
Par BARANDAO Konaka
Une des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dispose que tout nouveau-né doit être nourri exclusivement au lait maternel durant les six premiers mois de sa vie. À partir de cet âge, des aliments de complément peuvent être introduits, tout en poursuivant l’allaitement jusqu’à deux ans.
Dans la pratique, cette recommandation reste difficile à respecter pour certaines femmes au Togo, en raison de contraintes sociales, économiques ou d’un manque d’informations adéquates. Face à cette réalité, le gouvernement togolais, en partenariat avec le Fonds des nations unies pour l’enfance (UNICEF), a redynamisé les groupes de soutien à l’Alimentation du nourrisson et du jeune enfant (ANJE) en 2023 afin de renforcer les capacités des communautés. A Kétao, dans la commune Binah 2 (région de la Kara), ces groupes ont commencé leurs activités en 2024.
Des femmes formées au service de la nutrition communautaire
Les membres des groupes de soutien à l’ANJE ont bénéficié de formations spécifiques, avec l’appui de l’UNICEF, axées sur la nutrition du nourrisson et du jeune enfant. Elles ont notamment appris à fabriquer des farines enrichies destinées à la préparation de bouillies nutritives pour les enfants en âge de complément alimentaire.
« Les femmes du groupe de soutien à l’ANJE accompagnent les nourrices. Elles appuient le travail des agents de santé en matière de nutrition. Après la formation, quand elles retournent dans leurs communautés, elles restituent ce qu’elles ont appris par rapport à l’alimentation à leurs consœurs », explique M. Assima Diawè, ingénieur en santé environnementale au centre de santé de Kétao.
Pour le responsable dudit centre, Dr Tchondo Bawanm, ces femmes, déjà actives au sein de groupements communautaires, constituent un véritable relais. « Lors des réunions communautaires, elles partagent ces informations avec d’autres mamans afin de favoriser une meilleure alimentation des enfants », souligne-t-il.
La farine enrichie, une solution locale efficace

Membre du groupe de soutien et femme leader à Kadjanga, Mme Abalo Essossimna témoigne de l’impact concret de ces formations.« On nous a appris comment fabriquer la farine pour faire la bouillie à un enfant, six mois après sa naissance. On grille les ingrédients (maïs orange, soja, haricot, voandzou). A cela, on ajoute un peu de petits poissons à moudre. La farine obtenue est tamisée et prête pour la bouillie », explique-t-elle.
Dr Tchondo précise que ces ingrédients, fournis avec l’appui de l’UNICEF, sont pour la plupart disponibles localement, ce qui facilite l’appropriation de la pratique par les ménages.
Au-delà de la préparation des farines enrichies, les groupes de soutien à l’ANJE participent activement à la détection précoce des cas de malnutrition.
« Lorsqu’une femme formée constate qu’un enfant dépérit, elle alerte l’Agent de santé communautaire (ASC). Celui-ci procède aux premières évaluations et fait un retour à la formation sanitaire pour une prise en charge appropriée », explique Dr Tchondo.
En cas de malnutrition aigüe sévère, l’enfant est référé au centre de santé. Une fois son état amélioré et le poids récupéré, il retourne dans sa communauté, où l’ASC et les femmes formées accompagnent la famille dans la préparation régulière de la bouillie enrichie.
Une baisse progressive des cas de malnutrition
Les résultats sur le terrain sont encourageants. « Nous avons enregistré neuf cas de malnutrition en 2025 contre douze en 2024 », indique M. Assima Diawè. Une tendance confirmée par Dr Tchondo, qui note une diminution du taux de malnutrition liée à l’alimentation.
Pour les bénéficiaires, l’impact est visible. « Si tu pratiques ce qu’on t’a appris, l’enfant ne tombe pas malade », affirme Mme Abalo Essossimna. Une autre femme formée renchérit : « Nos enfants se portent mieux depuis qu’on nous a montré comment leur préparer la bouillie à base d’ingrédients locaux ».
En contribuant à garantir à chaque enfant un accès équitable et durable à une alimentation adéquate, ces initiatives s’inscrivent pleinement dans les priorités nationales et les Objectifs de développement durable (ODD).
Au regard des résultats obtenus à Kétao, les acteurs locaux plaident pour un renforcement et une extension des groupes de soutien à l’ANJE dans toutes les localités où les femmes rencontrent encore des difficultés dans l’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants.






