Nabouyou Essodina (ATOP Guérin-Kouka) & Pinizi Fidel (ATOP Bassar)
Les peuples Bassar et Konkomba célèbrent le samedi 3 septembre la 58e édltion de leur fête traditionnelle D’Pontr et N’dack à Guérin Kouka. Cette fête à deux facettes à savoir, le rituel et le festif, est née avec la naissance de ces deux peuples, Konkomba et Bassar avant de prendre une forme plus organisée en 1964. Après deux ans de suspension en raison de la Covid 19, les Bassar et Konkomba renouent avec la tradition le samedi 3 septembre à Guérin-Kouka pour la 58ème édition.
Plus que de simples retrouvailles, la fête des ignames en pays Bassar et Konkomba représente des moments de communion avec les mânes des ancêtres, et une occasion de valoriser le riche patrimoine culturel du Grand Bassar. Cette rencontre culturel mobilise aussi bien les natifs de ce milieu résidant sur le territoire que ceux de la diaspora, sans oublier les concitoyens des autres préfectures et les touristes. La fête a deux étapes principales que sont les rites traditionnels et la fête elle-même riche en couleurs faisant revivre une diversité de danses folkloriques. Elle constitue une occasion pour ces peuples d’apprécier le fruit de son labeur de l’année et d’en offrir les prémices aux dieux, signe de reconnaissance. Elle est célébrée le 1er samedi du mois de septembre alternativement entre Bassar et à Guérin Kouka.
Les rites traditionnels de D’pontr/N’dack
D’pontre en Bassar et N’dack en Konkomba signifie goûter à une nouvelle chose, dans le contexte actuel, l’igname. C’est une occasion pour ces deux peuples de remercier Dieu et les mânes des ancêtres pour les nouvelles récoltes, c’est aussi un moment de retrouvailles entre les fils et filles de Bassar et de Dankpen.
Contrairement à l’opinion qui assimile les deux pratiques, les rites de D’pontre/N’dack ne sont pas liés au fétichisme, à en croire le chef du canton de Bassar, président des chefs traditionnels du Grand Bassar, T’ba Yawanké Bitémi-Waké Djintidja II. Concernant les rites de la fête, le chef explique qu’« Avant la consommation de la nouvelle igname, le Bassar doit observer le rite appelé D’pontre ou le goûter de la nouvelle chose. En prélude au jour de ce rite, de petites cérémonies se font quand les tubercules d’igname sont encore petits dans les buttes, un ou deux mois (entre juillet ou aout) avant la récolte de la nouvelle igname. Si ces cérémonies ne sont pas faites, le Bassar ne peut pas manger la nouvelle igname avant D’pontre. Et si toi, père de famille, tu ne le fais pas, tes enfants qui vont voir les autres enfants manger la nouvelle igname, ça va agir sur eux. Ils peuvent tomber malades régulièrement, et parfois tous à la fois. C’est pourquoi il faut vite faire ces cérémonies avant D’pontre », a expliqué le chef.
Selon T’ba Yawanké, les personnes concernées par ces rites sont les jumeaux ou des enfants nés souvent avec quatre, six doigts ou orteils. En pays Bassar, dit le chef, lorsqu’ un enfant naît, les parents vont charlater pour voir l’origine de ce nouveau-né, qui il incarne, et si l’enfant sera un futur «Oubo» (danseur de feu), il est aussi concerné par ce rite de D’pontre.
Le nécessaire pour les rites
Pour le chef, le rite de la fête des ignames nécessite aussi bien des volailles, des bêtes que d’autres objets ordinaires ou sacrés. « Il faut mobiliser, un bouc noir, une pintade noire, un coq noir, une calebasse sur laquelle on immole ces animaux pour les jumeaux et ceux nés avec six doigts ou orteils. Pour Oubo, il faut un poulet blanc et un petit pot spécial (pointillé). En plus de tout cela, il faut aussi de la farine de maïs, de l’eau, voir même de la boisson locale», a-t-il dit.
Ces rites étaient observés, selon le garant des us et coutumes, par chaque chef de famille à domicile, s’il a les concernés précités dans sa famille. Avant, avec la solidarité des parents, ils s’entendaient et organisaient ces rites à tour de rôle dans les concessions ou quartiers et ça prenait assez de temps (Vingt jours voire un mois), aux dires du chef. Après, explique-t-il, les vieux se sont entendus pour harmoniser en un seul jour pour tous, en retenant le premier «Kountcha » du mois de septembre pour l’observation de ce rite. Ceci depuis 1964 sous le règne du chef Atakpa, chef supérieur du peuple Bassar.
Reconnaissance aux ancêtres
Le chef affirme que, c’est pour dire merci, donc un rite d’action de grâce aux mannes des ancêtres et aux dieux Bassar pour la réussite de la moisson. Si l’on ne le fait pas, dit-il, sa famille rencontrera toujours des problèmes surtout de santé des enfants, et autres ennuis. « Mais s’il le fait, il va prospérer, lui-même et sa famille seront toujours en bonne santé, ses productions champêtres seront toujours abondantes et il recevra beaucoup de grâces », rassure-t-il.
Dans le canton de Bassar et dans le quartier Kébédipou ce rite est officié par le clan « Nataka » qui est le clan autochtone du canton et propriétaire terrien de cette localité.
Ce rite sera observé par tout le peuple Bassar le vendredi 02 septembre considéré comme le 1er « Kountcha du mois de septembre de cette année pendant que l’apothéose est attendu le lendemain samedi 3 août à Guérin-Kouka.
L’igname, un tubercule d’union et de fraternité
Le côté festif de Dpontre/N’dack est aussi impressionnant que celui des rites. Les Bassar et Konkomba se mobilisent pour offrir du spectacle avec l’expression de leurs richesses culturelles. M. Tagone Oudjayome, secrétaire principal à l’Inspection des Enseignements Préscolaire et Primaire de Dankpen explique qu’en pays Konkomba ou Bassar, la fête des ignames est une occasion de retrouvailles, de fraternité, d’amour et de paix, puis qu’elle draine tous les fils et filles de ces préfectures et de la diaspora ainsi que les touristes. « Cette année, les fils et filles des peuples Bassar et Konkomba sont fiers de renouer avec leurs traditions pour implorer Dieu et les mânes des ancêtres, car cette fête avait été interrompue à cause de la maladie à coronavirus », s’est-t-réjoui. Pour M. Tagone, après avoir semé son igname, imploré la bénédiction d’une divinité pour que la saison soit bonne, il est normale que le peuple Konkomba et le Bassar exprime sa satisfaction à travers diverses manifestations. « La veille ou le jour de la fête chacun ramène de son champ la nouvelle igname et tôt le matin, chacun dans sa famille sort cette igname, cherche sa volaille ou sa bête et la boisson et procède aux cérémonies rituelles sur la divinité qu’il avait implorée pour bénir son champ d’igname, ceci pour honorer ses engagements, c’est-à-dire présenter la nouvelle igname qu’il avait demandée à la divinité » a-t-il poursuivi.
Les fêtes traditionnelles au Togo, sous le signe de la revalorisation du patrimoine culturel.
M. Tagone explique que depuis l’arrivée au pouvoir de feu le président général Eyadema, il a fait de sa politique, la revalorisation du patrimoine culturel de notre pays et les fêtes traditionnelles sont devenues officielles. « Avant les deux préfectures célébraient cette fête, le samedi pour le peule Bassar et le lendemain dimanche le peuple Konkomba de Dankpen. Après plusieurs réflexions, les deux peuples frères liés par l’histoire se sont entendus et ont commencé à célébrer cette fête ensemble de façon rotative», a-t-dit.
L’igname, un tubercule sacré pour le peuple Konkomba et Bassar
L’igname représente un produit agricole de base et de première nécessité dans ces milieux. Pour M. Tagone, si vous êtes un konkomba marié et vous n’avez pas un champ d’igname, c’est comme vous n’existez pas, et lorsqu’un jeune konkomba veut se détacher de sa famille par ce qu’il a l’âge de se marier, son père, ses frères ou l’oncle l’invitent et lui disent « comme tu as l’âge de te marier et tu veux te détacher, je te donne quelques boutures d’ignames pour commencer le champ ». Si vous n’êtes pas encore prêt à vous marier, vous travaillez toujours pour votre père, vous dépendez de lui.
En prélude aux manifestations de la fête, le chef du canton de Bassar, président des chefs traditionnels du Grand Bassar, lance un appel au peuple Bassar et Konkomba. « Nul n’a le droit d’ignorer d’où il est sorti. Un peuple sans culture ou coutume est un peuple sans âme, dit-on. D’pontre/N’dack, c’est notre culture à nous ce n’est pas du fétichisme c’est de la culture Bassar, le peuple Bassar/Konkomba doit suivre les pas de ses aïeuls. Je demande à tous de le faire. C’est au cours de ce rite qu’il y a des retrouvailles entre parents, amis qui viennent découvrir notre milieu et c’est beau. C’est notre patrimoine culturel. Nous avons l’impérieux devoir de le préserver et le sauvegarder pour nos générations présentes et futures », a lancé le chef T’Ba yawanké Bitémi-Waké Djintidja II.






