Les technologies de l’information et de la communication et la transformation numérique constituent un formidable levier de croissance pour le continent africain. Cette technologie peut contribuer à la réalisation de la vision et des objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies.
La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a révélé l’urgence pour le continent africain de poursuivre sa transformation numérique, en particulier à travers le développement et la sécurisation des activités et services en ligne et notamment en matière de santé, d’éducation, de commerce, d’agriculture, d’administration électronique ou encore de services financiers.
L’accélération de la transformation numérique en cours sur le continent africain, en particulier l’émergence de services innovants proposés uniquement sous forme dématérialisée, dans un contexte de faible sensibilisation des utilisateurs et des acteurs les exposent à la cybercriminalité. Par conséquent, les pays qui ne disposent pas de moyen nécessaire ou négligent de prendre des dispositions pour protéger leurs systèmes informatiques s’exposent à la cybercriminalité.
L’évolution de la cybercriminalité en Afrique
La cybersécurité et surtout la cybercriminalité sont de plus en plus préoccupantes en Afrique, a confié la secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), Mme Vera Songwe, lors de la cérémonie d’ouverture du 1er sommet de la cybersécurité de Lomé le mercredi 23 mars 2022.
Selon McAfee, en 2020, les coûts de la cybercriminalité ont augmenté de plus de 50% au cours des deux dernières années, dépassant désormais 1000 milliards de dollars dans le monde, soit plus de 1% du PIB mondial. La cybercriminalité a réduit le PIB de l’Afrique de plus de 10%, pour un coût estimé à 4,12 milliards USD en 2021 selon le rapport Kaspersky.
L’Interpol reconnaît qu’en juin 2020, l’Afrique du Sud comptait le troisième plus grand nombre de victimes de cybercriminalité dans le monde, pour un coût d’environ 147 millions de dollars par an. Les cybermenaces ont augmenté au cours du premier semestre 2021. Par exemple, le Kenya a enregistré 32,8 millions d’attaques, l’Afrique du Sud 31,5 millions et le Nigeria 16,7 millions.
Des quantités massives de données personnelles sont actuellement interceptées en grande partie en dehors de l’Afrique, ce qui place le contrôle de ces données entre les mains de vendeurs et de plateformes situés hors d’Afrique.
Les cybercriminels constituent également une menace pour la sécurité nationale. Par exemple, l’agence éthiopienne de sécurité des réseaux d’information (INSA) a déjoué une attaque en juin 2020.
Ces évolutions indiquent à quel point la cybercriminalité peut fragiliser l’économie numérique africaine, ainsi que d’autres aspects, notamment sociaux, politiques, la stabilité et la sécurité nationale.
L’Afrique manque de capacités pour relever les défis de la cybercriminalité
L’Afrique manque de capacités dans divers domaines pour relever les défis auxquels elle est confrontée. Plus de 90 % des entreprises africaines opèrent sans utiliser les protocoles de cybersécurité nécessaires. Il y a une pénurie de professionnels de la sécurité certifiés, car le nombre estimé de professionnels de la sécurité certifiés en 2018 était de 7 000, soit 1 pour 177 000 personnes.
Il est constaté une insuffisance du cadre juridique/réglementaire sur la cybersécurité et la protection des données. Sur les 54 pays africains, 28 disposent d’une législation sur la protection des données (52%) et 6 sont en train de rédiger une législation (11%). À l’heure des cyber incertitudes, chaque nation africaine doit également créer son propre programme national de cybersécurité.
Pour Mme Songwe, la coopération numérique reste fondamentale à notre époque. Et la coopération numérique est fortement ancrée en Afrique, ce qui permet à ce continent d’avancer plus rapidement et de manière plus décisive.
Des experts togolais se prononcent sur le fléau
M.Djobo Bachirou, ingénieur en informatique explique qu’avec la cybercriminalité, on peut voler des données dans les entreprises, c’est-à-dire que lorsque les systèmes comme le réseau informatique sont infectés, les données de la société ne sont plus disponibles, vous avez des applications qui ne fonctionnent plus jusqu’au matériel. Les desktops, les ordinateurs de bureau et portables peuvent se retrouver off. Si vous avez des clients à l’extérieur qui doivent accéder à ces services ils ne pourront plus le faire.
Pour le chief executive officer (CEO) de CAFE informatique, Ayikodo Noagbodji, parfois se sont des choses beaucoup plus subtiles. On peut vous laisser une clé USB sur la table vous ne savez pas à qui elle appartient et par curiosité vous voulez la mettre sur votre ordinateur. Cette pratique constitue une faille de sécurité que quelqu’un peut utiliser pour pouvoir se connecter à votre ordinateur et voler les données que vous avez. Le vol de données, d’après lui, peut être simplement prendre les numéros des cartes de crédits, des photos ou bien l’espionnage industriel. Comme conséquences vous avez des pertes financières et des données, des atteintes à l’image et à la réputation des entreprises. Se doter des systèmes de protection contre les cyber-attaques est une des solutions préconisées par les experts des systèmes informatiques et réseaux.
Le directeur général de IPnet, Batana Pawou rappelle que les pirates peuvent passer par la naïveté des utilisateurs pour atteindre leur système. C’est pourquoi il demande aux entreprises de se protéger. « Il faut qu’elles déploient les solutions de protection nécessaires, surtout former les informaticiens. Aujourd’hui, il y a plus de 80.000 sites web qui disposent des programmes pour attaquer les entreprises à l’aveuglette. Les pares-feux, les systèmes de détection d’intrusion, les systèmes de contrôle d’accès il y a plein de solutions informatiques que chaque entreprise en fonction de ses moyens doit pouvoir déployer », a-t-il poursuivi.
Par Tankroukou Daka Ignace






