
Par Diane MINLEKIB
La décentralisation place aujourd’hui les citoyens au cœur de la gestion des affaires locales. Dans les 117 communes togolaises, cette dynamique participative apparaît comme un facteur déterminant pour améliorer la gouvernance, renforcer la transparence et répondre efficacement aux besoins des populations. À travers plusieurs témoignages recueillis auprès des citoyens et acteurs locaux, il ressort que si des avancées sont perceptibles, des défis persistent quant à l’implication réelle des citoyens.
Selon le député Touh Pahorsiki, consultant et ancien directeur de la décentralisation et des collectivités locales, un citoyen est avant tout un acteur jouissant de droits civils et politiques, et qui est engagé dans le développement local. La participation citoyenne se définit comme l’implication active des citoyens dans la prise de décisions et le suivi de la gestion des affaires publiques.
Actions communales, et attentes des populations

D’après le sieur Koffi, citoyen de la commune Golfe 7, la gestion de la commune est jugée « acceptable » même s’il souligne certaines insuffisances : « Certains efforts sont visibles, notamment l’entretien de certaines voies et l’organisation d’activités communautaires. Cependant, des problèmes tels que l’insalubrité dans certains quartiers, le manque d’éclairage public et la gestion efficiente des déchets persistent ». Bien qu’il n’ait jamais participé aux travaux communautaires, il affirme se sentir concerné par les décisions locales, qui influencent directement son quotidien, notamment en matière de sécurité et d’infrastructures. Pour améliorer la situation, il fait un appel aux autorités : « Je demanderais aux autorités de renforcer la communication avec les citoyens, de développer les infrastructures de base et d’impliquer davantage la population dans la prise de décisions ».
Dame Afi, enseignante dans le Golfe 3 reconnaît une faible visibilité des actions municipales. Elle indique ne connaître que très peu d’initiatives de la mairie, à l’exception de la légalisation des documents.
De son côté, M. Kpatcha Roméo, chargé de communication, affirme : « J’habite dans la commune d’Agoè-Nyivé 4 et je ne suis pas au courant de ce qui se fait au niveau de la mairie. Je pense qu’elle ne communique pas assez sur ses activités. Elle devrait disposer d’une radio communale pour diffuser les informations, informer la population de l’existence de ses canaux de communication lors des sessions et inviter les citoyens à y participer ».
Pour dame Amavi, habitante de la commune d’Agoè-Nyivé 5 : « Je n’ai jamais participé à une activité de ma mairie. J’appelle les autorités de la mairie à nous arranger le tronçon Entreprise de l’Union qui va vers Zossimé. C’est difficile pour nous qui prenons ce tronçon chaque jour. ». Une autre habitante du Golfe 4 déclare que « La mairie vient faire le ramassage des ordures ménagères chez nous ; c’est tout ce que je sais des activités de la mairie ».
Un citoyen de la commune d’Agoè-Nyivé 5, Gbendji Kokou Josué originaire du Moyen-Mono 2, confie : « La gestion actuelle de la commune d’Agoè-Nyivé 5 va bien. La population commence à ressentir que la mairie est présente. La délivrance de certains documents ou actes est désormais plus facile et les distances sont un peu raccourcies. Toutefois, nous déplorons que des décisions prises au niveau local restent sans application. Je participe aux travaux communautaires. J’ai déjà pris part à une session dans ma commune d’origine et j’ai remarqué que toutes les couches sociales y étaient représentées ».
Une volonté d’implication au niveau des autorités locales
Pour le maire de Tone 3, Douti Nanmoupa, la participation citoyenne est un principe de la gestion communale. Il souligne que la décentralisation repose sur une gouvernance inclusive, participative et concertée. Selon lui, « les populations sont impliquées à toutes les étapes des projets de développement : de la planification à la mise en œuvre, jusqu’au suivi-évaluation. Plusieurs mécanismes formels existent pour encourager cette participation, notamment les sessions du conseil municipal, les rencontres communautaires, les séances de sensibilisation et les causeries-débats organisées avec l’appui des organisations de la société civile ».
Une participation encore perfectible
D’après le consultant Touh Pahorsiki ; le citoyen joue un rôle central dans un système décentralisé. Il le qualifie « d’acteur de premier rang » dans la vie de la commune. Pour lui, il revient aux autorités locales de créer un cadre favorable, à travers des stratégies adaptées et un management efficace, afin de stimuler cette participation.

L’expert souligne également que l’implication des populations est essentielle, car elle permet d’aligner les actions de développement sur les besoins réels exprimés par les citoyens. Ces derniers constituent ainsi le socle de toute initiative de développement local.
Touh Pahorsiki met en avant l’importance de structurer la participation citoyenne. « Celle-ci est facilitée lorsque les populations sont organisées en groupes ou représentées par des structures locales capables de relayer les informations et de mobiliser les citoyens ». Il recommande d’organiser les acteurs selon leurs secteurs d’activité, leurs intérêts et leurs attentes. Ces structures permanentes jouent un rôle clé dans l’encadrement, la mobilisation et la coordination des actions au niveau communal, favorisant ainsi une participation plus efficace et durable.
Au regard de ces différents témoignages, il apparaît que la participation citoyenne, bien qu’intégrée dans les principes de gouvernance locale, reste encore perfectible dans sa mise en œuvre. Le manque d’information, la faible implication des citoyens et les insuffisances dans la communication constituent autant d’obstacles à surmonter.
Une participation active et structurée des citoyens demeure indispensable pour garantir une gouvernance locale efficace, inclusive et adaptée aux réalités du terrain. Elle représente ainsi un levier incontournable pour le développement durable des communes.






