
Par BODJONA Bassanta Gabriel
Premier légume le plus consommé au monde, la tomate est cultivée partout au Togo, mais principalement dans la région des Savanes grâce à un climat très favorable et aux programmes mis en place par l’Etat pour accompagner les jeunes dans l’entreprenariat agricole. Dans cette région, il est constaté une augmentation des surfaces cultivables mais aussi du nombre de producteurs en raison de la forte demande dans le pays. Mais quel est l’itinéraire technique et les retombées économiques de ce légume qui nourrit bien son homme dans la région des Savanes ?
Dans la région des Savanes, la tomate est plus cultivée en zone périurbaine. Le chef d’agence de l’Institut de conseil et d’appui technique (ICAT) de Dapaong, Lalle Damesséle, relève que pour cultiver la tomate, une température optimale de 20 à 24°C est nécessaire. Le cycle de la tomate, dit-il, est de 110 à 140 jours pour être récolté. Par rapport à la pluviométrie, précise-il, il faut 400 à 750 mm de pluie. Ce légume se cultive, soit en saison pluvieuse autour des concessions pour la petite campagne ou en saison sèche, entre septembre et décembre, dans les bas-fonds pour la grande campagne commerciale. Dans cette région, ajoute M. Lalle, plusieurs variétés sont cultivées notamment rio grande, batar, lindo, alaska et tropimech. Mais c’est la variété « tropimech » qui est produite en grande quantité.
La conduite de la culture de tomate
A en croire le technicien de l’ICAT, « pour cultiver la tomate, il faut prévoir environ 500g de semences pour une superficie d’un hectare (1 ha). Pour ce poids (quantité), il faut 150 m2 pour la pépinière. Cette pépinière doit être proche d’un point d’eau et proche du lieu de plantation, car si la distance est grande, la texture du sol peut ne pas être conforme et si par exemple en arrachant les plants d’un sol sablonneux pour un sol argileux, vous comprenez que la plante aura du mal à s’adapter à son nouveau biotope, car les plants peuvent faner ».
Lorsque les planches sont confectionnées pour la pépinière, il faut les stériliser, soit avec de l’eau chaude, soit avec de la cendre ou à l’aide d’un nématicide pour permettre à la graine de pousser librement sans attaques. Ceci étant fait, il faut, confie le technicien, pailler les planches puis les arroser abondamment le matin et le soir. Il assure qu’une semaine après le semis, les graines commencent par pousser d’où l’obligation d’enlever la paille au profit de l’ombrière. Ce dispositif, selon lui, est conçu pour éviter que l’eau ne tasse le sol lors de l’arrosage et n’empêche le jeune plant de croître normalement en vue du repiquage. Le repiquage démarre après un mois de pépinière. Dès que la pépinière est prête, précise-t-il, il faut établir des planches de culture sur un sol bien meuble, enfouir ensuite la fumure de fond qui peut être, soit le compost, soit le fumier ou le lisier de porcs à raison d’un seau de 10 litres par m2 pour fertiliser le sol.
D’après, M. Lalle, une fois le fumier répandu, il convient de remuer et d’arroser abondamment les planches.
Technique de repiquage de la tomate
M.Lalle relève que pour repiquer les plants, il faut préalablement, nettoyer la parcelle à cultiver et faire un labour profond. Après cette étape, dit-il, le producteur (trice) doit confectionner les planches de 1,20 m de large et 10 m de long. Il précise que le repiquage de la tomate nécessite un écartement de 20 cm entre les lignes et 80 cm entre 2 plants. Il souligne qu’avec ce schéma cultural, sur 1 hectare, l’on peut repiquer environ 22.000 jeunes plants. Pour faire le repiquage, explique le technicien, il faut d’abord arroser abondamment les planches à pépinière et utiliser une pelle pour soulever les jeunes plants à repiquer, sans les casser, en direction des planches confectionnées pour la culture. Une fois que c’est fait, il recommande de les détacher et de les introduire immédiatement dans les poquets l’un après l’autre sans enterrer le collet (la jonction entre les racines et le pied du plant). Cette activité se fait généralement la soirée pour éviter que les plants ne se fanent, mentionne M. Lalle.
Entretien de la plantation jusqu’à la récolte

M.Lalle fait savoir que l’entretien de la plantation de tomate nécessite le sarclage pour éliminer les mauvaises herbes, le binage pour rendre le sol plus meuble et l’arrosage régulier (matin, soir) pour maintenir les jeunes plants en bon état. Le chef de l’ICAT-Dapaong affirme que dans les Savanes, 10 à 15 jours après le repiquage, il faut faire l’épandage de la fumure chimique et généralement c’est le mélange de NPK 151515 et l’urée qui est utilisé. Il ajoute que 15 jours plus tard, il est exigé de remettre uniquement le NPK151515 tout en continuant l’entretien.
D’après lui, la tomate tout comme les autres cultures maraîchères dans les Savanes, est toujours exposée à des attaques des ravageurs. Au vu de ce constat, les maraîchers, signale-t-il, utilisent des produits phytosanitaires pour combattre ces parasites. « Mais ce que nous recommandons comme produits de traitement biologique est la poudre de neem, de tabac ou de petit piment mélangé avec de l’eau pour arroser les plants afin d’éloigner ou tuer ces ravageurs et en même temps s’assurer une alimentation saine à la récolte pour une meilleure santé », conseille le technicien. M. Lalle déconseille fortement l’utilisation des produits chimiques de traitement avertissant qu’ils sont nuisibles à la santé humaine. Il dit que deux mois après le repiquage, la tomate peut être récoltée, affirmant que si tout l’itinéraire technique est respecté, le rendement peut tourner autour de 25 à 30 tonnes à l’hectare. Cette récolte se fait en plusieurs phases, précise-t-il.
Une activité qui nourrit bien son homme
Nombre de producteurs de tomates interrogés affirment que cette filière nourrit bel et bien son homme. Mme Issaka Nakolpoa, l’une des producteurs du village de Koni, à quelques kilomètres à l’est de Dapaong témoigne : « la tomate, c’est l’or rouge des Savanes. Je fais le champ avec mon mari et par saison, nous pouvons récolter au moins 5 fois et à la fin nous totalisons en moyenne plus de vingt gros paniers. L’année précédente, lors des fêtes de fin d’année, nous avons vendu 8 gros paniers à la première cueillette à 60.000 F le panier, après, 7 paniers à 35.000 F, 3 paniers à 25000 F et par la suite le prix du panier est tombé à 15.000F. Cette année on attend voir. La culture de la tomate ne trompe pas ».
Surpris dans son jardin au bas-fond de Nassablé (Dapaong) en train d’entretenir ses jeunes plants, M. Djame Lardja Baboulin renchérit : « je me suis investi dans cette culture depuis des années, ma récolte par saison tourne autour de 15 et 20 paniers chaque année. L’argent que je gagne m’a permis de bâtir ma maison, d’acheter deux bœufs de trait pour le labour. Mon fils aîné a pu apprendre la maçonnerie, le second, la haute couture. Les autres vont à l’école, tout ceci grâce à ce travail. L’année dernière nous avons souffert par manque d’engrais, il faut que le gouvernement revoie ça, qu’il nous aide à construire de bons puits et qu’il nous appuie avec des motopompes pour nous faciliter le travail, car c’est très pénible ».
Quelques difficultés rencontrées
Des producteurs soutiennent que la culture de la tomate dans la région des savanes est confrontée à un certain nombre de difficultés, notamment des attaques des ravageurs et rongeurs. Ils mentionnent aussi le problème de gestion des infrastructures de maîtrise de l’eau, le problème de manque de forage à usage maraicher et parfois l’indisponibilité des intrants agricoles. A cela s’ajoute des difficultés liées aux semences maraîchères, le manque de matériel agricole pour augmenter les superficies cultivables et soulager les peines des producteurs. Ils soulignent également que tout le travail se fait par des outils rudimentaires, ce qui rend le travail très pénible. Les producteurs et productrices de tomate dans les Savanes n’ont pas manqué d’évoquer le dérèglement climatique dont les effets viennent saper tous leurs efforts.
Malgré ces difficulté, la production de la tomate contribue à lutter contre le chômage, la pauvreté et l’exode dans la région des Savanes à travers la satisfaction de certains besoins fondamentaux tels que l’alimentation, les frais scolaires, les soins de santé, l’habillement grâce au revenu économique de cette culture. Cette denrée très périssable ne devrait-elle pas amener à penser à sa transformation au niveau local pour plus de bénéfice ?






