L’aventure des jeunes et des femmes de la préfecture de l’Akébou à la recherche du mieux-être, constitue aujourd’hui un phénomène social dans le milieu. Il a quitté la cible des jeunes à la recherche d’un fonds de commerce ou des moyens pour se marier ou s’installer pour celui des hommes et des femmes mariés qui y vont, laissant ainsi leurs foyers et leurs enfants à la merci des difficultés et des problèmes de la vie.
Ce départ massif des jeunes vers d’autres pays à la recherche du bonheur, ne date pas d’aujourd’hui, selon les sages de la localité. Ceux-ci reconnaissent qu’auparavant, seuls les jeunes en âge de fonder un foyer, allaient en aventure pour avoir un minimum d’argent avant de revenir pour se marier. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Outre les jeunes, on note également ceux qui, par manque de moyens pour l’apprentissage ou en fin d’apprentissage, s’aventurent pour chercher de quoi signer le contrat ou faire sa libération. Le phénomène s’est généralisé aujourd’hui, presque tout le monde y va : papa, maman, femmes au foyer, apprentis et surtout des filles mineures y vont par suivisme privant ainsi la localité des bras valides pour le développement.
La mésaventure de Constance, une fille de 14 ans
Le 15 décembre 2021, une délégation de l’Union Akébou, une association qui œuvre pour le bien-être des fils et filles et à la recherche des solutions à tout problème qui pourrait entraver l’épanouissement de la population de la préfecture de l’Akébou, est arrivée à la préfecture, avec une jeune fille mineure de 14 ans du nom de Constance pour être transféré à ses parents.
Il ressort des faits racontés par le chef de la délégation de l’association, Akpénè Kodjo que « cette fille élève est allée en avril 2021 après les congés de Pâques au Burkina Faso à la recherche du mieux-être. Arrivée sur les lieux, elle a été admise dans une maison close pour des besoins sexuels ; alors qu’au départ elle y allait pour travailler dans les bars, restaurants ou dans des foyers comme ménagère. Vers la fin du mois de novembre, ne pouvant plus supporter le traumatisme sexuel, elle a décidé de rentrer au bercail ».
Sa patronne n’ayant pas digéré son refus de continuer le travail dans la maison close d’Amaga au Burkina, l’a dépouillé de tous ses biens (habillements et argent) afin qu’elle ne puisse pas rentrer au pays. Ne pouvant plus supporter le traumatisme, elle a fui la maison close pour Ouagadougou où une bienfaitrice par l’intermédiaire des réseaux sociaux a pu prendre contact avec l’Union Akébou pour solliciter leur aide. Le président d’honneur de l’association Union Akébou a indiqué que « A travers ces contacts, nous lui avions envoyé les frais de déplacement et elle est arrivée le 9 décembre 2021 à Lomé, où nous sommes allés l’accueillir. Nous sommes là ce jour à Kougnohou pour une remise officielle de la fille aux autorités de la préfecture pour qu’elles puissent nous aider à retrouver les parents biologiques de la fille Constance ».
Une situation généralisée dans la localité
Le cas de cette petite fille est un cas parmi tant d’autres, a relevé le préfet de l’Akébou Yovo-Kouma. « La majorité des filles de la localité vont en aventure par complaisance, suivisme et par mode. A ces candidates filles, s’ajoutent aussi des chefs de famille, les femmes au foyer, même des élèves abandonnent les classes pour l’aventure ». La période propice pour le retour de cette aventure, soutient le préfet, c’est « A partir de novembre jusqu’en décembre, les aventuriers et aventurières reviennent pour exhiber leurs avoirs et séduire d’autres candidats et candidates pour les mois de février et mars ». Le préfet a expliqué qu’il est dès fois sollicité par des personnes vivant dans des pays limitrophes, soit pour ramener une personne gravement malade, soit pour retrouver la famille d’une ou d’un aventurier décédé. Ce qui est préoccupant en ce moment pour les autorités locales, c’est la vague des filles mineures qui y vont pour renflouer les maisons closes au Mali, Niger et au Burkina entre autres.
Certains jeunes à la recherche des fonds de commerce ou de signature de contrat, préfèrent partir en aventure contre vents et marées pour mobiliser leur capital. Yawo, un jeune de 25 ans est un habitué de l’aventure à destination du Ghana. Il explique que « La 1ere année j’ai gagné 50.000 F CFA en 8 mois d’activités champêtres. La 2eme année, en 4 mois, j’ai totalise 300.000 F CFA et cette même année j’ai gagné 600.000 F CFA à la fin de mon séjour, ce qui m’a permis de payer comme commission 45.000 F CFA à celui qui m’a amené dans la localité. La vie en aventures n’est pas du tout aisé. Dès fois après le travail, comment récupérer son argent devient un calvaire et parfois nous sommes obligés de partir sans pouvoir encaisser l’argent de notre sueur ».
Augustin 26 ans, actuellement mécanicien d’engins à deux roues, marié et père d’un enfant, avait pris la décision de s’aventurer vers le Ghana pour apprendre un métier. Ceci, après les difficultés de subsistance rencontrées au lycée lorsqu’il était en classe de 1ere. C’est également le cas du jeune Komivi qui après son apprentissage est allé en aventure avant de revenir s’installer pour vendre de l’huile à moteur en plus de ses services de mécanicien d’engin à deux roues.
D’autres encore, après avoir travaillé, achètent des motos pour venir être conducteur de taxi-motos dans la localité ou carrément les revendent pour repartir quelques temps après.
Le phénomène affecte même les écoles de la préfecture
Le proviseur du lycée de Djon Bockey Komlan, explique que courant l’année académique 2020-2021, son établissement a enregistré 65 abandons. Après des investigations il est ressorti qu’ils sont tous allés en aventure. La conséquence pour nous chefs d’établissements est lourde, non seulement nous enregistrons des déficits budgétaires mais également les inspecteurs nous réclament le versement de la totalité des frais scolaires de ces abandons. Nous avons d’énormes difficultés à faire fonctionner comme il se doit nos établissements et à payer nos enseignants volontaires. Présentement, j’ai 4 mois d’arriérés de rémunération des volontaires impayés et le bon déroulement des cours dans le lycée est également affecté. Il a pour finir, affirmé qu’« il nous arrive de faire des prêts pour rembourser ces déficits budgétaires dans nos établissements ».
Les conséquences de cette aventure dans la localité
Les conséquences sont multiples, elles vont de la dislocation du tissu familial, social à la dépravation des mœurs. Pour le préfet Yovo, « l’exode des bras valides fait appauvrir la préfecture, et augmente la délinquance, la recrudescence des meurtres et surtout de l’incivisme. Il y a de cela un mois dans le village de Tikémou, à 22 km à l’est de Kougnohou, un homme d’une quarantaine d’année a assassiné sa femme dès son retour, après 5 années d’aventure, avant de se pendre dans sa chambre, laissant 5 enfants, issues de leur union ». Il ressort des investigations de la police que cet homme a voulu récupérer sans succès sa femme qui avait déjà un autre homme dans sa vie, au moment de son aventure.
Le préfet Yovo explique que le phénomène de l’aventure fait augmenter drastiquement le taux de divorce et d’adultère dans la préfecture. Lorsque ces aventuriers reviennent, non seulement ils ramènent des maladies sexuellement transmissibles, mais également, ils ont des comportements qui laissent à désirer. L’apport de l’association Union Akébou arrive à point nommé pour juguler ce fléau qui ne fait que compliquer les efforts du gouvernement pour l’épanouissement et le bien-être des populations locales.
Prince Makassa






