulaye, la forêt classée d’Aou-Mono et celle de Sokodé respectivement dans les préfectures de Tchamba, Sotouboua et Tchaoudjo suscitent également des attraits. En matière de tourisme d’affaires et projets, la préfecture de Blitta a été identifiée comme pôle de développement industriel et touristique.
Le cimetière allemand et le Centre national de tissage (CENATIS) de Sokodé sont des lieux qui attirent également les étrangers. Ces sites, bien que nécessitant encore des aménagements, représentent des opportunités pour le développement local et la création d’emplois. La ville de Sokodé, est réputée pour ses tissages artisanaux, sa riche culture tem, avec des fêtes comme la danse des couteaux (Adossa-Gadao) qui attire des milliers de personnes chaque année dans le mois de janvier. Les autres fêtes traditionnelles des quatre autres préfectures drainent également du monde durant les périodes de célébration. Ces atouts sont en cours de valorisation par le gouvernement pour l’écotourisme et le tourisme de loisirs.
L’artisanat

La Centrale possède une forte tradition artisanale qui constitue un pilier économique local, diversifié en branches de production, de transformation et d’arts. En matière de potentialités, elle met en avant l’artisanat de transformation agro-alimentaire dominé par la valorisation des matières premières locales comme le manioc, les grains de moutarde, le karité, la noix de palme et le sorgho. Un autre atout concerne le secteur de l’artisanat et textile. Très riche, il comprend la production de tissus colorés, de batiks, et de création d’objets décoratifs.
S’agissant des métiers du bois et du métal, la région se distingue par la sculpture sur bois et le travail du fer forgé (outils forgés). Le domaine de la vannerie et maroquinerie retient également l’attention. La fabrication d’objets en osier et rotin ainsi que le travail du cuir (maroquinerie) sont développées. Sur le plan de l’artisanat de service, la couture, la coiffure, la mécanique, et la maçonnerie, entre autres, sont très présentes, satisfaisant les besoins premiers des populations locales. Ces activités sont dynamisées par la Chambre régionale de métiers de la centrale (CRM-C), qui met en valeur le savoir-faire local à travers des journées dédiées comme les Journées de l’Artisanat du Togo (JAT). L’artisanat dans la région est un secteur clé pour l’emploi des jeunes et des femmes.
Le commerce
La Centrale présente des potentialités commerciales significatives, principalement axées sur l’agriculture, l’artisanat et sa position stratégique de carrefour sur l’axe principal du pays. Elle agit comme un maillon essentiel dans les échanges avec les pays de l’hinterland (Burkina Faso, Mali, Niger) ainsi que le Ghana et le Bénin. La région bénéficie d’un climat favorable à la production de manioc, de grain de moutarde, de karité, de noix de palme et de sorgho. Des opportunités existent dans la transformation locale de ces matières premières pour augmenter leur valeur économique. La zone bénéficie de sa position géographique stratégique. Située au cœur du Togo, la Centrale est une zone de transit incontournable, ce qui stimule le commerce de biens et les services logistiques. Elle est desservie par le corridor Lomé-Ouagadougou.
Le secteur de l’artisanat est particulièrement actif, avec un potentiel d’exportation et de commercialisation régionale, favorisé par le Marché International de l’Artisanat du Togo (MIATO). Dans le domaine des investissements industriels, la zone est identifiée dans les projets d’infrastructures de soutien aux activités industrielles, notamment dans le cadre de la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) qui vise à développer la transformation locale. La région possède des ressources de Produits forestiers non ligneux (PFNL) comme le karité qui offrent un potentiel commercial prometteur. Elle abrite des infrastructures marchandes composées de marchés principaux et secondaires où s’effectuent les échanges commerciaux, stimulant ainsi l’économie de la zone.
Le transport

La région bénéficie d’un potentiel considérable en matière d’infrastructures de transport, positionnée comme un carrefour stratégique reliant le sud du pays (Port autonome de Lomé) au nord (frontière du Burkina Faso) et aux pays de l’hinterland (Niger, Mali). La politique actuelle vise à transformer cette zone en un hub logistique moderne avec investissements massifs concentrés sur le bitumage, le désenclavement rural et la sécurisation des échanges. En matière d’infrastructures routières et logistiques, il faut souligner que la Route nationale No 1, dorsale principale du pays, traverse la région, facilitant le transit inter-Etats. Des projets de réhabilitation sont en cours pour en améliorer la fluidité.
Le bitumage de nouveaux axes est également à relever. Ainsi, le tronçon Aléhéridè-Kpaza-Tchambéri est en cours d’aménagement, désenclavant des zones de production agricole. Egalement, le projet reliant Sokodé à Tchamba, s’étendant vers la frontière béninoise, est une initiative stratégique majeure de connectivité régionale. L’aménagement de la route Sokodé-Bassar est aussi un atout stratégique. Aussi, dans le cadre du développement du Corridor logistique du Togo (CLT), des projets visent la création de zones logistiques et de parkings modernes pour camions afin de réduire le temps de parcours entre le Port de Lomé et les pays de l’hinterland. La réhabilitation et l’extension du réseau ferroviaire sont prévues pour connecter le sud au nord, avec un impact potentiel sur le transport conteneurisé traversant la région.
Le gouvernement prévoit également le développement et la modernisation des aérodromes à l’intérieur du pays, dont celui de Sokodé, pour dynamiser le transport aérien intérieur. Dans le cadre du désenclavement rural, une partie importante du budget national (environ 23 milliards FCFA en 2026, incluant la région Centrale) est dédiée à la réhabilitation des pistes rurales pour relier les centres de production agricoles aux routes principales. La Centrale bénéficie aussi du projet de construction de ponts métalliques censés connectés les localités et désenclaver les zones de productions agricoles. La construction de la voie de contournement de Sokodé est aussi en cours pour fluidifier la circulation dans la ville et desservir plus rapidement les pays de l’hinterland. La région est au cœur de la stratégie nationale de développement des transports, visant un maillage du territoire par des infrastructures modernes.
L’industrie


La Centrale abrite plusieurs unités de transformation agricoles axées sur la valorisation locale du Soja, de l’anacarde et du manioc. Des infrastructures clés incluent l’huilerie de Yélivo (Soja/arachide), « Cajou du Centre » à Sagbadaï, et des initiatives de coopératives féminines pour l’huile, le gari et le tapioca. Un autre potentiel à mettre en lumière est la Société Pierre Ornementale du Togo (POMAR Togo SA). C’est une entreprise minière spécialisée dans l’exploitation et la transformation de marbres et de pierres ornementale, située à Lomé avec des carrières, notamment à Pagala-village, dans la préfecture de Blitta. L’autre atout est la Centrale solaire Sheikh Mohamed Bin Zayed de Blitta, inaugurée en 2021. C’est la plus grande installation photovoltaïque d’Afrique de l’Ouest (50 MWc extensible à 70 MWc). Construite par AMEA Power (Via AMEA Togo Solar) sur 92 ha, elle dessert près de 158000 foyers togolais et améliore l’accès à l’énergie propre. La construction d’une centrale solaire est également prévue à Sokodé, pour accroître davantage l’accès à l’énergie propre aux populations de la région. Ces usines soutiennent la stratégie de promotion industrielle et de l’agro-industrie dans la région.
La politique de décentralisation
La mise en œuvre de la politique de décentralisation a favorisé la création d’un gouvernorat, d’un conseil régional de la Centrale et de quinze communes dans les cinq préfectures de la région. Ces institutions contribuent à la décentralisation et à la déconcentration des services pour mieux booster le développement à la base.
Services et entreprises publics et privés
De nombreux services et sociétés publics, parapublics et privés sont implantés dans la région. Il y a aussi des établissements scolaires et des centres de formation. On dénombre également des entreprises ou services de commerce, de transports, des hôtels, auberges et motels, des banques et institutions de micro finances. Ces institutions facilitent les services aux usagers, aux opérateurs économiques et constituent des atouts très importants pour le développement de la région.
Contrairement aux autres régions, la région Centrale n’a pas encore de gouverneur. Le préfet de Tchaoudjo, Tchimbiandja Yendoukoa Douti assume les fonctions de celui-ci.






