
Par Prince Makassa
L’agriculture est un secteur stratégique caractérisée par l’élevage, les cultures vivrières et les cultures de rentes dont le cacao. Au Togo, le cacao est produit dans la région des Plateaux surtout dans la préfecture de Wawa. Cette préfecture fournit à elle seule une part non négligeable du cacao à l’exportation depuis l’indépendance du Togo. Le cacao représente 7 % des recettes d’exportation et constitue 30% des recettes agricoles produites. Quelles sont les causes et les solutions de cette chute de production cacaoyère dans la préfecture ?
Le maire Wawa 1, Assamoah Yao Ogah, relève que la production et la vente du cacao ont fait le bonheur des producteurs de la préfecture de Wawa entre 1960 et 1985. Mais depuis une trentaine d’années, la production connaît une décrue chaque année. Le rendement de la préfecture de Wawa est passé de 6727,952 tonnes en 2011 à 5512,623 tonnes en 2021, selon les registres du service de contrôle de conditionnement des produits du ministère du Commerce.
Les plantations de cacao offrent un paysage arboré et luxuriant. De 2001 à 2021, le Togo a perdu, 67300 hectares de couverture arborée et la région des Plateaux est la grande zone de déforestation avec 39200 hectares. Face à la baisse de la production, le gouvernement adopte plusieurs mesures pour la relance durable de la filière mais le secteur peine à reprendre ses lettres de noblesse. Cette chute de la production cacaoyère n’est pas sans conséquences sur la vie sociale et économique des populations de la localité.
Les causes de la chute de production

Le septuagénaire Kouma, ancien producteur de cacao abonde dans le même sens. Il soutient que la production du cacao a chuté, à cause de l’introduction de la nouvelle variété hybride. La SRCC au début de ses activités, a proposé cette nouvelle variété très productive en remplacement de l’ancienne variété Tété-Kossi. Le septuagénaire affirme que pour inciter les paysans à adhérer à sa politique, la SRCC indemnisait ceux et celles qui acceptaient couper leur plantation. Outre l’indemnisation, la SRCC leur offrait gratuitement les jeunes plants. C’est ainsi que les plantations ont été détruites. « Nous pensions que la nouvelle variété devrait être très bénéfique. Hélas, elle était très exigeante. Sans les traitements phytosanitaires, les cabosses pourrissaient à tout moment, contrairement à l’ancienne. Cela a impacté négativement la production cacaoyère » a affirmé M. Kouma.
Un autre producteur, M. Wahabou, la soixantaine affirme qu’après la coupe des plantations, les agents chargés de la coupe, badigeonnaient les souches d’un produit chimique qui détruisait complètement l’ancienne variété pour qu’elle ne régénère plus. Ces produits chimiques ont également eu un effet négatif sur le sol entraînant le pourrissement des nouveaux plants dans les trous. Avec l’ancienne variété, le traitement était quadriennal. Seuls ceux qui avaient assez de moyens ont pu maintenir et produire la nouvelle variété. Un autre facteur non négligeable est le temps d’attente pour jouir de la nouvelle plantation. Il faut trois ans pour commencer par jouir de la nouvelle variété. Cette durée a considérablement affaibli et appauvris la majorité de ceux qui ont adhéré à la nouvelle orientation agricole. Ils avaient du mal à acheter les intrants pour faire le traitement à temps. Par contre scientifiquement, les variétés hybrides distribuées aujourd’hui sont plus productives et plus précoces que les Tété-Kossi. La première floraison est attendue à 18 mois contre 4-5 ans pour les Tété-Kossi.
A toutes ces causes, il faut ajouter la chute du prix à l’international. Cette chute a noyé complètement la majorité des producteurs. « Ils ont commencé à brader les arbres sous lesquels les plantations cacaoyères se trouvaient pour satisfaire leurs besoins quotidiens. Aujourd’hui ces plantations sont remplacées par la production du gingembre » a conclu Wahabou.
Enfin, une dernière cause est l’irrégularité de la pluviométrie. Le technicien, formateur préfectoral ICA/UTCC-Wawa Zone Litimé, Kouyawo Ayédjo Kokou, a relevé qu’outre la destruction massive des essences forestières dans la préfecture qui plombe la régularité des pluies, les producteurs ne respectent pas l’itinéraire technique. Il y a peu de projets d’accompagnement des producteurs selon le technicien de l’ICAT.
Les conflits fonciers au sein des familles
A l’indépendance, le pays était moins peuplé et le problème foncier ne se posait pas. Il y avait de vastes domaines agricoles à exploiter pour les plantations de caféiers ou de cacaoyers. Aujourd’hui avec le développement et l’augmentation de la population, l’homme a empiété sur l’environnement, sur les surfaces cultivables. « L’héritage des premiers cacaoculteurs n’a pas été bien préservé. Après l’abattage des anciennes plantations, les nouvelles n’ont pas prospéré longtemps. Les dépenses liées aux traitements ont assommé les producteurs. De plus, les troubles sociopolitiques qu’a connu le Togo, a été un frein aux producteurs qui ont eu du mal à trouver des ouvriers pour l’entretien des plantations » a relevé le père de famille Kossivi. Il ajoute que le gain facile et la paresse de la jeunesse ont fait que certains héritiers qui ne maîtrisaient pas l’exploitation cacaoyères, ont non seulement cédé des plantations mais ont aussi coupé les arbres qui stabilisaient la production de cacao. D’autres ont remis en cause les contrats de donation créant des conflits fonciers. Certaines familles ont été simplement spoliées. Aujourd’hui, il y a beaucoup de conflits fonciers qui rendent difficile l’exploitation des terres cultivables.
Approches de solutions durables pour booster cette production.

Le cacao constitue la troisième culture traditionnelle d’exportation du Togo et il procure des devises importantes dans le secteur agricole, source de revenu pour des familles. A cet effet, des solutions sont à rechercher pour relancer la production cacaoyère dans les 17 communes de la filière café-cacao de la zone ouest de la région des Plateaux et plus particulièrement dans la commune Wawa 1. Entre autres solutions, il faut d’abord mettre fin à la déforestation car le café et le cacao ne réussissent que dans les zones forestières selon le maire Wawa 1. Il exhorté les chercheurs en agronomie du Togo à trouver une variété de cacao capable de répondre aux attentes des populations en matière de rentabilité, de résistance aux maladies et aux aléas climatiques. Ensuite, il faut réviser le prix d’achat et instituer des ristournes comme dans la filière cotonnière où quand le prix augmente à l’international, les paysans ont des ristournes pour les motiver et la production est stable. L’Etat doit avoir un œil regardant sur la gestion de la filière pour le bien-être des producteurs. Depuis des années, les instances de gestion de la filière au Togo prélèvent 60 francs CFA sur chaque kilogramme de Cacao et de café sans aucun compte. Une partie de ce montant prélevé doit revenir aux communes pour le développement de la zone. Depuis la chute de la production dans les années 90 jusqu’à nos jours, les populations vivent dans la misère, déplore le maire Assamoah Yao.






