
Par Abel Ozih
Souvent entouré de préjugés et d’incompréhensions, le Trouble du spectre de l’autisme (TSA) touche de nombreux enfants dès le plus jeune âge. Difficultés de communication, interactions sociales limitées et comportements atypiques, en sont les principales manifestations. C’est un défi de santé publique et d’éducation. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 1 enfant sur 160 est atteint de ce trouble dans le monde. A Lomé, l’Association Togo merveilles et mystères (ATMM) évoque environ 2000 enfants vivant aujourd’hui avec des TSA, selon les estimations actuelles. Ce trouble neurodéveloppemental, qui impacte principalement les garçons (quatre fois plus que les filles) engendre des troubles difficiles à gérer dans la société.
Qu’est-ce que l’autisme ?

Le Trouble du spectre de l’autisme (TSA) est un ensemble de troubles du développement présentant des caractéristiques communes. Selon Mme Adiel Lotri, ergothérapeute spécialisée en santé mentale et diplômée de l’Université Claude Bernard de Lyon (France), les causes de ces troubles ne sont pas connues avec certitude. Des facteurs génétiques et environnementaux ont été associés dans certains cas, mais les recherches se poursuivent pour mieux en comprendre l’origine. Elle a également précisé qu’aujourd’hui, on ne peut pas affirmer avec certitude qu’un facteur en particulier est à l’origine de l’autisme ».
Pour sa part, Dr Rissikatou Salifou Ouro-Sama, psychologue clinicienne au centre de santé Saint-Jean-de-Dieu d’Agoè, explique que l’autisme est un trouble neurodéveloppemental, c’est-à-dire que le cerveau se développe différemment chez le fœtus, ce qui entraîne l’apparition de signes chez l’enfant dès l’âge de neuf mois, comme l’absence de réponse au sourire.
Comment se manifeste l’autisme chez les enfants ?
Selon Mme Adiel Lotri, trois domaines sont principalement touchés par l’autisme. Il s’agit de la communication, l’interaction sociale et le comportement. Les premiers signes apparaissent généralement avant l’âge de trois ans et affectent le quotidien de l’enfant ainsi que celui de son entourage.
Une communication difficile
« Les enfants présentant un TSA ont du mal à interagir avec leur entourage », explique Mme Lotri. Elle distingue les autistes verbaux, qui acquièrent le langage oral, et les autistes non verbaux, qui émettent quelques sons propres à eux.
Le manque d’interaction sociale

Le manque d’interaction sociale constitue l’un des principaux symptômes de l’autisme. Mme Lotri indique que l’enfant peut sembler déconnecté de son environnement et manifester peu d’intérêt pour ce qui l’entoure, parfois focalisé sur un seul objet. « Le regard est assez caractéristique », précise-t-elle, évoquant la difficulté à partager son attention ou à établir un contact visuel direct.
Certains enfants n’apprécient pas les gestes d’affection comme les câlins et peuvent les rejeter, parfois avec des réactions brusques ou violentes.
Un comportement atypique
Les comportements répétitifs et inhabituels sont fréquents chez les enfants autistes. Mme Lotri explique que ces enfants peuvent attribuer des fonctions hors normes aux objets et jouer de manière répétitive et monotone.
Le balancement, les mouvements répétitifs et la rigidité face aux changements de routine sont également des signes courants. « Lorsqu’un enfant répète constamment un mot ou une phrase, ce n’est pas pour obtenir une réponse, mais parce que cela fait partie de ses conduites répétitives », souligne l’ergothérapeute.
Témoignage d’une mère
Mme Djémila, mère d’un enfant autiste, témoigne, « Quand nous avons appris que notre fils était autiste, tout un monde s’est écroulé autour de nous. Ce qui était le plus difficile, c’était l’absence de communication. J’aurais tout donné pour qu’il me dise simplement “maman” ou qu’il me regarde dans les yeux ». Elle a ajouté que grâce aux thérapies, ils ont appris à communiquer autrement, avec des gestes, des images et des pictogrammes.
Comment gérer l’autisme ?
La détection précoce des signes est essentielle pour une meilleure prise en charge. Les parents, enseignants et professionnels de santé jouent un rôle clé dans l’orientation vers un diagnostic adapté.
Dr Koffi Yaboué, président de l’Association togolaise pour l’éducation inclusive des personnes déficientes intellectuelles (ATEIPDI), recommande aux enseignants d’être attentifs aux comportements inhabituels. « C’est au niveau des écoles que l’on peut détecter tôt ces enfants », a-t- il affirmé. Il a également insisté sur l’acceptation de la différence, « Le message important, c’est de dire non à la stigmatisation. Plus tôt on reconnaît les signes de l’autisme, mieux on peut soutenir l’enfant. Chaque enfant autiste peut apprendre, progresser, communiquer et s’intégrer, si on l’accompagne dans un environnement compréhensif, inclusif et bienveillant », a dit M.Yaboué.
L’autisme n’est ni une maladie ni une fatalité. Comme le soulignent les spécialistes, une détection précoce, un accompagnement adapté et une société inclusive permettent aux enfants autistes de développer leurs capacités et de trouver leur place. Comprendre l’autisme, c’est avant tout accepter la différence et construire un cadre bienveillant pour chaque enfant.






