
Par AMEKOUVO S. Akouétey
Le secteur routier se modernise avec la loi d’orientation des transports au Togo votée en décembre 2022. Cette modernisation implique une formalisation et une professionnalisation des organisations de conducteurs, un secteur confronté à plusieurs difficultés. Au rang des obstacles, l’inorganisation du secteur où l’on distingue deux catégories de conducteurs, les professionnels nantis d’un permis de conduire et d’un certificat de qualification et les particuliers au volant des véhicules personnels.
Du formalisme au professionnalisme

La formalisation est la première étape dans le processus de professionnalisation. « Cette formalisation suppose en amont une formation pour connaitre nos droits et devoirs », a confié le formateur et conducteur de bus, Tchaa-Azodi Essowana. Avec une formation garantie rassure-t-il, « le conducteur sait qu’il exerce une fonction, ce qui permet de lutter contre des gens qui font du bénévolat dans le corps ou des conducteurs de véhicules personnels qui font du transport. Toutes ces pratiques occasionnent du désordre qu’il faut arrêter avec le soutien de l’Etat ».
« Le travail de conducteur est notre profession. A l’instar des autres corps de métiers, nous avons besoin de nous organiser pour bénéficier de l’accompagnement du gouvernement, qui jadis, à oublier ce secteur et met aujourd’hui des conditions pour une organisation et structuration », a expliqué M. Tchaa-Azodi.
Pour le technicien supérieur de transport-logistique et transit au ministère en charge des Transports, Sinon Sourou-Ayewa, « L’Etat veut que les conducteurs de taxi respectent les normes sur la route, il veut les amener à la professionnalisation, ce qui suppose beaucoup de choses en matière de transport ». Les exigences demandées aux conducteurs sont, entre autres, d’après M. Sourou-Ayewa, « le respect des lois relatives au transport, la limitation du nombre de personnes à prendre à bord, le respect de la délimitation par région, l’observation du code de la route et des visites techniques régulières ainsi que des engins en bon état, tout ça pour éviter les accidents de circulation ».
Dans ce processus de professionnalisation, le soutien du gouvernement est évident. Au préalable, le technicien supérieur appelle les conducteurs à une organisation interne « pour qu’en cas de formation, de simulation ou des ateliers, qu’on puisse les solliciter, ce qui permettra à l’Etat de mieux les écouter pour la prise en compte de leurs recommandations et plaidoyers ».
Avec les décès occasionnés par les accidents de circulation, 3262 cas d’accidents à savoir 282 morts et 4611 blessés sur les routes au dernier semestre de cette année, « notre espoir repose sur les taxis, je vous exhorte à professionnaliser votre métier pour lutter aussi contre la criminalité et à réduire les accidents en respectant le code de la route », a souhaité le commissaire central de la ville de Lomé, le divisionnaire Babarime Akatao lors de lancement des activités de l’Association nationale des conducteurs de taxi interurbain du Togo (ACTI-Togo) le 9 septembre dernier. Pour lui, la professionnalisation du métier de transporteur consiste à se constituer en association, à se conformer à la réglementation en vigueur et à s’identifier en se distinguant par la couleur des taxis.
L’identification des taxis

Quand j’avais autour de vingt ans, raconte le commissaire divisionnaire, « j’ai constaté qu’au Togo, les taxis avaient une couleur. De nos jours, j’observe que les taxis n’ont plus de couleur. J’ai visité plusieurs pays et les taxis sont bien distingués. En Côte d’Ivoire, la couleur varie selon les communes ; au Cameroun, la couleur est jaune ; au Congo, elle est verte ». Au Togo, s’interroge-t-il, « peut-on affirmer que notre métier est professionnalisé ? avions-nous une couleur qui distingue le taxi des autres voitures dans la rue ? » Avec cette démarche de professionnalisation, le commissaire divisionnaire s’est dit certain que « dans les prochains jours, les conducteurs vont eux-mêmes vouloir exiger la couleur des taxis, ce qui va permettre de vous identifier et de faciliter la collaboration avec les agents de sécurité et de l’ordre ».
Le gouvernement à pied d’œuvre
Le gouvernement, dans le but de réaliser sa vision stratégique de hub logistique a opté depuis quelques années pour la formalisation et la professionnalisation du sous-secteur du transport routier. Cette ambition, d’après le ministre en charge des Transports, Affoh Atcha-Dedji permet l’organisation de tous les acteurs de transport routiers (conducteurs et transporteurs) en faitière, la construction d’un centre de formation aux métiers des transports routiers à la Direction des transports routiers et ferroviaires (DTRF). Le gouvernement s’active à travers plusieurs programmes, notamment le projet d’appui à la compétitivité des services logistiques pour le commerce (PACSLC), à entreprendre des actions urgentes en vue de la professionnalisation des conducteurs routiers afin de rendre compétitif le sous-secteur de transport togolais et d’assurer un déplacement sécurisé des personnes et des biens sur les routes.
Un secteur stratégique en difficulté
Les conducteurs routiers constituent un des maillons les plus importants de la chaine logistique des transports routiers. Selon les chiffres du ministère en charge des Transports, le secteur représente 7% du PIB du pays et les transports routiers assurent plus de 90% des déplacements. Le diagnostic du sous-secteur du transport routier réalisé en 2017, a révélé plusieurs carences notamment le cadre légal et réglementaire inadapté, la non professionnalisation des opérateurs du transport routier, l’analphabétisme de la majorité des conducteurs, la vétusté du parc automobile, l’insécurité routière, l’inexistence de statistiques fiables sur le sous-secteur, le non-respect de la réglementation en vigueur par les acteurs, l’absence d’un cadre et d’opportunités pour le renforcement des capacités des transporteurs et des conducteurs.
Des doléances au gouvernement

L’ACTI-Togo à travers son secrétaire général, Lambante Bougonou sollicite « auprès du gouvernement l’aménagement des parcs automobiles de stationnement des taxis au bord des rues de Lomé et ses environs afin de pouvoir libérer les voies publiques transformer souvent en des stationnements anarchiques dans notre pays ». Cette association de conducteurs a plaidé, lors du lancement de ses activités, pour « un soutien du gouvernement sur négociation avec les compagnies d’assurance, et avec les banques pour des crédits bail (lising) en vue du renouvellement des parcs auto (taxis) au Togo ».
« L’une des difficultés des conducteurs est l’acquisition de l’outil de travail. L’Etat doit intervenir pour que les banques accordent des prêts aux conducteurs pour s’acheter des véhicules neufs », a renchérit M. Tchaa-Azodi. « La vieillesse de nos automobiles occasionnent des accidents de circulation. Avec des véhicules neufs, des conducteurs formés, des permis en bon et du forme avec des certificats de qualification de conducteurs professionnels, les accidents de circulation seront maitrisés voire en diminution », a rassuré le formateur.
La vision du pays de se positionner comme un hub logistique et de services conformément à la feuille de route gouvernementale 2020-2025 passe, entre autres, par la professionnalisation du secteur des transports, un chantier à construire.






