
Par BOLOUVI Sègno Messanvi
Dans certains milieux agricoles du pays, les feux de végétation constituent un moyen d’aménagement utilisé dans les pratiques agricoles depuis des temps immémoriaux. La pratique de ces feux par moment incontrôlés devient dangereuse au point de causer des pertes en vie humaine. D’une localité à une autre, les producteurs s’adonnent à ces feux dont les causes et les conséquences sont multiples.
La typologie des feux varie d’une zone à une autre en fonction de l’objectif recherché par les auteurs. Le chef d’agence de l’ICAT- Agou, Adjessi Videke Mokpokpo a indiqué que les travaux effectués sur les méfaits des feux de végétation au Togo entre 2009-2015 permettent de distinguer plusieurs types de feux.
Des causes multiples

Les causes des feux de végétation enregistrés dans les zones de production sont multiples. Il existe, entre autres, des feux pour la pratique des activités agricoles, de chasses, de renouvèlement de pâturage, et/ou des activités de récolte ; des feux pour débroussailler les alentours des villages, pour chasser les bestioles ou pour aménager les forêts et plantations agroforestières ; des feux rituels dans certaines communautés pour invoquer les ancêtres ou pour satisfaire un rituel. On retrouve également des feux provoqués par des accidents de circulation, des mégots de cigarettes rejetés et/ou par des activités récréatives en zone forestière ; des feux de sabotage et d’incivisme ; des feux criminels intentionnels (punis par la loi) ou des feux criminels non intentionnels et des feux qui se font d’une manière sauvage pour chasser les abeilles et récolter le miel.
Des conséquences néfastes sur les plantations
L’Unité technique café et cacao (UTCC) de Kpalimé a enregistré en 2022, 102,75 ha de caféières et 26,95 ha de cacaoyères brulées. En 2021, 177,1 ha de caféières et 19,5 ha de cacaoyères sont parties en fumées alors qu’en 2020, les espaces détruits sont évalués à 636 ha de caféières et 318 ha de cacaoyères.
Le directeur de l’UTCC, Robert Batocfétou, a relevé que les conséquences de ces feux sont la réduction des superficies des champs de caféiers et de cacaoyers ; la diminution de la production et des revenus ; la pollution de l’air ; la disparition d’espèces animales et végétales (faunes et flores) ; la baisse de la fertilité du sol ; l’exposition des sols à l’érosion ; la sècheresse et le déséquilibre climatique.
Les conséquences des feux sont énormes renchérit le directeur préfectoral de l’Environnement et des Ressources forestières d’Agou, Commandant Moussa Bassarou. Selon lui, les conséquences peuvent être positives ou négatives. Le feu peut être bénéfique pour préserver les écosystèmes, il peut stimuler la croissance des plantes herbacées, aider à la reproduction de certains végétaux dont les graines ne peuvent germer qu’après un feu. Mais dans la plupart des cas, « on constate assez de dégâts du fait que les gens perdent leurs biens. Voilà un agriculteur qui conserve dans son grenier, une récolte de 10 ha par exemple et un feu vient tout brûler. Cette situation constitue non seulement une source de famine mais aussi un manque à gagner par rapport aux efforts que mènent l’Etat en matière de sécurité alimentaire », a expliqué le Commandant. Les feux, d’après lui, entrainent une perte économique qui peut même causer un certain nombre de dégâts sur le plan moral et psychologique de la victime. Outre les pertes économiques, on peut évoquer des pertes en vies humaines. « L’année passée, il y a eu un mort d’homme dans la préfecture d’Amou lié à un feu de végétation incontrôlé », a confié Commandant. Moussa.
Pour le chef d’agence de l’ICAT-Agou, les feux de végétation ont un impact sur l’agriculture par la destruction du couvert végétal, l’extinction de la faune tellurique (microorganisme du sous-sol), la destruction de la terre arable, la compactassion du sol entraînant l’absence d’infiltration d’eau.
M. Azanlekor Ekué, responsable de la ferme Benczedi Kekeli à Koumassi Agotimé Nord (préfecture d’Agou), a indiqué qu’il a déjà enregistré cette année 1,46 ha de cacaoyères brulées, soit 600 Kg de cacao, une perte financière estimée à 840.000 Fcfa.
Un appel à suivre les conseils des agents techniques
Pour minimiser les conséquences négatives des feux de végétation, M. Adjessi recommande de suivre les conseils des agents d’encadrement (les agents des services techniques déconcentrés des ministères en charge de l’Agriculture et de l’Environnement) concernant les périodes des feux précoces et la gestion des feux de végétation. Il appelle également les producteurs à travailler de commun accord avec les comités anti-feux installés dans les cantons et villages. « Eviter de jeter les mégots de cigarettes sans les avoir éteints totalement, vérifier que les feux allumés au champ pour faire la cuisine sont bien éteints », a-t-il conseillé.
Les pares-feux sont indispensables. « Leur réalisation doit se faire autour des biens que vous estimez qu’ils sont à risque notamment les plantations, les greniers, les habitations, les champs, les forêts communautaires et autres biens dont vous estimez que l’emplacement peut être atteint par un feu », a ajouté le directeur préfectoral de l’Environnement. Il est donc recommandé la pratique des feux précoces dont la date limite pour la préfecture d’Agou était fixée au 15 janvier 2023. Ces feux précoces sont allumés les matins de 5 heures à 8 heures et les après-midis de 16 heures à 18heures. Les opérations de ces feux précoces doivent se faire dans des conditions favorables (en absence de vents violents) en prenant soins d’informer les voisins qui sont à côté de la parcelle ou du lieu à entretenir.
Au-delà de cette date, tout feu allumé est considéré comme feu tardif (nuisible) et sera sanctionné conformément aux textes en vigueur, notamment le code pénal et le code forestier.
Ensemble œuvrons pour la protection de la nature, indispensable à la vie humaine en participant à la prévention et à la lutte contre les feux de végétation nuisibles.






