
Par SAMBANNE Kanlafaïe
Le soja, une légumineuse originaire de chine, est introduite dans les années 80 au Togo où il est aujourd’hui adopté par des producteurs et des agriculteurs. Il est riche en protéine et ne contient pas de cholestérol. Le soja est consommé sous forme de farine, d’huile ou encore de lait. Avec ses atouts nutritionnels, le soja est très demandé sur le plan national et international. Au Togo, sa culture prend de l’ampleur depuis quelques années. Dans la préfecture de Blitta, 80% de la population produisent du soja. A la dernière campagne agricole (2021-2022), le rendement de la préfecture est 9170,698 tonnes sur une superficie de 7974,52 ha d’après la direction préfectorale de l’agriculture. Mais que faut-il pour un bon rendement et une bonne conservation ?
Des techniques culturales rigoureuses

La culture du soja est très exigeante et comporte plusieurs phases. Du choix et de la préparation du sol à l’entretien en passant par le choix des semences, le semis et le démariage, ces différentes étapes requièrent beaucoup d’attention. La culture du soja se fait en saison pluvieuse selon le directeur préfectoral de l’Agriculture (DPA), Tozim Batoubiè, ingénieur agronome. Le technicien estime que le choix du terrain conditionne le résultat. Il est recommandé un terrain plat, un sol léger, bien drainé ou encore un sol riche en matière organique bien réchauffé (entre 8 et 10°c).
Un autre facteur de réussite de la culture de soja est le choix des semences qui doivent être certifiées ou de bonne qualité et traitées avec les fongicide-insecticide qui luttent efficacement contre les ennemis des plantules vivant dans le sol. La semence est capitale pour un bon rendement. L’ingénieur agronome conseille l’utilisation des variétés TGX (gros grains) et rappelle les variétés disponibles dans la préfecture de Blitta, notamment TGX1910-14F, TGX1448-2E, TGX1485-1D, TGX2008-2F.
Le semis se fait suivant des techniques à respecter. Il faut 2 à 5 graines par poquet à une profondeur de semis située entre 3 et 5 cm après une pluie. « L’écartement de semis est de 10 à 20 cm entre deux poquets et 50 à 60 cm entre les lignes pour un labour à plat. Pour les billons, il faut 10 cm entre les plants et 70 à 80 cm entre les billons », confie M. Tozim. Il ajoute : « On utilise 40 kg de semences par hectare selon le poids des graines, soit 250 milles à 400 milles plants par ha ». La durée du cycle du soja varie entre le 15 juin au 15 juillet. Une autre phase importante de la culture de soja est le démariage des plants qui est effectué entre le 10ème et le 15ème jour après la levée selon M. Tozim. Ici, le producteur supprime les plants les moins vigoureux, malades ou rabougris et laisser deux plants par poquet.
Le champ à lui tout seul ne peut pas donner de meilleurs rendements sans entretien. Le producteur qui s’attend à une bonne récolte doit labourer au moins trois fois son champ avant la récolte. Le directeur préfectoral de l’Agriculture souligne qu’un premier sarclage est fait deux semaines après le semis ; un second a lieu trois semaines après le premier sarclage c’est-à-dire quand les plantes s’apprêtent à fleurir et un dernier sarclo-buttage 60 jours après le semis soit juste après la floraison. Le producteur peut aussi utiliser l’herbicide cotodon pour entretenir la parcelle. Dans ce cas, il doit respecter les règles en mélangeant 2 litres d’herbicide avec 40 litres d’eau pour un hectare, à appliquer au plus tard 24 heures après le semis. L’utilisation de l’engrais n’est pas obligatoire. Ces techniques appliquées et une bonne pluviométrie prédispose le producteur à une bonne récolte.
La récolte et la conservation

La récolte est le fruit des efforts de l’agriculteur ou du producteur. Sur un hectare de culture, on peut produire entre 1,2 à 2 tonnes. Le soja mûr se reconnaît lorsqu’au moins 80% des feuilles jaunissent et commencent à tomber et que les gousses prennent une couleur marronne. C’est à ce moment que l’agriculteur coupe la plante entière au ras du sol tout en prenant soin de maintenir les racines dans le sol pour bénéficier de l’azote fixé. Sur cet aspect, le DP agriculture conseille de couper les pieds entre 7 et 10 heures le matin et 17 et 19 heures le soir pour éviter l’éclatement des gousses. Après la récolte, les rameaux et les tiges coupés sont séchés pendant 2 à 3 jours sur une surface dure ou sur une bâche pour parfaire le dessèchement des graines avant de taper (décortiquer).
Les graines de soja récoltées sont stockées et conservées dans des sacs de jute et disposés sur des palettes en bois dans un magasin propre, sec, et aéré ou dans des greniers ou encore dans des jarres de façon traditionnelle, à l’abri de l’humidité et de la chaleur pour assurer la qualité du produit.
Après l’effort, le réconfort
La culture du soja fait le bonheur des producteurs. M. Hayibo Kodjo, producteur du soja à Pagala-gare affirme que la culture est très rentable : « la saison surpassée, j’avais produit sur 4 ha et j’ai gagné presque 4 tonnes de soja qui m’ont rapportées plus d’un million FCFA. Cet argent m’a permis d’acquérir une parcelle de terrain (7 ha) pour agrandir mon champ. La saison dernière, j’ai cultivé sur les 7 ha et j’ai obtenu 6 tonnes de soja parce que la saison n’avait pas été bonne. C’est avec cet argent que je subviens aux besoins de ma famille et j’assure la scolarité de mes enfants. Cette année, j’ai commencé la construction d’un bâtiment en dur parce que je vivais dans la maison familiale ».
Mme Pyalo, une productrice à Blitta-gare abonde dans le même sens : « Malgré que je n’aie pas assez de moyens pour agrandir mon champ, ces trois dernières années, j’ai pu gagner par campagne en moyenne 10 sacs. C’est cette culture qui me permet de supporter mes enfants depuis que leur père nous a abandonné. La culture du soja nourrit son homme mais pas sans difficultés ».
Des défis à relever
Les producteurs sont confrontés à d’énormes difficultés dont le manque d’ouvriers. « Nous ne trouvons pas les ouvriers pour nous faire les billons, semer et sarcler. Même pour récolter, nous manquons de la main d’œuvre. Ce qui donne des pertes car lorsque les gousses se sèchent ça s’éclatent et nous perdons les graines », a déclaré M. Hayibo Kodjo. Les travaux champêtres se font manuellement, ce qui rend difficile et rude le travail. Les producteurs plaident pour la mécanisation pour leur permettre d’agrandir les champs et ainsi améliorer les rendements. Outre cette difficulté, il y a la destruction des champs par les animaux en divagation ou en transhumance. Les bergers laissent volontairement leurs troupeaux rentrer dans les champs. Un autre problème relevé est les anomalies climatiques (irrégularité des pluies) qui impactent le rendement du soja.
Le soja, aliment à forte valeur protéinique
Le soja comporte beaucoup d’avantages et de bienfaits nutritionnels. Il est très riche en protéines végétales de bonne valeur biologique et contient des acides aminés essentiels. La sage-femme d’Etat, point focal nutrition du District sanitaire de Blitta, Gnognodji Ama souligne les bienfaits de cette légumineuse. « Le soja est une bonne source de protéines végétales, de lipides insaturés, de vitamines et de minéraux. Il est riche en phytooestrogènes et favorise la santé cardiovasculaire. Les protéines du soja contiennent les acides aminés essentiels dans une proportion correcte ». Elle précise que les aliments contenant du soja présentent plusieurs avantages pour la santé notamment une réduction du risque d’ostéoporose, une protection contre les maladies coronariennes et moins de bouffées de chaleur chez les femmes ménopausée. Le soja ne fait que du bien, sa consommation excessive comporte aussi des risques.
La commercialisation du soja se fait sur les plans national et international (exporté). Il constitue également des provendes pour l’alimentation animale. « Face à ces nombreux atouts, on peut affirmer sans se tromper que la culture du soja a de beaux jours devant elle », conclut M. Tozim.






