Propos recueillis par Marie Gomez
Epuisement, dépression, trouble du sommeil, hypertension artérielle et les maladies psychosomatiques sont, entre autres, manifestations ou pathologies liées au stress au travail. Ses conséquences sont négatives aussi bien pour le travailleur que pour l’entreprise.
Le stress semble n’épargner aucune entreprise et aucun secteur d’activités. Il devient urgent de lui accorder une importance particulière pour le bien-être des travailleurs et la qualité des services des entreprises. Pour mieux comprendre ce mécanisme psychologique, l’Agence togolaise de presse (ATOP) est allée à la rencontre d’un spécialiste de la question, Komlan Maurice Akossou, psychologue du travail, expert près les cours et tribunaux du Togo.
ATOP : Que faut-il entendre par stress au travail ?
Psychologue : Le stress fait partie de ce que nous appelons en sécurité et santé au travail, les risques psychosociaux. On qualifie de « risques psychosociaux » (ou RPS) les éléments qui portent atteinte à l’intégrité physique et à la santé mentale des salariés au sein de leur environnement professionnel. Ces risques peuvent recouvrir différentes formes : le stress, parmi les plus connus, mais aussi le harcèlement, l’épuisement professionnel et même la violence au travail. Ils sont la cause de plusieurs maux et pathologies (problèmes de sommeil, dépression, troubles musculo-squelettiques, maladies psychosomatiques, hypertension, AVC, diabète, etc.).
C’est aussi le déséquilibre perçu par l’individu entre les ressources dont il dispose et les exigences de l’environnement. Plus simplement c’est quand le travailleur perçoit qu’il a du mal à satisfaire les exigences de l’environnement professionnel. Dans l’exercice de mes activités, le travail me demande des ressources que je mets à sa disposition tous les jours ; mais il peut arriver des moments où je ne suis plus en mesure de répondre aux exigences du travail parce qu’elles sont devenues un peu plus importantes.
Le stress découle de l’exposition prolongée et répétée à des situations qui nous font sécréter les hormones du stress, lesdites hormones qui nous aident à surmonter les exigences de l’environnement professionnel. Cependant notre système de réponse au stress n’est pas fait pour être activé constamment. C’est en ce moment qu’apparaît le stress.
ATOP : quelles en sont les causes ?
Psychologue : Les causes du stress au travail sont de plusieurs natures. Les sources professionnelles peuvent être liées à l’organisation du travail (imprécision dans les missions, ordres contradictoires, inadéquation compétence-exigences du poste, la mobilité, etc.) ; à l’environnement de travail (la peur permanente des risques, l’isolement etc.) ; à la sécurité d’emploi (la peur de perdre son emploi) qui est un facteur important dans la genèse du stress au travail. Il en va de même pour le style de management ou la façon de conduire les équipes (gestion par la peur par exemple). Un climat social délétère empreint de méfiance, de sabotages, de calomnies est aussi générateur de stress.
La politique économique sociale (pas de politique de promotion ou de sanction, rémunération et non accompagnement des expatriations) peut jouer un rôle dans la survenue du stress. Même l’environnement familial (instabilité familiale, difficultés à subvenir aux besoins de la famille) contribue au stress au travail Il y’a aussi la charge du travail élevée, la mauvaise communication au sein de l’entreprise.
Une supervision inadéquate et un manque de considération ou d’appui de la part des chefs, mauvaises relations avec les collègues, brimades, harcèlement et violence, travail isolé ou solitaire et absence de procédures convenues pour traiter les problèmes ou les plaintes sont d’autres causes du stress.
ATOP : Comment affecte-t-il le travailleur et l’entreprise ?
Psychologue : A long terme, le stress lié au travail peut jouer un rôle dans les troubles musculo-squelettiques et certains problèmes de santé, y compris l’hypertension et les maladies cardio-vasculaires. Il est également susceptible d’altérer les fonctions immunitaires, ce qui peut favoriser le développement du cancer. Par ailleurs, le stress professionnel peut aussi se traduire par une inaptitude à faire face au travail, et par une limitation de l’évolution de carrière et des perspectives d’emploi. D’une manière plus générale, il peut être la source indirecte de certains problèmes au sein et à l’extérieur du milieu de travail, comme la violence, l’usage de drogues, le tabagisme et l’abus d’alcool, des tensions dans les relations familiales, la dépression, voire le suicide. Les coûts qui lui sont associés sont potentiellement énormes, tant en termes de détresse humaine que de charge économique.
Le stress lié au travail, la consommation de tabac et le tabagisme passif, l’usage de drogues et l’abus d’alcool, la violence, ainsi que le VIH et le sida représentent des menaces majeures pour la survie d’une entreprise. Tous ces facteurs conjugués peuvent être responsables d’un grand nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles, entraînant traumatismes, pathologies, incapacités et décès. Ces problèmes ont des répercussions très importantes sur la productivité, sur les coûts directs et indirects, et sur l’existence même de l’entreprise. Quel que soit le stade de développement économique, ces problèmes affectent pratiquement tous les pays, tous les secteurs et toutes les catégories de travailleurs.
Epuisement, dépression, trouble du sommeil, hypertension artérielle et les maladies psychosomatiques sont, entre autres, manifestations ou pathologies liées au stress au travail. Ses conséquences sont négatives aussi bien pour le travailleur que pour l’entreprise.
Le stress semble n’épargner aucune entreprise et aucun secteur d’activités. Il devient urgent de lui accorder une importance particulière pour le bien-être des travailleurs et la qualité des services des entreprises. Pour mieux comprendre ce mécanisme psychologique, l’Agence togolaise de presse (ATOP) est allée à la rencontre d’un spécialiste de la question, Komlan Maurice Akossou, psychologue du travail, expert près les cours et tribunaux du Togo.
Dans notre publication du jeudi 7 juillet, le psychologue a répondu à nos questions sur les causes du stress et comment il affecte le travailleur et l’entreprise. Ce vendredi, M. Akossou nous donne des indications pour prévenir ce mécanisme psychologique.
ATOP : Que faut-il faire pour prévenir le stress ?
Psychologue : Sur le plan collectif, l’entreprise devra :
-Evaluer la charge de travail
Travailler n’est pas qu’une affaire de quantité, de réalisation d’une série de tâches programmées ou de nombre de clients à rencontrer, de pièces à fabriquer. Le quotidien au travail peut être fait d’interruptions, d’aléas divers dus à des facteurs internes ou externes à l’entreprise. La réalité impose souvent un redéploiement perpétuel des ressources intellectuelles et cognitives ainsi qu’à une régulation constante des priorités.
-Donner de l’autonomie à ses travailleurs
Il faut vous questionner sur votre organisation. Si elle est trop prescriptive, elle conduira à appauvrir le contenu du travail et donc son intérêt. L’autonomie revient à rendre possible l’atteinte d’un objectif par différents moyens, au choix du collaborateur, ce qui lui permettra de devenir davantage acteur de ses réalisations.
-Soutenir ses travailleurs
Tout salarié a besoin de soutien de la part de sa hiérarchie pour se réaliser dans son travail, notamment dans les périodes de forte charge ou sur des tâches laissant peu de place à l’autonomie et à la créativité.
-Témoigner de la reconnaissance
Pour tout collaborateur, la reconnaissance matérielle est nécessaire mais pas suffisante. Les ingrédients de la motivation au travail tiennent notamment dans la reconnaissance immatérielle ou informelle. Pour qu’elle fonctionne bien, elle doit passer par des actes quotidiens et sincères.
-Donner du sens au travail
Le travail concourt de manière puissante à structurer la santé et l’identité de chacun. Le sentiment d’utilité, les manières de faire son travail et le sentiment de faire un travail de qualité, dont on est fier, sont des éléments protecteurs de la santé.
-Communiquer sur les changements
Les changements, surtout lorsqu’ils sont fréquents, peuvent bousculer une équipe et les individus qui la composent. La communication « adulte » est une pédagogie orientée sur l’efficacité des messages en termes de clarté et non de séduction, sans peur de partager la complexité d’une situation.
-Faciliter la conciliation travail et vie privée
L’important n’est pas l’équilibre mais la « bonne » conciliation entre ces deux sphères de vie. Cet équilibre peut évoluer selon les phases de vie de l’individu, ses aspirations mais également les besoins de l’entreprise. La conciliation des temps favorise la fidélisation et la satisfaction des collaborateurs, réduit l’absentéisme et accroit la productivité.
-Sur le plan individuel
Dans la prévention du stress, le travailleur lui-même a un effort à faire. Il doit savoir déléguer des fois ses tâches. C’est vrai que quand on fait les choses soi-même, c’est parfait à son image. Mais nous ne pouvons pas faire tout seul et tout le temps. Il faut également savoir prioriser. Il y a des choses qu’on doit faire ici et maintenant, d’autres peuvent attendre demain ou après-demain. Il faut commencer par le plus important et le plus urgent pour éviter le stress. Autrement dit si on commence par autre chose, on pense à chaque instant à l’important et à l’urgent et ça fait augmenter le stress.
Nous suggérons qu’il faut également savoir dire non. Cela signifie qu’on ne doit pas accepter tout ce qu’on vous demande tout en sachant que vous ne le ferez pas au moment voulu par votre supérieur hiérarchique. Il faut alors négocier les délais.
Dès fois le travailleur estime que les gens vont l’apprécier par rapport à sa performance. Il veut être bon aux yeux de tout le monde. Des fois c’est au détriment de sa santé.
ATOP : Un mot pour conclure
Psychologue : Les rapports des dernières années des structures en charge de la sécurité et santé au travail au Togo révèlent que les risques psychosociaux (stress, harcèlement, violence, alcool, épuisement, etc.) prennent de l’ampleur au sein des entreprises togolaises.
L’adoption par la conférence internationale du travail en juin 2019 de la convention 190 sur la violence et le harcèlement au travail est une grande opportunité à saisir par le Togo pour renforcer son cadre réglementaire en matière de gestion des risques psychosociaux comme c’est le cas dans beaucoup d’autres pays de par le monde.
Mais en attendant, chaque entreprise devra réfléchir sur le problème, faire l’évaluation des risques psychosociaux en vue de mettre en place des mesures de prévention adéquates.
ATOP : M. Akossou merci






