
Par Ozih Abel
Symbole de bien-être et de soin personnel, le salon de coiffure peut, paradoxalement, devenir un lieu de contamination. Derrière les ciseaux, tondeuses, peignes, brosses et serviettes utilisés au quotidien se cache un danger souvent sous-estimé : la quasi-absence de désinfection des outils. Cette négligence, banalisée dans nombre d’établissements, ouvre la voie à la propagation de maladies infectieuses parfois graves.
Un danger sous-estimé dans les salons de coiffure
Un salon de coiffure devrait être un espace de bien-être et d’hygiène. Mais dans la réalité, le manque de désinfection entre deux clients reste courant. Qui n’a jamais ressenti une pointe d’inquiétude en voyant un coiffeur réutiliser un peigne ou une tondeuse sans les nettoyer ? Cette pratique, fréquente dans bien des établissements, expose clients et professionnels à des risques sanitaires non négligeables.

Dans un salon de tresse à Adidogomé-Sagbado, dame Emefa, tresseuse, reconnaît réutiliser le même peigne d’une cliente à l’autre. « On a beaucoup de clients, on ne peut pas nettoyer les outils à chaque fois », confie-t-elle, le sourire aux lèvres.
Une cliente, Kafui, enseignante, regrette cette banalisation : « Certains ne nettoient même pas leurs espaces de travail après chaque coiffure. On utilise les mêmes instruments pour toutes les clientes. Cela nous rend vulnérables à des maladies ». Tony, jeune coiffeur à Adidogomé, avoue également : « Je coiffais parfois plus de cinq têtes par jour, et je ne désinfectais pas toujours la tondeuse ».
Ces témoignages traduisent une inquiétude croissante : le matériel mal nettoyé devient un véritable vecteur de germes, de champignons et de virus.
Au regard de ces témoignages, Dr Jean-Claude Bakpatina, médecin généraliste à la clinique Floreal de Lomé, prévient : « Les outils de coiffure mal entretenus peuvent transmettre des bactéries, des champignons ou des virus, surtout s’ils entrent en contact avec la peau ou le sang ».
Des maladies parfois graves
Pr Saka Bayaki, dermatologue-vénérologue au CHU Sylvanus Olympio, tire la sonnette d’alarme : « Le principal risque est infectieux. On peut contracter des folliculites à staphylocoques ou streptocoques, des mycoses du cuir chevelu (teigne), de la gale, ou encore des infections virales comme le VIH ou le papillomavirus (HPV) ». Il ajoute que certaines maladies bactériennes très contagieuses, comme l’impétigo, peuvent se transmettre via des peignes ou capes de coupe mal lavées. Des brosses contaminées peuvent aussi provoquer des mycoses cutanées derrière les oreilles ou sur la nuque.
Mlle Reine, étudiante à l’Université de Lomé, en a fait les frais : « Après une coupe et un brushing, j’ai développé des éruptions douloureuses à la nuque. Le médecin a confirmé une infection due à un outil non stérilisé. J’ai dû suivre un traitement antibiotique ».
Outre les risques sanitaires, des outils mal entretenus affectent aussi la qualité du service. « Une tondeuse mal nettoyée ou émoussée peut irriter la peau ou abîmer les cheveux. Cela dégrade l’image du salon », observe Roméo, maître-coiffeur à Sagbado.
De la désinfection à la vigilance
Selon une étude publiée en avril 2019 dans le Pan African Medical Journal, la majorité des salons de coiffure à Lomé n’utilisent que des désinfectants basiques (alcool, ébullition), souvent de manière irrégulière. Pour Pr Saka Bayaki : « Certains coiffeurs ignorent les bonnes pratiques d’entretien ou veulent économiser sur le coût des désinfectants professionnels. Le rythme soutenu et l’absence de contrôles sanitaires favorisent aussi le relâchement ».
Pour limiter les risques, les clients doivent rester vigilants. Pr Saka conseille : « Avant de s’installer, il faut s’assurer que le matériel a bien été nettoyé ». Le sieur Fo-Kokou, mécanicien, affirme : « Je demande toujours au coiffeur de nettoyer la tondeuse avant de me coiffer. On n’est jamais trop prudent ».
D’autres, comme Papa Godwin, retraité, misent sur la fidélité : « J’ai choisi un coiffeur qui désinfecte systématiquement ses outils. C’est une question de confiance et de santé ».
Une hygiène rigoureuse, gage de professionnalisme
Pour les professionnels du secteur, la propreté est une valeur essentielle. « L’hygiène, c’est notre image. Nous devons désinfecter chaque outil et laver nos mains régulièrement. Un salon propre inspire confiance et fidélise la clientèle », explique Roméo, maître-coiffeur.
Mme Osseyi Abra, gérante d’un salon à Wonyomé, partage la même conviction : « Les bacs à shampoing, serviettes, miroirs et sols doivent être nettoyés après chaque client. Les aiguilles et lames doivent être désinfectées ou vendues neuves aux clientes ».
Mme Clotilde, patronne du salon « Grâce Divine » à Baguida, ajoute : « Des formations régulières sur l’hygiène devraient être obligatoires pour toutes les coiffeuses ».
De nombreux clients plaident pour une supervision sanitaire plus stricte. « Les autorités devraient instaurer des contrôles réguliers dans les salons de coiffure pour s’assurer du respect des normes d’hygiène », propose Papa Godwin.
Un entretien négligé peut nuire à la santé du client comme à la réputation du salon. Le changement passera par la formation, la sensibilisation et un engagement collectif à mieux faire.






