La région des Savanes est connue comme la plus pauvre du Togo. A ce titre, elle est confrontée à plusieurs défis dont le chômage massif des jeunes et femmes. Cette situation de vulnérabilité et bien d’autres facteurs constituent un terreau fertile pour l’insécurité et l’extrémisme. Les différentes attaques djihadistes dans la région occasionnant des pertes en vies humaines et des biens matériels en disent long. Le gouvernement ne ménage aucun effort pour relever ces défis et assurer un mieux-être aux populations à travers la mise en place des programmes et projets de développement dans la région. Il bénéficie dans cette lutte de l’appui des Organisations de la société civile (OSC) et autres acteurs dans le renforcement de capacités des jeunes et femmes dans les domaines de l’employabilité et de l’entreprenariat afin de lutter contre la pauvreté et assurer la paix, le vivre ensemble, la cohésion sociale dans cette partie du Togo.
C’est dans cette perspective que Plan International Togo en consortium avec Aide et Action, WiLDAF-Togo et CACIT mettent en œuvre le projet « Savanes Motaog » (jeunes et femmes pour la cohésion sociale dans la région des Savanes). Et dans le cadre de sa mise en œuvre, une étude sur les métiers porteurs dans la région des Savanes a été menée en vue d’orienter les jeunes et les femmes pour leur insertion socioprofessionnelle et leur plein épanouissement.
Pour mieux cerner ce sujet, l’Agence Togolaise de Presse (ATOP), est allée à la rencontre de Mme Afiwa Amelessodji, directrice du projet à Plan International Togo.
ATOP : Bonjour Mme Afiwa Amelessodji. Qu’entend-on par métiers porteurs ?
Mme Afiwa Amelessodji : En effet, quand on parle de métiers porteurs on pense tout suite à toute activité qui a un fort potentiel de recrutement et on voit déjà les activités qui drainent assez de monde, notamment les jeunes et les femmes. Les métiers porteurs font partie des métiers qui sont recherchés par les entreprises et/ou qui ont vocation à se développer dans les années à venir.
ATOP : Quel lien faites-vous entre les métiers porteurs de la région et le projet « Savanes motaog » ?
Mme Amelessodji : Le projet « Savanes Motaog » est un projet structurant qui tient compte des aspects de l’autonomisation des jeunes et femmes, mais aussi d’autres volets d’accompagnement. Parce qu’il parle de cohésion sociale et pour préserver cette cohésion sociale, il faut couper le mal à la racine ; d’où les volets emploi et autonomisation des jeunes et des femmes, le renforcement des capacités des comités locaux de lutte contre l’extrémisme violent, des OSC qui interviennent dans ces domaines et des services déconcentrés de l’Etat. Il faut retenir que dans le cadre de ce projet, une étude a été menée au niveau de la région des Savanes sur l’analyse de l’environnement même en vue de ressortir ce qu’on entend par métiers porteurs. Mais, il faut faire la nuance entre métiers porteurs et métiers innovants.
ATOP : Pouvez-vous nous parler des métiers porteurs recensés ?
Mme Amelessodji : je pus vous dire que le projet « Savanes Motoag » nous a permis de recenser quelques-uns des métiers porteurs dans la région, entre autres, l’élevage des volailles (poulets et pintades locales), le maraîchage, parce que la région est à 90% agricole et le commerce. Il y a aussi des activités d’étuvage de riz, l’élevage de petits ruminants et de bovins ainsi que l’artisanat. On trouve également la plomberie sanitaire pas très développée mais pas négligeable. La maçonnerie, la mécanique auto à laquelle bon nombre de filles et de garçons s’intéressent. Il existe également les activités de transformation agroalimentaire sans oublier la restauration et la cuisine.
Mais au-delà des métiers porteurs que je viens d’énumérer, on peut citer d’autres métiers dits innovants tels que la menuiserie aluminium qui tend à remplacer celle du bois, les techniques de forage et d’irrigation. En outre, la fabrication de blocs de maçonnerie, l’informatique sans négliger les énergies renouvelables qui se développent de plus en plus dans la région sont à prendre au sérieux.
Je pense que c’est dans ces différents métiers qu’il faut orienter les jeunes et les femmes afin qu’ils puissent s’insérer dans la vie socioprofessionnelle. Et c’est l’une des missions du projet « Savanes Motaog » qui a réservé un volet d’identification des jeunes et femmes vulnérables qui ont la volonté d’entreprendre, mais manquent de ressources ou d’orientation pour le faire. Certains jeunes et femmes déjà identifiés dans la région bénéficient déjà de renforcement de capacités en entrepreneuriat et de notre accompagnement pour se lancer dans les métiers de leur choix. D’autres sont en cours d’identification dans les 69 cantons que comptent les sept préfectures de la région des Savanes afin de bénéficier eux aussi de la même formation et accompagnement.
ATOP : Quel intérêt les jeunes ont à s’informer sur ces métiers porteurs ?
Mme Amelessodji : Quand vous avez l’information, surtout la bonne information, vous avez le pouvoir. En effet, l’Etat a mis beaucoup de mécanismes en place pour accompagner les jeunes, notamment des incubateurs sur toute l’étendue du territoire. A Dapaong, nous avons l’incubateur Banm Lab qui accompagne les jeunes en termes d’emploi et d’entreprenariat. On peut aussi citer l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE), le Fonds National de la Finance Inclusive (FNFI) qui finance les femmes, l’Agence Nationale de Volontariat au Togo (ANVT) et d’autres. Ces programmes sont parfois inconnus ou incompris de nos populations et les jeunes en particulier parce qu’ils ne sont pas informés. Et, pour nous c’est très important que les jeunes et les femmes soient orientés vers la bonne information. C’est pourquoi dans le cadre de ce projet nous avons jugé très important que les médias puissent faire une large diffusion sur les métiers porteurs afin de permettre aux jeunes de s’auto employer.
J’ai eu la chance d’échanger avec une femme membre d’un Groupe d’épargne (GE) que nous accompagnons qui sortait d’une formation en développement d’affaires. Elle me dit ceci « avant quand je faisais mon commerce, je ne savais pas que je devais considérer toutes les dépenses pour qu’après ventes je puisse mettre la différence entre les dépenses et le bénéfice ». C’est juste vous dire qu’il est indispensable pour les jeunes avant de se lancer dans une activité de connaitre les opportunités et les risques liés à ce marché. Et, c’est justement pour résoudre ce problème que Plan International a commandité cette étude sur les métiers porteurs dans le but d’orienter et accompagner les jeunes et femmes primo entrepreneurs.
ATOP : Selon vous, en quoi le chômage peut-être une menace pour la cohésion sociale et la paix ?
Mme Afiwa Amelessodji : Au Togo, le taux de chômage a baissé de 6,5% en 2011 à 3,4% en 2015, soit une réduction de moitié (3.1 points de pourcentage). Par contre le taux de sous-emplois a augmenté de 2.1 points; il est passé de 22, 8% en 2011 à 24,9% en 2015 selon les données de l’enquête sur le Questionnaire Unifié des Indicateurs de Base du Bien-être (QUIBB) de 2015, menée par l’Institut National de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED). Les jeunes se lancent dans des activités, mais n’arrivent pas à résister dans la durée lorsqu’ils ne sont pas accompagnés techniquement et financièrement. Et, comme on le dit « un ventre affamé n’a point d’oreille », un jeune qui n’a rien à faire, qui ne peut subvenir à ses besoins devient aigri et peut être facilement enroulé par les groupes extrémistes. C’est pourquoi le projet « Savanes Motaog » met plus l’accent sur le renforcement de capacités en matière de l’entreprenariat.
Il faut noter que l’autonomisation économique des jeunes et des femmes n’est pas le seul moyen pour lutter efficacement contre l’extrémisme violent. Il y a d’autres moyens complémentaires comme l’éducation. Pour nous, même si l’emploi contribue au maintien de la cohésion sociale dans les communautés, il faut cultiver la paix qui est gage de tout développement.
ATOP : Quel message d’exhortation avez-vous à l’endroit des jeunes et femmes par rapport aux métiers porteurs en lien avec la cohésion sociale ?
Mme Amelessodji : Mon message est un cri d’alarme parce que nous sommes dans un contexte de plus en plus complexe et compliqué avec la vie chère, l’extrémisme violent et des attaques djihadistes récurrentes dans la région des Savanes. Nous présentons nos condoléances les plus émues aux familles endeuillées lors des différentes attaques qu’a connues notre pays et souhaitons prompt rétablissement aux blessés en soin actuellement dans les formations sanitaires spécialisées. Aux jeunes et aux femmes, nous leur demandons de saisir toutes les opportunités qui s’offrent à eux afin de sortir de leur situation de précarité et de vulnérabilité. Les difficultés ne manqueront pas, mais notre capacité à les surmonter fera la différence. La région des Savanes a d’énormes potentialités au-delà de tout. Ceci dit, nous exhortons les jeunes et les femmes de les saisir sans attendre pour se défaire du chômage et de la pauvreté pour un développement harmonieux de notre pays. Merci à vous, chers journalistes de l’ATOP pour l’intérêt que vous accordez à ce sujet.
Propos recueillis par Bodjona Gabriel et Sama Gnandi






