
Par Joseph KANDA
Située à l’extrême nord du Togo, la région des Savanes occupe une position géographique stratégique, à la croisée du Burkina Faso, du Bénin et du Ghana. Forte de ses 1.143.520 habitants répartis sur une superficie de 8.602 km², elle s’étend sur un relief dominé par de vastes plaines et des bas plateaux.
Administrativement, la région se compose de sept préfectures, à savoir Tône, Tandjouaré, Cinkassé, Kpendjal, Kpendjal-Ouest, Oti et Oti-Sud. Le climat tropical soudanais y impose une longue saison sèche, d’octobre à mai, suivie d’une saison des pluies plus courte, mais déterminante pour les activités agricoles.
Cette région est également un véritable creuset culturel, abritant une mosaïque de peuples tels que les Moba, Gourma, Mossi, Yanga, Mamproussi, Peulhs, ainsi que les Anoufo, Komkomba ou encore les Haoussa et Zerma.
Une gouvernance renforcée par la décentralisation
Depuis la relance du processus de décentralisation en 2019, la région des Savanes connaît une transformation de son organisation administrative. Les sept préfectures sont désormais subdivisées en 16 communes, dirigées par des maires, dont quatre femmes (Tône 1, Kpendjal 1, Oti sud 1 et 2).
Placée sous l’autorité du gouverneur Atcha-Dédji Affoh, en fonction depuis décembre 2024, la région bénéficie d’un encadrement administratif visant à rapprocher l’État des populations et à renforcer la gouvernance locale.
Les services déconcentrés de l’État, appuyés par de nombreuses ONG et associations, interviennent dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation, l’agriculture ou encore la protection sociale.
Une économie dominée par l’agropastoral et le commerce
L’économie des Savanes repose essentiellement sur l’agriculture, l’élevage et le commerce. Malgré les contraintes liées au climat et à la faible mécanisation, la région demeure un véritable grenier agricole pour le pays. Les cultures vivrières dominantes incluent le maïs, le mil, le sorgho, le riz, le niébé et l’arachide. Le coton constitue la principale culture de rente, notamment dans les zones de Dapaong, Mango et Cinkassé. Les cultures maraîchères de contre-saison, comme la tomate ou l’oignon, complètent cette production.
L’élevage, quant à lui, occupe une place centrale avec la présence de bovins, ovins, caprins et volailles.
Par contre, surnommée « l’or gris des Savanes », la pintade représente une filière en plein essor. Depuis 2018, le projet « Or gris des Savanes », porté par l’ONG Élevage sans frontières, œuvre à structurer cette activité.
Formations, accès au microcrédit, amélioration des techniques d’élevage, autant d’actions visant à sécuriser la production et à accroître les revenus des éleveurs.
Des marchés dynamiques et un artisanat en pleine structuration


Les marchés de Dapaong, Tandjouaré ou encore Barkoissi constituent des centres d’échanges commerciaux, attirant des opérateurs économiques de toute la sous-région. Le marché transfrontalier de Cinkassé, en particulier, est un hub majeur en Afrique de l’Ouest. Toutefois, sa fermeture en novembre 2024 en raison de la crise sécuritaire a fortement impacté les activités économiques locales.
La région des Savanes dispose également d’un tissu artisanal riche et diversifié : menuiserie, couture, mécanique, coiffure ou encore maçonnerie. Encadrés par les chambres préfectorales des métiers, les artisans bénéficient de formations et de foires pour valoriser leur savoir-faire et améliorer leurs conditions de vie.
Des traditions vivantes et une identité culturelle forte
Sur le plan culturel, la région des Savanes se distingue par des fêtes et danses traditionnelles, sans oublier l’art culinaire.
Tingba Paab (offrande aux ancêtres) est la plus grande fête traditionnelle qui regroupe les natifs du grand Tône (Tône, Cinkassé, Kpendjal, Kpendjal ouest et Tandjouaré). Cette célébration permet de mettre en exergue les danses traditionnelles telles que le Talkout, le Bontana, le Malkonsiak, Djinssa, le Bimbate et le Ponk’nt. Dans le grand Oti (Oti et Oti sud), les peuples Anoufoh, Gangam, Moba, Konkomba, Gourna, Natchaab se retrouvent chaque année pour célébrer « Koudapaani », la fête de reconnaissance aux mânes des ancêtres pour l’abondance des récoltes. Le nom Koudapaani est une contraction de trois appellations représentant les fêtes traditionnelles autrefois séparées à savoir : Kouroubi, Dakou et Tinganpaani.
Au plan culinaire, des plats emblématiques comme le Tindini (à base du haricot), le Fli (feuilles du haricot), le Yèkè-yèkè (couscous de maïs cuit à la vapeur) et le Koliko (frites d’igname) font la particularité gastronomique de la région. On consomme également la pâte du maïs, le foufou d’igname, le Watché (riz mélangé au haricot) entre autres.
Boisson traditionnelle à base de mil ou de sorgho, le Tchakpalo occupe une place centrale dans la vie sociale. Consommé lors des cérémonies et des moments de détente, il constitue également une source de revenus pour de nombreuses femmes.
Un potentiel touristique encore sous-exploité

La région des Savanes regorge beaucoup de sites pittoresques. Les impressionnantes grottes de Nok et Mamproug dans la préfecture de Tandjouaré, sont des anciens refuges locaux utilisés pour stocker les récoltes. Les greniers, faits d’argile sont nichés dans les falaises, offrant un paysage historique sans précédant. En mai 2024, ces grottes ont fait l’objet de restauration, à l’initiative du guide de patrimoine à Nok, avec le soutien financier du Fonds national de promotion culturelle (FNPC) du ministère de la Culture et du Tourisme.
Les autres sites remarquables sont, entre autres, les peintures rupestres de Namoundjoga, les grottes de Dalwak, un site devenu aujourd’hui un lieu de pèlerinage des chrétiens catholiques, le village de Pligou, offrant un panorama exceptionnel sur la région, la mare aux hippopotames de Mango et le musée régional des Savanes à Dapaong. Malgré leur richesse, ces sites restent peu fréquentés, faute d’infrastructures et de promotion.
Une région résiliente face aux défis sécuritaires
Depuis près d’une décennie, la région est confrontée aux effets de la crise sécuritaire du Sahel. En réponse, l’État togolais a déployé l’opération militaire « Koundjouaré » dès 2018 pour renforcer la sécurité. Parallèlement, le Programme d’urgence de renforcement de la résilience dans les Savanes (PURS) a permis de financer des infrastructures essentielles que sont les écoles, les centres de santé, les forages, les pistes rurales et l’électrification.
L’état d’urgence, en vigueur depuis 2022 et régulièrement prorogé, témoigne de la vigilance des autorités face aux menaces persistantes.
Plus qu’un territoire en difficulté, les Savanes apparaissent aujourd’hui comme une région d’opportunités, prête à jouer un rôle majeur dans l’émergence du Togo.






