
Par Abel Ozih
Mariée depuis deux ans, dame Rosaline, 29 ans, secrétaire dans une école privée à Adidogomé, dit avoir longtemps vécu dans l’angoisse et l’incompréhension. Malgré l’amour qu’elle porte à son époux, les rapports sexuels restaient impossibles à cause de douleurs intenses au moment de toute tentative de pénétration. « Je pensais que j’étais anormale. A chaque fois que mon mari essayait de me pénétrer, mon corps se bloquait automatiquement. J’avais peur, je pleurais souvent après », confie-t-elle.
Son mari, Charles, 34 ans, entrepreneur bâtiment, raconte avoir lui aussi traversé des moments difficiles. « Au début, je croyais qu’elle me rejetait ou qu’elle ne me désirait pas. Cela créait des tensions entre nous parce qu’on ne comprenait pas ce qui se passait », explique-t-il. Après plusieurs mois de silence et de souffrance, le couple décide finalement de consulter un spécialiste. Le diagnostic tombe : Rosaline souffre de vaginisme.
Un trouble involontaire et méconnu

Selon Dr Etiam Koffi Sowu, gynécologue-obstétricien, directeur l’hôpital Bethesda d’Agou Nyogbo (Kpalimé), le vaginisme est une contraction involontaire des muscles du périnée pouvant empêcher toute pénétration, qu’il s’agisse d’un doigt, d’un tampon ou du pénis. Le spécialiste fait savoir que ce trouble ne relève pas d’une volonté consciente de la femme. « Le corps réagit automatiquement par un mécanisme de défense. La femme ne décide pas de bloquer la pénétration », explique-t-il.
Le vaginisme se présente généralement sous deux formes. « Le vaginisme primaire concerne les femmes qui n’ont jamais réussi à avoir une pénétration vaginale, tandis que le vaginisme secondaire apparaît chez des femmes ayant déjà eu des rapports sexuels auparavant », mentionne Dr Sowu.
Dans plusieurs cas, des femmes mariées, désireuses d’avoir une vie sexuelle épanouie, se retrouvent confrontées à une contraction involontaire des muscles du périnée, accompagnée de douleurs ou d’une peur intense.
Quand le cerveau interprète la pénétration comme un danger
Le gynécologue-obstétricien indique que le cerveau peut interpréter l’approche de la pénétration comme une menace ou une douleur imminente. En réaction, le corps se contracte instinctivement pour se protéger. « La douleur est réelle, mais elle est souvent amplifiée par la peur et l’anxiété. C’est un trouble où les dimensions psychologiques et physiques sont étroitement liées », souligne-t-il.
De son côté, la gynécologue obstétricienne Dr Benedicta Amewoui, responsable de la clinque Group Medical à Agoè, relève également que certaines femmes concernées grandissent dans des environnements où la sexualité demeure taboue et où la virginité est fortement valorisée. D’autres n’ont jamais appris à connaître leur propre corps. Toutefois, Dr Amewoui insiste sur le fait que le vaginisme n’est pas synonyme d’absence de désir sexuel. « Ces femmes peuvent aimer leur mari, ressentir du plaisir et avoir une libido normale, tant que la relation ne conduit pas à la pénétration », précise-t-elle.
Des répercussions importantes sur le couple
Les conséquences psychologiques et conjugales peuvent être importantes. Certaines femmes développent un sentiment de culpabilité ou de honte, tandis que leurs maris peuvent se sentir rejetés ou incompris, relève Dr Sowu.
« Nous évitions même le sujet à un moment. Chacun souffrait en silence », témoigne l’entrepreneur bâtiment Charles. Pour le gynécologue, le vaginisme doit être considéré comme une problématique de couple et non uniquement comme un problème féminin.
Une prise en charge possible
« Ce trouble peut être pris en charge efficacement grâce à une approche mêlant écoute, accompagnement psychologique et rééducation psycho-corporelle. La prise en charge consiste notamment à aider la femme à mieux connaître son périnée, apprendre à relâcher les muscles concernés et reprendre progressivement confiance en son corps », rassure Dr Sowu. Il fait savoir également que des exercices progressifs et des séances de psychothérapie avec le couple peuvent permettent également de réduire la peur associée à la pénétration. Cela aide à renforcer la confiance et la communication au sein du couple. Après plusieurs mois de suivi, Rosaline affirme aujourd’hui retrouver progressivement espoir. « Le plus important pour moi a été de comprendre que je n’étais pas seule et qu’il existait des solutions », dit-il.
Le directeur l’hôpital Bethesda d’Agou Nyogbo rappelle enfin qu’une femme qui souffre lors des rapports sexuels « ne fait pas exprès » et que le vaginisme n’est ni un caprice ni une fatalité. Parler du problème et consulter un professionnel de santé constituent souvent les premières étapes vers la guérison, prodigue-t-il.






