
Par TANKROUKOU Daka Ignace
L’une des résolutions de la 62e assemblées annuelles de l’Organisation interafricaine du café (OIAC), tenue du 14 au 18 novembre 2022 à Lomé au Togo, est d’« Encourager et/ou sensibiliser sur la transformation et la consommation locale du café en Afrique » (dans les établissements d’enseignement, les administrations publiques et privées, les communautés locales). C’est dans cette optique que l’organisation a décidé depuis quelques années de soutenir toute initiative allant dans ce sens.

Le Sénégalais Aballah Diop, initiateur-fondateur de la startup E-Coffee, concepteur du premier sac à dos distributeur de boisson chaude et froide dans son pays, fait partie des jeunes entrepreneurs africains que l’OIAC soutient. « J’étais livreur dans une maison de torréfaction et un jour j’ai goûté ce café, ça m’a vraiment fait plaisir et depuis lors, j’ai eu un amour pour le café et c’est en 2018 que j’ai eu l’idée de lancer ce concept à l’université Cheik Anta Diop de Dakar avec une petite table. Aujourd’hui grâce à cette passion, j’ai développé un sac qui me permet de vendre le café de manière ambulante », a-t-il confié lors de son passage à la 62e réunion de l’OIAC.
« Le métier me nourrit. Récemment j’étais au Togo dans le cadre de la formation de l’Agence des cafés robustas d’Afrique et de Madagascar (ACRAM). On s’est pris en charge, c’est-à-dire le billet d’avion aller-retour et l’hébergement. Aujourd’hui encore je suis à l’Assemblée générale de l’OIAC c’est grâce au café qu’on se déplace c’est donc un métier qui nourrit l’entrepreneur », a indiqué M. Aballah. Il souligne que pour avoir accès au café de qualité, il est important de formaliser le secteur et ceci demande l’accompagnement des décideurs dans la stratégie de la promotion et la consommation du café.
« Nous voudrions aujourd’hui développer des ambassadeurs pour nous représenter en Afrique. Depuis cinq ans, nous nous illustrons dans ce secteur. Notre objectif aujourd’hui est de créer des milliers voire des millions de personnes qui vont suivre nos pas pour pouvoir emprunter les sacs à dos ou avoir d’autres concepts. Que ce soit un kiosque ou un bar à café, l’objectif principal c’est de créer d’autres Aballah dans le secteur du café », a-t-il dit.
Le fondateur de la startup E-Coffee rappelle que « le sac à dos, on l’a lancé sur le marché sénégalais le 4 avril 2022. C’est le fruit d’un travail de 4 ans. Avec ce sac à dos, on emploie une quinzaine de personnes à Dakar. On est présent dans les évènementiels où on fait de la vente ambulante ». « J’ai toujours voulu faire la promotion du café quand j’étais libre (sans métier). Il fallait mettre sur le marché africain un nouveau concept, mode de vente qui va révolutionner le système et au-delà, participer à la création d’emplois c’est là qu’on a eu l’idée de dire que peut-être un sac à dos mobile pourrait faire la promotion de l’emploi et la promotion de la consommation du café africain », a-t-il poursuivi.
M.Aballah souligne que le Sénégal n’est pas un pays producteur de café mais en termes de consommation on compte des millions de personnes qui sont adeptes du café. Il affirme que « le café nous a été ramené du Gabon lors du retour en exil de Cheik Amadou Bamba qui est aujourd’hui un guide religieux. Il est à la tête d’une communauté de 5 millions de personnes qui sont un peu partout au Sénégal et dans la diaspora. Ce qui fait que le nombre de consommateur se multiplie d’année en année ». Cependant, il n’est pas facile de trouver le café au Sénégal parce que le pays ne fait pas partie de ces organisations internationales. L’objectif de la Startup que je dirige c’est de faire intégrer le Sénégal dans ces organisations internationales comme par exemple OIAC ou l ’ACRAM pour qu’on puisse signer des accords qui seront des outils nous permettant d’avoir des cafés de qualité du Gabon, de la Côte d’Ivoire ou du Togo. On emploie une quinzaine de personnes qui font de la vente ambulante. On a des freelances, quand on a besoin d’eux, ils viennent nous assister. En gros, on a créé une quinzaine d’emplois directs et 8 indirects.
Une initiative à encourager
M.Tsifotu Sena, barista (spécialiste du café) togolais estime que « le café sac-à dos », est une initiative à encourager. « Vous avez ce sac, vous avez tous les éléments avec vous et cela vous permet d’avoir une grande quantité. Nous n’avons pas encore rencontré des jeunes togolais qui ont commencé la distribution de café à travers ce système. Ceux que nous avons rencontrés à Kara au Nord-Togo, ritualisaient les thermos, mais ce sac à dos permet de servir un grand nombre de consommateurs », a-t-il fait observé.
« Le problème réel du café, c’est qu’aujourd’hui, un grand nombre de la population ne consomme pas le produit, ils n’ont pas adopté le café dans leur mode d’alimentation, donc nous croyons que le café sac-à-dos cadre avec la promotion de la consommation locale. La stratégie idéale est d’amener la population à adopter le café dans son habitude de consommation », a poursuivi M.Tsifotu.
M.Bah Mamadou Bhoye, l’unique Guinéen qui a participé, le jeudi 17 novembre, au premier championnat africain des jeunes baristas a dit son admiration pour les efforts que fait le continent pour la promotion de la consommation locale du café. Pour lui ce championnat a été une belle opportunité pour les jeunes baristas africains de prouver à quoi ils sont capables. Il a rappelé qu’il avait déjà participé à une formation sur la barista ici à Lomé. S’agissant du café vendu à partir d’un sac à dos, le Guinéen estime que si l’idée n’est pas nouvelle, mais elle fait son entrée au Sénégal, un grand pays consommateur de café, grâce à Aballah Diop. Il précise que le dispositif entièrement assemblé au niveau local s’impose déjà sur le marché de la vente de boissons chaudes dans le pays et partant en Afrique. M. Bah sollicite le soutien de son pays et de bonnes volontés afin qu’il étende son projet à d’autres pays africains pour la promotion de la consommation locale et de l’emploi.
Dr Coulibaly Bema, directeur des Affaires économiques de l’OIAC justifie le soutien de son organisme au café sac-à-dos : « nous avons travaillé à promouvoir l’initiative de la distribution du café dans le sac-à-dos parce que c’est une initiative innovante. Elle permet de toucher des cibles beaucoup plus importantes au-delà des tricycles ou des chariots que des gens utilisent traditionnellement. La personne qui distribue du café avec un sac-à-dos peut aller partout ; quitter la rue, entrer dans les bâtiments, marchés ; aller à des endroits ou une charrette ne peut pas arriver et toucher facilement les cibles qui n’ont pas l’habitude d’être touchées et bien facile pour ceux qui en font le commerce ». Il dit qu’au-delà de cela, c’est une opportunité parce que n’importe qui peut faire ce business. Dr Coulibaly a souligné que cette initiative cadre avec les objectifs stratégiques de l’OIAC à moyen terme : « boire le café africain, construire l’Afrique ».
Intégrer les pays consommateurs d’Afrique à l’OIAC
Le directeur des Affaires économiques rebondit sur la nécessité d’intégrer les pays consommateurs à l’OIAC. Le Sénégal n’est pas un pays producteur du café mais le café sac-à-dos, est une initiative qui permet de créer de l’emploi sans attendre la fin des études pour écrire une lettre d’emploi. « C’est une bonne initiative. Ce jeune homme a contacté le secrétariat général de l’OAIC qui a pris l’initiative de l’inviter à plusieurs évènements. Il a même bénéficié des formations en torréfaction de café à travers l’appui de la coordination de l’OIAC. Ce jeune est à encourager comme un modèle dans les Etats-membres de l’OIAC, bien sûr qu’il est Sénégalais, il ne faut pas oublier que l’OIAC a renouvelé ces accords récemment en 2020, il reste à le ratifier pour intégrer les pays consommateurs de l’Afrique, notamment le Sénégal », a révélé Dr Coulibaly. « Aujourd’hui l’une des stratégies sur lesquelles mises l’OIAC c’est la consommation locale. Nous savons que tous les gouvernements ont pris des initiatives pour consommer local. Le jeune qui a initié le sac-à-dos transforme le café sur place et le fait déguster par la population, notamment les jeunes. Dix mille étudiants à l’université Cheik Anta Diop multiplie par 100F (la tasse) chaque jour c’est une grosse recette voilà des initiatives qu’il faut encourager », a conclu le directeur des Affaires économiques.






