
Par Abel OZIH
La consommation d’alcool pendant la grossesse peut compromettre le développement du fœtus et entraîner des conséquences durables chez l’enfant. Lors d’une entrevue accordée au correspondant de l’ATOP, les docteurs Etiam Koffi Sowu, gynécologue-obstétricien et directeur de l’hôpital Bethesda d’Agou-Nyogbo (Kpalimé), et Patrick Bagny, médecin pédiatre à la clinique « Les p’tits anges » à Lomé, préviennent que même une consommation occasionnelle ou en faible quantité n’est pas sans risque.
Certaines femmes enceintes continuent toutefois de consommer de l’alcool, par manque d’information, par envie ou sous l’influence de leur entourage. Le directeur de l’hôpital Bethesda d’Agou-Nyogbo, Dr Etiam Koffi Sowu, explique que l’alcool consommé par la mère traverse le placenta et atteint directement le fœtus. « L’alcool traverse le placenta et a un effet tératogène et neurotoxique sur les structures cérébrales fœtales. Une consommation même ponctuelle ou modérée d’alcool pendant la grossesse n’est pas anodine et peut entraîner des risques importants pour l’enfant à naître, dont le syndrome d’alcoolisation fœtale est la forme la plus grave », précise-t-il.
Un risque qui varie selon le stade de la grossesse

Le médecin pédiatre souligne que les conséquences dépendent notamment de la période de la grossesse au cours de laquelle l’alcool est consommé. Le cerveau et les organes en formation sont particulièrement vulnérables au cours de cette période. « L’alcool peut agir sur les cellules cérébrales qui sont en train de se former, mais aussi perturber le développement des différents organes du fœtus. Lorsque la consommation intervient au premier trimestre, période où les organes commencent à se mettre en place, elle peut provoquer des malformations, notamment au niveau du cœur et d’autres organes. Au deuxième et au troisième trimestre, l’exposition peut affecter la croissance et le développement du cerveau et entraîner des retards chez l’enfant », explique Dr Patrick Bagny.
Pour Dr Sowu, ces atteintes peuvent prendre plusieurs formes. Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) peut notamment se manifester par un retard de croissance intra-utérin, des anomalies cranio-faciales, des malformations congénitales, notamment cardiaques, squelettiques et urogénitales, ainsi que des troubles neurologiques et comportementaux, indique le gynécologue-obstétricien.
Des séquelles qui peuvent se manifester après la naissance
D’après Dr Bagny, les conséquences de l’exposition prénatale à l’alcool peuvent également être visibles après la naissance, notamment à travers certaines particularités physiques et des difficultés dans le développement de l’enfant. « Certains enfants peuvent présenter des caractéristiques particulières du visage, notamment un visage allongé, des fentes palpébrales plus petites, un philtrum long et lisse, ainsi qu’une lèvre supérieure mince. Ces signes peuvent être associés à des troubles du développement et du comportement », relève-t-il.

Au-delà des manifestations physiques, les difficultés peuvent se manifester au cours de la croissance et de la scolarité. « Ces enfants peuvent présenter des troubles de l’attention, de la mémoire et de la concentration, ainsi que des difficultés d’apprentissage, notamment dans les calculs. Ils peuvent connaître des retards scolaires et des difficultés d’insertion sociale », ajoute le pédiatre.
Le gynécologue alerte que les conséquences de l’alcoolisation fœtale peuvent être irréversibles. Lorsque des troubles sont constatés, leur prise en charge nécessite un accompagnement adapté aux besoins de l’enfant et peut faire intervenir plusieurs spécialistes, notamment des psychologues et des orthophonistes, souligne Dr Sowu.
La prévention comme principale protection
Face à ces risques, le message à adresser aux femmes enceintes doit être simple et sans ambiguïté : zéro alcool, martèle Dr Bagny. « Pendant la grossesse, c’est zéro alcool. Il ne faut pas penser que la bière, le vin ou les boissons alcoolisées locales sont sans danger. Tous ces produits contiennent de l’alcool et peuvent exposer le fœtus. Même lorsqu’une femme ressent une envie particulière, il ne faut pas considérer que c’est le bébé qui réclame de l’alcool. La meilleure précaution reste donc l’abstinence totale pendant toute la grossesse », insiste-t-il.
Pour les deux spécialistes, l’abstinence totale constitue ainsi la meilleure protection contre les effets de l’alcool sur le fœtus. Ils invitent également l’entourage des femmes enceintes à les accompagner dans cette démarche afin de favoriser le développement harmonieux de l’enfant à naître.






