
Par Honoré Attikpo et Elisée Rassan
Située dans la partie sud-ouest du Togo, à la frontière avec le Ghana, la région des Plateaux Ouest se distingue par son relief montagneux, son climat tempéré et une végétation dense. Entre vallées verdoyantes, forêts, cascades et terres agricoles fertiles, cette partie du pays concentre d’importantes potentialités économiques et touristiques encore sous-exploitées.
Réputée pour ses paysages naturels et sa diversité culturelle, la région s’impose progressivement comme un espace stratégique pour le développement local. Agriculture, commerce transfrontalier, artisanat, écotourisme et transformation agroalimentaire constituent les principaux leviers d’une économie en pleine mutation.
Un territoire stratégique au cœur des Plateaux

La région des Plateaux Ouest couvre une superficie estimée à près de 16 975 km². Sa partie occidentale, sans délimitation administrative distincte, englobe plusieurs préfectures importantes telles qu’Agou, Danyi, Kpélé, Kloto, Wawa et Akébou. Cette zone partage une frontière directe avec le Ghana, faisant d’elle un corridor naturel d’échanges commerciaux et humains.
La population de toute la région des Plateaux est estimée entre 1,5 et 1,6 million d’habitants, avec une concentration notable autour de Kpalimé, principal pôle économique et touristique de la zone. Sa proximité avec Lomé, environ 120 kilomètres, soit près de deux heures de route, renforce son attractivité et facilite les échanges.
Le paysage est marqué par des reliefs appartenant à la chaîne de l’Atakora, des collines, des forêts denses et une biodiversité remarquable. Le climat relativement frais et humide favorise le développement agricole, mais aussi l’émergence d’activités liées au tourisme de nature.
Une agriculture au cœur de l’économie locale
L’agriculture constitue le pilier économique de la région. Les populations vivent principalement de cultures de rente telles que le café et le cacao, et des cultures vivrières, notamment le maïs, le manioc, le niébé et l’igname.
Ces productions agricoles sont une source importante de revenus, tant pour la consommation locale que pour l’exportation. La région se distingue particulièrement par ses plantations de café et de cacao installées sur les flancs montagneux, profitant d’un climat favorable.
Depuis quelques années, des initiatives de transformation locale artisanale et semi-industrielle émergent, valorisant progressivement les produits agricoles à travers la production de chocolat, de café transformé ou de dérivés agricoles. Des structures comme Dényigba-Cacao, Choco-Togo, le café de Kuma ou encore le café de Djogbégan illustrent cette volonté de créer davantage de valeur ajoutée sur place.
Un potentiel touristique encore peu exploité
Au-delà de l’agriculture, la région des Plateaux Ouest possède un important potentiel touristique. Elle abrite plusieurs sites naturels prisés, notamment des cascades, des montagnes, des forêts et des points de vue panoramiques. Les préfectures de Kloto, Kpélé, Agou, Danyi ou encore Wawa et Akébou disposent de paysages propices au tourisme vert.
La région bénéficie également d’un patrimoine historique hérité de la période coloniale allemande et française. Parmi les vestiges emblématiques figurent le cimetière allemand, la cathédrale de Kpalimé ou encore le château Vial, autant d’éléments susceptibles d’attirer les amateurs de tourisme culturel.
L’artisanat constitue un autre volet important de l’attractivité régionale. Plusieurs jeunes formés au Collège d’enseignement artistique et artisanal (CEAA) développent des activités autour de la sculpture sur bois, du batik, de la peinture et de la fabrication d’objets d’art.
Le commerce transfrontalier, un levier économique
Grâce à sa position géographique, la région bénéficie d’une dynamique commerciale soutenue avec le Ghana voisin. Les échanges transfrontaliers favorisent la circulation des biens et des produits agricoles, contribuant à l’animation des marchés locaux. Le commerce constitue ainsi la deuxième activité économique après l’agriculture. Les marchés de Kpalimé et des localités environnantes jouent un rôle clé dans l’écoulement des productions agricoles et artisanales.
Par ailleurs, la richesse forestière de la région favorise l’exploitation de produits naturels, notamment le bois, les plantes médicinales et d’autres produits forestiers non ligneux.
Malgré ses nombreux atouts

La région fait face à plusieurs contraintes qui ralentissent son développement économique. Le déficit d’infrastructures reste l’un des principaux obstacles. De nombreuses routes menant aux zones rurales ou aux sites touristiques demeurent difficilement praticables, limitant l’accès aux localités et freinant les investissements.
La difficulté d’obtention des crédits pour la transformation des produits agricoles entraîne l’exportation de matières premières peu valorisées.
Dans le secteur touristique, l’absence d’une stratégie de promotion structurée réduit la visibilité des destinations locales. Selon Amen Abbey Mathey, responsable de l’association Visite Kpalimé, le tourisme souffre d’un déficit d’organisation et de professionnalisation.
« Il existe un manque de politique de promotion touristique, ce qui limite la visibilité de la destination à l’échelle nationale », explique-t-il.
Pour plusieurs acteurs, le manque de formation des guides constitue également une faiblesse. Agbavito Sélom, directeur de l’Association des volontaires pour l’environnement sain (AVES), estime que la méconnaissance de l’histoire des sites nuit à l’expérience des visiteurs.
« Les récits liés aux sites touristiques sont parfois mal maîtrisés, ce qui décourage certains visiteurs », souligne-t-il. Il insiste également sur la nécessité d’impliquer davantage les communautés riveraines dans la gestion et l’entretien des sites, notamment en matière d’assainissement, d’accueil et d’aménagement.
Miser sur une valorisation durable
Pour renforcer le développement de la région, plusieurs pistes sont régulièrement évoquées par les acteurs locaux. Il s’agit de la modernisation des infrastructures routières pour désenclaver les localités et améliorer l’accès aux sites touristiques, le renforcement de l’agro-industrie locale pour faciliter la transformation des produits agricoles sur place, et créer de nouveaux emplois.
Dans le domaine touristique, plusieurs experts plaident pour la diversification des offres à travers le tourisme communautaire, l’agrotourisme ou encore les festivals culturels.
Le tourisme communautaire permettrait, par exemple, aux visiteurs de partager le quotidien des populations locales, tandis que l’agrotourisme offrirait une immersion dans les activités agricoles et les techniques de transformation.
Des événements culturels, à l’image des festivals de danse traditionnelle comme Adewu, pourraient également renforcer l’attractivité régionale.
Une région au fort potentiel de croissance
Avec ses paysages naturels, ses productions agricoles, son patrimoine culturel et sa position géographique stratégique, la région des Plateaux Ouest dispose de nombreux atouts pour devenir un pôle économique majeur. Toutefois, la valorisation de ces ressources dépendra de la capacité des acteurs publics et privés à investir dans les infrastructures, à professionnaliser les filières et à promouvoir durablement le territoire.
« A la croisée de l’agriculture, du tourisme et du commerce, les Plateaux Ouest apparaissent ainsi comme un espace de développement prometteur, encore en quête d’une meilleure structuration pour révéler pleinement son potentiel », a conclu Agbavito Sélom, président de l’association AVES.






