Dix ans après l’adoption du décret N0 2012-005 du 29 février relatif aux Comités de développement à la base (CDB), la plupart des Comités villageois de développement (CVD) et Comités de développement de quartier (CDQ) peinent à jouer véritablement leur rôle. De nombreux problèmes identifiés, handicapent le travail de ces comités pourtant indispensables dans le développement du pays.
La mission des CDB
« Dans l’ensemble, la mission assignée aux comités de développement à la base est de travailler en collaboration avec les chefs traditionnels pour identifier les besoins du milieu, les traduire en projets à soumettre à qui de droit pour atténuer les difficultés des populations », a expliqué Kougblenou Akouété, président du Comité de développement de la zone de Bè (CDB), un organe technique chargé de la coordination des actions de développement dans la zone de Bè. Il a rappelé que ces « comités locaux de développement au titre des organisations communautaires de base étaient à l’origine, une initiative du ministère chargé des Affaires sociales, pour servir de courroie de transmission entre les agents de ce département et les communautés à la base».
Ces comités de développement avec l’avènement du ministère en charge du Développement à la base furent restructurés dans le cadre du décret du 29 février 2012. Les comités, placés sous la tutelle de l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB), ont pour vocation, entre autres, de mobiliser les énergies locales pour la résolution collective des problèmes de développement, de concevoir et de réaliser des projets sociaux.
Selon le président du CDQ-Ablogamé, Agbokemé Joseph, la plupart de ces comités ont pour activités, la gestion des latrines publiques et des bornes fontaines ainsi que la mobilisation des populations aux activités communautaires, notamment « l’opération Togo propre », un projet de salubrité du gouvernement lancé en octobre 2014.
Les CDB indispensables au développement des communes
Les CVD/CDQ jouent un rôle cardinal dans le processus de développement des communautés. Sur les dix dernières années, le pays a enregistré près de 800 CVD et environ 600 CDQ.
« Les CDQ et CVD sont incontournables dans le développement à la base et les bailleurs l’ont compris. Ils ne veulent plus passer par les ministères pour les projets, c’est le développement participatif », a relevé M. Kougblénou.
Pour Dr. Brandao Hyacinthe Alao, directeur des opérations à l’ANADEB, les CDQ/CVD sont un bras opérationnel pour les communes en termes de mobilisation des ressources et des communautés. Il a indiqué que les membres de ces comités apportent beaucoup dans le développement des villages et quartiers, en témoigne les dernières élections municipales de 2019 où 30% des conseillers municipaux élus proviennent des CDQ/CVD.
Togbui Mizoblewu Wogomebu IV, chef du quartier Ablogamé, a abondé dans le même sens. « Le CDQ est utile voire indispensable dans le développement du milieu », a-t-il souligné.
« Depuis notre installation le 15 août 2021, le CDQ a réalisé des opérations quartier propre, décroché une autorisation de la mairie pour gérer les fontaines publiques du quartier au nombre de 8 », a relevé M. Agbokemé. A l’actif de ce comité, d’autres activités comme des appuis techniques et humains au Centre médico-social (CMS) de Gbényédzi, l’assistance aux 23 compagnies de pêcheurs à s’immatriculer et la mise en mer de 50 petites tortues.
Des difficultés inhérentes au fonctionnement des CDB
Malgré leur importance avérée, la plupart des CVD/CDQ éprouvent des difficultés à contribuer véritablement au développement des territoires. Ces organisations font face, entre autres, à des difficultés de mobilisation de ressources et de formation dans la rédaction de projets. D’autres problèmes relatifs à la transparence dans la gestion des ouvrages et à l’appropriation des infrastructures communautaires sont aussi évoqués.
La mobilisation des ressources, une question complexe
« Nous n’avons pas de source de financement, nous vivons sur les fonds générés par les deux latrines du quartier et les bornes fontaines. Les projets conçus sont restés vains, faute de financement, nous faisons juste des sorties spontanées pour des travaux communautaires », a confié dans un entretien M. Djindjina Djabakatie, président du CDQ Fomboro dans la ville de Mango, à 550 km de Lomé.
« La mobilisation des ressources pour les quartiers et les villages est une question complexe », reconnais Dr. Alao. Il prône une valorisation des ressources endogènes pour financer les priorités des quartiers et des villages, voire des communes. « Nous avons mis en place, une stratégie de mobilisation de ressources qui permet à un quartier d’identifier toutes les structures qui existent dans le quartier et tous les cadres qui y résident et les approcher avec des projets concrets », a dit le directeur des opérations de l’ANADEB.
L’appropriation des biens communautaires, source de malentendus
La gestion des biens communautaires est souvent à l’origine des malentendus entre ces comités et la chefferie. « Dans les quartiers où il y a des tricycles et autres, parfois le CVD et la chefferie s’entendent pour gérer ces biens sur le dos des populations et quand on veut convoquer ces dernières pour des actions communautaires, personne ne sort », a déploré Dr Alao. N’ayant plus d’ouvrages publics dans le quartier Ablogamé, son chef Togbui Mizoblewu Wogomebu IV avoue tout de même que dans les quartiers environnants « il y a ce problème de gestion des latrines entre le chef et les responsables de CDQ parce qu’il y a de ces responsables qui font de ces latrines leurs biens privés et ne veulent même pas quitter à la fin de leur mandat ».
Dr Alao s’insurge contre cette appropriation des ouvrages publics et recommande une bonne gouvernance autour de ces biens. Il salue l’avènement des communes qui « constituent une solution pour régler définitivement ces situations, parce que tous les biens à l’intérieur des quartiers et des villages appartiennent aux communes ».
Outre ces problèmes susmentionnés, M. Alphonse Ameganvi, spécialiste en développement local dénonce le manque de réédition de compte et la « prise en otage des CVD/CDQ par des acteurs à la base qui ont positionné leur famille ». Selon lui, « il y a une guerre de cooptation des acteurs par affinité, par clientélisme de sorte que le mécanisme de fonctionnement ne marche pas ».
Des CDB s’illustrent en matière de rédaction de projets
L’un des problèmes auxquels sont confrontés les CVD/CDQ est la rédaction de projets. Mais cet obstacle est surmonté par certains comités qui ont réussi a décroché l’appui des bailleurs de fonds. C’est le cas du CVD de Kolokopé, dans la commune Anié 1 et du CDB de Bè dans la commune Golfe 1. Ainsi le CVD de Kolokopé a rédigé dans le cadre du Programme de microfinancement du Fonds pour l’environnement mondial (PMF/FEM), un projet dénommé « Protection des berges du fleuve Mono à Kolokopé ». Ce projet a bénéficié le 22 février dernier de la part du Programme des nations unies pour le développement (PNUD), d’une enveloppe de 19,152.00 USD pour sa réalisation. Le CDB de Bè a, quant à lui, reçu l’appui financier de la Banque mondiale dans le cadre du projet de développement urbain (1995-2000) après l’élaboration de son projet relatif à la construction du centre communautaire de Bè.
Les CVD/CDQ sont des acteurs non négligeables dans le développement du pays. D’un comité à l’autre, les défis sont énormes. Pendant que certains sont en train de s’accaparer des biens communautaires, d’autres qui ont compris les enjeux s’évertuent à élaborer et à réaliser des projets au profit des populations. L’appropriation de cette nouvelle dynamique de comité de développement à la base reste un chantier à peaufiner pour une véritable décentralisation.
AMEKOUVO S. Akouétéy






