« L’agence de presse est un instrument de souveraineté et il faut que nos autorités le comprennent. Aujourd’hui dans le développement de nos pays, nous avons besoin des échéances fortes, on a besoin que la puissance publique nous donne les moyens pour développer l’urgence », a déclaré, le jeudi 26 mai, Mamadou Salif Diallo, responsable du service des sports de l’Agence de presse sénégalaise (APS) dans une interview accordée à Tankroukou Daka Ignace de l’Agence togolaise de presse (ATOP) à l’occasion du séminaire de formation sur « La maîtrise des techniques pour la bonne pratique du journalisme sportif », tenu du 23 au 27 mai 2022 à Rabat au Maroc.
M.Diallo a relevé que la maîtrise de l’information est extrêmement importante. « Si les Européens donnent la priorité à leurs agences, c’est parce qu’ils l’ont compris. La France a son agence publique appelée Agence France Presse (AFP), d’autres pays comme l’Angleterre, l’Allemagne, les Etats-Unis et la Chine ont leurs agences publiques. Les dirigeants de ces pays ont compris le rôle importance que jouent les agences, c’est pourquoi ils y mettent les moyens pour leur développement et leur crédibilité. Les Etats européens sont de vieux Etats, ils ont réussi à créer des Etats-nations pourquoi l’Afrique qui a des Etats jeunes qui sont nés dans les années 60 ne peut s’investir pour avoir ces instruments ? », a-t-il poursuivi.
Le Maroc et le Sénégal sont souvent cité comme des agences de référence en Afrique. Mais pour le responsable du service des sports de l’APS, le Sénégal peut mieux faire. « L’exemple parfait d’agence aujourd’hui en Afrique, c’est au niveau du Maroc. Qu’est-ce nous devons faire ? Les autres pays doivent comprendre les enjeux. Aujourd’hui s’agissant de véritables informations sur le Togo et le Sénégal, il n’y a pas mieux que les agences de presse. Nos autorités politiques doivent savoir que l’agence n’est pas un gouffre en millions ou en milliards, elles doivent investir parce que l’information est une donnée du pouvoir c’est pourquoi on doit maîtriser l’information nous-mêmes, on ne doit pas attendre de l’AFP, de l’agence Reuters ou de la Radio France Internationale (RFI) pour donner les informations sur nos pays », a-t-il relevé. Il a précisé que l’information publique doit émaner d’une agence publique du fait que les Etats africains sont fragiles et la meilleure façon de s’occuper de cette entité relève de la responsabilité d’une agence publique. Pour lui, les gouvernants ne doivent pas penser que les agences sont des gouffres financiers. « Si on attend d’une agence publique qu’elle fasse des bénéfices, c’est comme on demandait à une école publique de faire des bénéfices. Pour formater le citoyen sénégalais, ou le citoyen togolais ou encore le citoyen marocain, il n’y pas meilleure qu’une agence ».
Au niveau du sport, la concurrence est rude
M.Diallo affirme que certains médias en Afrique, notamment les quotidiens, les radios et les télévisions font tout pour tuer les agences. « Dans les compétitions sportives internationales, les organisateurs savent que nos télévisions et radios ont du mal à payer les droits. Quant aux quotidiens, ils ne paraissent qu’une fois par jour et c’est pourquoi l’agence est privilégié effectivement. Quand vous assisté à une coupe du monde de football avec un quotidien, une radio ou une télévision togolais et qu’il n’y a qu’un seule place pour le pays, on l’attribue à l’agence. En plus de l’accréditation, le correspondant est accrédité pour des matches. Moi j’ai vécu ça à une coupe du monde. Tous les journalistes sénégalais n’avaient de ticket, c’est moi seul qui avais le ticket parce que l’APS travaille pour tout le monde». Il précise que justement l’agence travaille pour tout le monde mais malheureusement les autres médias ne jouent pas le jeu du fait qu’ils pensent que l’agence leur fait de l’ombre.
M.Diallo souligne qu’au Sénégal ils ont eu ce problème mais les autorités ont vite compris pour arrêter l’hémorragie. Il a indiqué qu’à un certain moment, l’agence a failli mourir n’eût été l’intervention d’un ministre de la République, feu Djiboka qui a dit « non, l’agence doit perdurer et évoluer dans le temps » en donnant un coup de pouce pour son développement. « Maintenant on se bat. A l’interne aussi, on doit se battre, les agenciers doivent se battre pour montrer aux autorités que l’agence est indispensable dans l’équilibre de l’information dans un pays», a-t-il dit.
Les agenciers doivent prendre leurs responsabilités
Pour M. Diallo, la base d’un journaliste c’est d’être bien formé. « D’abord, en journalisme c’est l’information et nous devons prendre nos responsabilités surtout ne pas avoir peur de dire ce qu’on pense. On n’est pas là pour les gouvernants mais pour l’Etat, les populations, pour tout le monde ; il ne faut pas qu’on oublie cela. Nos Etats ont besoin d’une agence nationale d’information pour progresser. L’agence participe à la formation de la future élite intellectuelle du pays. Lorsqu’on veut promouvoir le leadership dans le pays, il n’y a plus de nord, du sud, l’ouest ou l’est, c’est le Togo et c’est l’agence qui peut faire ça », a-t-il confié.
Prudence dans l’utilisation des nouveaux médias
Le chef service sport de l’APS relève que l’utilisation des nouveaux médias est importante. « C’est dense pour le journaliste parce qu’il ne faut pas être le premier sur l’information, mais être le premier sur la bonne information c’est là où l’agence est importante parce qu’une agence qui a tendance à donner de mauvaise information perd la confiance du peuple. Ce qui oblige les agences à respecter leur cahier de charge. Si toute l’information officielle du Togo doit venir de l’agence nationale, les populations auraient la bonne information. Quand c’est l’agence de presse qui donne l’information, on sait qu’elle est officielle c’est là-bas où les autorités doivent comprendre les enjeux. En France par exemple, les informations de première main viennent de l’AFP mais aussi l’agence doit savoir qu’elle n’est pas là entre les mains du seul pouvoir en place. Elle est là pour la nation. Il est vrai qu’il faut accorder une importance aux prérogatives du gouvernant car c’est eux qui ont bénéficié de la confiance des citoyens. C’est eux qui ont été élus donc ils sont les premiers à être servis par rapport aux autres. Mais, on est là pour la population », poursuit M. Diallo.
Fédérer les agences africaines pour mieux informer
M.Diallo relève que c’est même l’objectif de la Fédération atlantique des agences de presse africaines (FAAPA). Il est question que les agences africaines soient en réseau afin qu’elles puissent se partager les informations. « Si les Marocains ont besoin d’une information sur le Togo qu’ils n’aillent pas la chercher sur l’AFP mais à l’Agence togolaise de presse (ATOP) et il faudrait que l’ATOP ait le pouvoir de se développer, c’est le lobbying qu’on est en train de faire en politique, en sport ou dans d’autres domaines pour que les choses puissent aller de l’avant », a-t-il conclu.






